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FUNNY GAMES2008
RÉALISATION: Michael Haneke Funny Games, film autrichien sorti en 1997, a connu un succès critique notable en abordant le thème de la violence et de sa représentation sous un angle peu commun. Désireux de faire connaître son film à une plus grande masse (le public américain précisément), son créateur, Michael Haneke, n'a pas refusé l'offre d'un producteur qui lui a proposé d'en réaliser une nouvelle version en langue anglaise. Son nouveau film sera une copie conforme à l'original jusque dans ses moindres détails. C'est le début des vacances et Anna (Naomi Watts), Georges (Tim Roth) et leur fils Georgie (Devon Gearhart) sont en route pour le chalet. Leurs voisins de chalet, eux, sont déjà arrivés. Ils conviennent ensemble d'une partie de golf le lendemain matin. Tout est parfait. Pendant que son mari et son fils s'affairent à mettre en ordre le voilier, Anna prépare le souper. Soudain, elle se retrouve face à face avec un jeune homme inconnu. Il se présente sous le nom de Peter (Brady Corbet), l'invité des voisins. Il est venu emprunter des oeufs en leur nom. Anna lui en offre sans hésiter, mais Peter les échappe alors qu'il s'apprête à sortir. Manifestement désolé, Peter n'en finit plus de s'excuser auprès de la femme. Bientôt, l'ami de Peter, Fred (Michael Pitt), entre à son tour pour demander un verre d'eau. Et si cette histoire d'oeufs cassés était en fait le début d'une série de mauvaises plaisanteries qui pousserait à bout Anna et sa famille... Il y a de ces films réalistes qui vous font garder la mâchoire serrée tout au long et dont vous ressortez bouleversé, n'étant plus en mesure de faire le vide par rapport aux images qu'ils ont imprégnées en votre esprit. Funny Games, fait partie de ce trop rare cru. Film d'horreur psychologique — parce que même si on nous le présente souvent comme un thriller, Funny Games appartient essentiellement au cinéma d'horreur — empruntant le chemin du survival, Funny Games est d'une brutalité qui ne laissera personne indifférent. La force du film réside d'abord dans son idée de base pourtant bien simple. Comment, par le simple fait de la parole, manipuler des inconnus et parvenir à les décontenancer à un point tel qu'ils veuillent user de violence pour que vous disparaissiez immédiatement de leurs vies ? C'est cette question à la fois absurde et troublante qui motive les vilains de Funny Games et qui est ici judicieusement exploitée. Tout cela commence à prendre forme à la suite de quelques accidents presque anodins. Mais bientôt, la farce tourne en rond et comme le personnage d'Anna, le public perd peu à peu patience devant le manège des jeunes hommes. Préparez-vous à grincer des dents. On retrouve un moment parfaitement orchestré dans Funny Games lorsque la friction entre l'univers de la famille et celle des voyous provoque les premières étincelles. Dès cet instant et pour tout le reste du film, une sensation de profond malaise nous envahit. Peu après viennent les sentiments de frustration, d'impuissance et d'incompréhension. Car l'hypocrisie, l'effronterie et la méchanceté dont font preuve les « monstres » de Funny Games dépassent les limites. Peter et Fred obéissent à une logique fermée, implacable et surtout, absolument irritante. Vêtus de leurs habits de golf blancs et affichant d'éternels airs candides, ils s'imposent sournoisement sur leurs victimes. Peu corpulents, très articulés et bavards, d'aucune façon leur apparence n'indique tout le mal dont ils sont capables. Il faut aussi rajouter que leur présence est d'autant plus inquiétante étant donné l'ambiguïté qui caractérise leur rapport entre eux. Funny Games est particulièrement intéressant, mais aussi étrangement douloureux pour cette raison, en ce qu'il transgresse en partie les règles propres au phénomène de la catharsis. Haneke conçoit le film à l'image de ses tortionnaires et tente d'impliquer personnellement le spectateur dans le processus du film. Tout en lui offrant ce à quoi il croit être accoutumé, Haneke trompe le spectateur. Il veut faire prendre conscience au spectateur de la réelle signification de la violence. Aussi, le cinéaste établit un important jeu par rapport à l'identification aux personnages. Maîtrisant entièrement ses moyens, Haneke nous fait constamment osciller entre distanciation et rapprochement émotionnel. Sa superbe réalisation est d'une sobriété qui contraste avec l'intensité des événements vécus par la famille. Ses très longs plans fixes nous confrontent à la souffrance intime des victimes et deviennent des supplices en-soi. L'utilisation de la musique, pour sa part, est tout à fait surprenante. Elle contribue notamment à donner un générique d'ouverture des plus fascinant. Il faut enfin mentionner que le long métrage ne serait jamais aussi efficace sans la présence de ses excellents acteurs. Du lot, Michael Pitt et Naomi Watts volent la vedette. Funny Games ne fera toutefois pas l'unanimité et générera probablement des réactions très variées, et ce, autant chez les cinéphiles que chez les amateurs d'horreur. L'aspect cru de sa violence rebutera les plus sensibles et sa dimension autoréflexive pourra d'abord sembler inutilement lourde. Certains resteront déroutés ou voudront décrocher, d'autres s'insurgeront ou réagiront même en riant. Mais selon notre point de vue, ce film tient du génie et se doit d'être approché sérieusement. Depuis Henry: Portrait of a Serial Killer, aucun film ne nous aura atteints aussi directement et perversement avec sa violence que Funny Games. À la fois intelligent et terriblement malsain. Une véritable claque en plein visage.
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