Fright Night 2011

FRIGHT NIGHT

2011

RÉALISATION: Craig Gillespie
SCÉNARIO: Marti Noxon
AVEC: Anton Yelchin, Colin Farrell, Imogen Poots, Toni Collette et David Tennant

Depuis une dizaine d’années, nous pouvons affirmer que l’industrie cinématographique surproduit les suites multiples et interminables (la série Saw) et remâche ses succès commerciaux jusqu’à piger dans le répertoire d’autres contrées (Let the Right One in, Ju-On et ses confrères asiatiques). Pour être directe et franche, je suis écoeurée du manque d’originalité de ces vomis de masse et putain de merde, que les gros bonnets aient peur d’investir dans des productions qui ne garantissent pas nécessairement à 2000 % une recette florissante. Mais où se trouve la brise de fraîcheur peuplant la tête des marginaux téméraires ? Manifestement loin des poches des investisseurs. Inspire, expire, inspire, expire. Bon, pour parler du film dont il est question dans mon texte, soit le remake de Fright Night, on s’attaque à une pièce qui m’est extrêmement chère. Avec mon oeil de lynx, ma brique et mon fanal (j’exagère), je me suis pointée en guerrière prête au combat (héhé) à la première vendredi dernier. Finalement, je considère que l’oeuvre initiale n’était qu’une inspiration pour cette nouveauté qui a tout pour sombrer aux oubliettes. Espérons que la nouvelle génération de spectateurs décidera tout de même de donner sa chance au poussiéreux Fright Night de Tom Holland.

Dans un petit quartier uniforme et familial perdu au milieu d’un désert, vivent en bons banlieusards les Brewster, la mère et le fils. Charley Brewster fut, pendant son enfance, un « nerd » friand d’histoires fantastiques et de combats amicaux en déguisements élaborés. La puberté pointant le nez, il troqua sa cape de superhéros bidon pour l’uniforme du parfait mec cool. À l’aise dans ses nouveaux souliers, il entreprit de séduire avec brio Amy, la fille pour qui ses hormones faisaient des flips. Lorsqu’Adam disparait (un de ses copains d’enfance), Ed, qui était son meilleur ami, le convainc de le rencontrer pour en discuter. Il élabore en long et en large sa théorie selon laquelle un vampire (Colin Farrel !?!?), le nouveau voisin de Charley, aurait enlevé la famille d’Adam. Ridiculisant au maximum Ed, Charley l’abandonne au soleil couchant. Grave erreur, car le vampire qu’Ed surveillait épiait lui aussi l’adolescent. Il en fera qu’une bouchée puisqu’il est prêt à tout pour garder son anonymat et repeupler son armée de suceurs de sang. Charley devra faire face à l’évidence lorsque tous ses soupçons se tourneront vers le nouveau venu, Jerry Dandrige.

Je vais commencer en douceur avec les points semblables entre la nouvelle version et l’opus original. Vous allez vite comprendre pourquoi je soutiens que ce n’est qu’une vague inspiration du Fright Night que l’on connait. Ce qui est non négligeable et amplement louable se retrouve dans le protagoniste principal, Charley Brewster. Anton Yelchin fut un choix judicieux. Son physique colle bien sans toute fois être un sosie de William Ragsdale. C’est surtout au niveau de son jeu et de l’aura qu’il dégage. Franchement, je ne pense pas qu’on aurait pu trouver mieux. La même essence juvénile aux penchants d'intellectuel lunatique. Ses expressions faciales et son langage corporel véhiculent le même type de message que dans l’original. Il y a aussi l’antagoniste principal, le vampire Jerry incarné par nul autre que Colin Farrell. La réputation de sexe-symbole de celui-ci n’est plus à faire malgré le désintérêt des médias à son égard depuis quelques années. À l’époque, Chris Sarandon (le Jerry d’Holland) était une personnalité similaire dans sa vie plus ou moins privée (il est la cause du Sarandon dans Susan... ;). La comparaison s’arrête ici, car leurs personnages héliophobes possèdent des antécédents totalement différents. J’y reviendrai. L’histoire issue des méninges de Tom Holland diffère presque en tous points de celle de Gillespie (ou plutôt de la scénariste, Marti Noxon). Seules deux scènes restent semblables et elles ne sont pas fondamentales dans la succession du récit. Je vous laisse mettre le doigt dessus.

Les différences peuplent l’entièreté du film. Je les qualifierais de lacunes puisqu’elles sont les raisons de ce nouveau titre remodelant un succès incontestable. Le scénario a complètement été réécrit. Quelle tristesse ! L’essence du premier est depuis longtemps évaporée. Tout d’abord le fait crucial que Charley est un admirateur invétéré de Peter Vincent et que sa fascination pour les films présentés par cet homme l’amène à fabuler diverses histoires fantastiques est complètement mis de côté. C’est plutôt Ed (qui est définitivement plus une couille qu’un rockeur amateur de gore comme à l’origine) qui brasse Brewster avec ses élucubrations. Amy se classe aussi dans la catégorie des changements. Elle est désormais une fille populaire et convoitée. Évidement, elle personnifiera la princesse prisonnière et contaminée. Par contre, pour la sauver, on utilisera une ruse dissemblable. De plus, comme j’en parlais plus haut, Dandrige reste le séducteur qu’il était, mais tout ce qui l’enveloppe diffère. Son âge nous était inconnu et ses ressources aussi. Il semblait avoir vécu mille vies grâce aux artéfacts et les antiquités décorant sa somptueuse demeure. Le personnage de Farrell est plus impulsif, arrogant et manque de classe. Ce n’est pas nécessairement mauvais, mais l’impact est loin de celui projeté par Sarandon. Je suis très très très déçue des effets spécieux. Même si ceux de l’original semblent déphasés aujourd’hui, il reste qu’à l’époque c’était de l’excellent travail. On aurait dû miser gros sur leur réalisation vu les possibilités actuelles. Ce n’est malheureusement pas le cas. L’animation est désuète et l’on vise très loin de la magnificence des maquillages exécutés avec adresse. La réputation de la première version tenait fortement sur cet aspect. Je dirais, sans gêne, que c’est l’art de souiller un classique.

Bon, je gardais mon énorme motton pour un paragraphe à lui seul. Un putain de nom ; Peter Vincent. Mais où es-tu mon distingué sir anglais ? Cet allié est tellement, mais tellement, loin du chasseur de vampires d’origine qu’il aurait du porter un autre nom. Pourquoi pas celui de Criss Angel ? Pantalons de cuir, crinière de lion en rut et attitude de tombeur de merde insatiable et fendant, ce personnage me donne froid dans le dos. Je le crains franchement plus que Dandrige ! Je suis outrée à un point que vous ne pouvez imaginer. J’avais envie de crier à l’imposture dont j’étais témoin et de secouer le spectateur inconnu à mes côtés. Selon moi, Vincent était un mur de soutien dans ce récit et en le démolissant, le charme du film en mange une claque. Il rappelait l’amour pour les films de monstres du passé du cinéma d’horreur. On peut décidément sentir que la nouvelle scénariste n’en avait rien à fouetter du message envoyé dans l’oeuvre d’Holland. Un coup de tisonnier dans le cervelet s’il vous plaît.

Je vous propose ici ma théorie sur ce qui a bien pu mener un chef-d’oeuvre vers un flop sur toute la ligne. Selon moi, l’envie de moderniser le film aux goûts des jeunes d’aujourd’hui est la cause évidente de cette dégringolade. Je pense aussi que même si la cible se trouve à être les adolescents, aucun véritable sondage ne fut effectué à propos de leurs intérêts. Sincèrement, je dirais qu’on a supposé qu’ils aimaient ceci et cela en s’engouffrant dans de lourds clichés qui ne feront que les dégouter. Non, je ne crois pas que le public est réceptif à des vulgarités virulentes sur des sujets sexuels. Les dialogues en regorgent et c’est un manque de respect envers l’intelligence des spectateurs. Juste le fait que croire que les jeunes préfèreraient un type comme Criss Angel au lieu du classique Peter Vincent est faire fausse route. Je comprends qu’en écrivant un remake, on ait envie de transporter l’histoire dans l’actualité, par contre il est plus qu’important de s’imposer des limites et de respecter l’oeuvre originel et son auteur par le fait même. Le nouveau Fright Night manque d’ouverture sur la réalité des adolescents de notre époque. Peut-être que je me trompe, car je ne fais plus partie de cette tranche d’âge. Et, lorsque le premier est sorti en 1985, j’étais encore une enfant, alors je ne peux confirmer qu’il représentait avec exactitude sa jeunesse.

Je ne comprends pas parfaitement comment ce remake a échoué pathétiquement. Tout spécialement lorsque le film d’origine avait obtenu un succès et un impact cinématographique aussi fort. Il faut absolument étudier l’oeuvre initial en profondeur avant de s’atteler à une réécriture. J’aurais franchement aimé vous décrire à quel point ce nouvel opus est fidèle à l’ancien et comment il lui rend justice. Malheureusement, c’est un échec flagrant et ce film a tout pour ennuyer ses spectateurs. Si vous êtes véritablement en manque de Fright Night, retapez-vous donc l’original !

  • MaryBel Gervais

  • • Vampire, vous avez dit vampire? (titre en français)

     

    Fright Night (1985)
    • Fright Night Part 2 (1988)

     

    The Faculty (1998)
    • Vampires (1998)

     

     
     


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