FREDDY'S DEAD:
THE FINAL NIGHTMARE

1991

RÉALISATION: Rachel Talalay
SCÉNARIO: Rachel Talalay, Michael De Luca
AVEC: Robert Englund, Lisa Zane, Shon Greenblatt, Lezlie Deane, Breckin Meyer

"Do you know the terror of he who falls asleep? To the very toes he is terrified, because the ground gives way under him, and the dream begins... ” - Friedrich Nietzsche

"Welcome to Prime Time, bitch.” – Freddy Krueger.

Ironiquement, cette alternance douteuse entre deux citations d’un acabit divergeant ne fait pas juste donner la pire des premières impressions quant au reste de ce film, elle est aussi très représentative de sa nature. En effet, vous vous trouvez devant une espèce de parodie miteuse, qui se veut aussi le point définitif d’une légende du cinéma d’horreur. Si les volets 4 et 5 de la série A Nightmare on Elm Street ne volaient pas très haut, peut-être fallait-il attendre ce sixième opus pour enfin comprendre comment l’emblématique Freddy Krueger peut être brisé. Et ce, au point où même le mythique statut de ce dernier ne permettra pas à Freddy’s Dead: The Final Nightmare d’éviter le naufrage.

Le film débute sur un jeune homme, John, qui survit de peine et de misère à une attaque du maître des cauchemars. Il s’en tire complètement amnésique, et on l’amène dans une maison pour jeunes en difficulté. John fait tout pour ne pas dormir, mentionnant des cauchemars récurrents. Il partage cette particularité avec l’une des intervenantes du refuge, Maggie. Bientôt, ils comprendront qu’ils doivent se rendre à Springwood, la ville de Freddy, afin de percer cette situation nébuleuse. Alors que quelques invités inattendus (aussi bien le dire dès maintenant, des victimes gratuites) seront du voyage, notre duo comprendra vite que le Boogeyman a tué la totalité des enfants de la ville, cherchant maintenant une manière de s’évader… Pire encore, John est probablement le fils de Freddy, et le tueur se servirait de lui dans le but d’accéder à de nouveaux gamins.

Ce film a été commercialisé comme l’ultime A Nightmare on Elm Street, la fin définitive de Freddy Krueger. Dans un grand élan de noblesse, Freddy's Dead a décidé d’abandonner tous les repères établis par les épisodes précédents, ce pour faire un épisode presque hors-série. Est-ce si mauvais, de sortir des sentiers battus ? Wes Craven prouvera bientôt que non. Mais, dans le cas qui nous intéresse ici, les défauts s’accumulent à une vitesse fulgurante, révélant assez rapidement la mauvaise qualité de ce volet. Si les scénaristes inventent un univers différent pour y faire évoluer Freddy, les éléments dits "gagnants" par la production de l’époque sont tous de retour pour faire suer le spectateur de 2010 : un humour qui tombe sans cesse à plat, des mises à mort plus grotesques qu’originales ainsi qu’un prolongement du background de Freddy, notre personnage phare.

Pour ce qui est de ce dernier point, je le juge extrêmement inutile. Alors que Freddy inspirait d’abord le mystère et la peur de l’insaisissable, les cinquièmes et sixièmes films de la série (aussi les deux plus mauvais) font l’éclairage sur la totalité des questions que l’on pouvait se poser. C’est franchement décevant ! Ça semble être une méthode strictement financière qui vise à alimenter les attentes du fanatisme adolescent qui entourait cet icône de la "pop culture" (bon, notez la subtile exagération) à la fin des années 80 ! Pourquoi faire apparaître une descendance à Freddy, alors que celle-ci n’a jamais été abordée auparavant ? C’est bien bon pour faire se terminer la série, mais ayez au moins un peu de respect pour les scénarios originaux, que diable !

Alors qu’aujourd’hui, beaucoup de gens sont critiques à l’égard de la grande majorité des volets qui précèdent Freddy’s Dead, ce dernier semble donner l’impression d’assister à une parodie de la saga. Tout ce qu’on a pu critiquer auparavant est ici poussé à l’extrême. Freddy y est plus volubile que jamais, enchaînant les gags de mauvaise qualité. On l’entend d’ailleurs s’exaspérer plus d’une fois sur la jeunesse, avec un ton très moralisateur. La ville de Springwood, qui ne ressemble aucunement à ce qu’elle a pu être par avant, est maintenant composée d’une espèce de peuplade de débiles mentaux de la pire espèce. La majorité des acteurs sont très lourds, et les personnages qu’ils incarnent, bien qu’effacés, possèdent des caractéristiques spécifiques très exacerbées. Un garçon sourd, une jeune fille agressée par son père… Rien de très étoffé, en somme. L’impression d’être dans une série B est impossible à passer outre.

Rachel Talalay, qui a anciennement été productrice des segments trois et quatre de la série, fait preuve d’une réalisation risible, qui ne respecte même pas les conventions du passé. Elle détruit littéralement la barrière entre le rêve et la réalité. Si les idées de meurtres pouvaient sembler non-conventionnelles sur papier, il s’agit finalement de ratages assez impressionnants de sa part. Souvent, j’ai eu la mauvaise impression de me retrouver devant un épisode horriblement mauvais des Looney Toons. L’ambiance cartoon n’est qu’une façon de plus de décrédibiliser le résultat final. Pourtant, il y avait à la base un minimum d’imagination ! Le jeune à moitié sourd, par exemple. Dans son cauchemar, tous les sons sont amplifiés. Le tout aurait pu être extrêmement intéressant, mais Freddy préfère exploser de son rire pathétique, tout en griffant un tableau noir ! L’image donne franchement envie de pleurer, tout comme Krueger, costumé en sorcière, à cheval sur son balai, qui tente tant bien que mal de parodier le Magicien d’Oz ! Pour une troisième et dernière fois, le jeune marginal présent dans le casting affronte quant à lui Freddy sur son terrain favori. Malheureusement, le tueur n’est pas qu’adepte du Kung Fu et des bandes dessinées, c’est aussi un adversaire redoutable pour ce qui est du Super Nintendo! Pour mettre terme à ce bal d’insultes, il est à savoir que la chanson thème du film a été nominée aux Razzies 1992 ! Comme quoi, quand rien ne va…

En décidant de faire cavalier seul avec son scénario, le film de Rachel Talalay aboutit dans un univers isolé, et complètement décevant. Dans cette optique, la poubelle aurait été une meilleure alternative. Heureusement, ses deux successeurs prouveront à leur heure que Freddy n’est pas mort, et qu’on peut imaginer des concepts à la fois loufoques et excellents, pour redorer un peu le blason du pauvre tueur d’enfants d’Elm Street! Les mots sont faibles, pour exprimer à quel point il s’agit d’un nanar dispensable. Il n’est pas recommandé de s’y attabler, surtout étant donné qu’il n’a pas de lien avec les autres films, et qu’il propose une conclusion qui frise l’indigestion. Dommage, lorsqu’on sait que Peter Jackson a écrit un scénario alternatif pour ce film ! Tout au moins, ce beau monde aura fait preuve d’une certaine volonté dans son travail, j’éviterai donc d’accorder ici une note nulle. Une belle entrée finale à la seconde trilogie, nullissime, de la saga A Nightmare on Elm Street.

  • Marc-Antoine Labonté

  • • La Fin de Freddy : L’Ultime Cauchemar (Version française)

     

    A Nightmare On Elm Street (1984)
    A Nightmare On Elm Street 2: Freddy’s Revenge (1985)
    A Nightmare On Elm Street 3: Dream Warriors (1987)
    A Nightmare On Elm Street 4: The Dream Master (1988)
    A Nightmare On Elm Street 5: The Dream Child (1989)
    • Wes Craven's New Nightmare (1994)
    Freddy Vs Jason (2003)
    • A Nightmare On Elm Street (2010)
    • Never Sleep Again: The Elm Street Legacy (2010)

     

    Drag Me To Hell (2009)
    Seed of Chucky (2004)

     

     
     


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