GRACE

2009

RÉALISATION: Paul Solet
SCÉNARIO:Paul Solet
AVEC: Jordan Ladd, Samantha Ferris, Gabrielle Rose, Malcom Stewart et Stephen Park

Si la grossesse et l’accouchement font partie d’un processus purement naturel, ils n’en demeurent pas moins des phénomènes enveloppés d’une dense aura de mystère. Le fait que le cinéma d’horreur s’y soit spécifiquement attardé – avec, notamment, Rosemary’s Baby, It’s Alive, The Brood, Baby Blood et dernièrement, À l’Intérieur – témoigne d’ailleurs des angoisses inhérentes liées à cet instant de vie symbolique. Avec son premier long métrage, Grace, Paul Solet pose un autre bémol sur l’expression « les joies de la maternité ».

Madeline et Michael, un couple dans la trentaine, attendent enfin leur premier enfant. Mais déjà durant la grossesse, les complications font surface. Fervente du « bio » et autres trucs « granos », Madeline tient entre autres à ce qu’une sage-femme s’occupe de l’accouchement et refuse toute visite chez le médecin traditionnel, au grand désarroi de sa belle-mère. Lors d’un accident de la route impliquant les futurs parents, Michael décède et le bébé succombe à l’impact. Toutefois, avec l’aide de la sage-femme, Madeline décide de mener le bébé à terme comme prévu. Une fois sorti, celui-ci se réanime miraculeusement, assoiffé…

Grace possède maintes qualités, ne serait-ce que dans l’élaboration du portrait psychologique de Madeline (Jordan Ladd, excellente), figure centrale du récit. Il faut voir l’entêtement et la volonté dont cette dernière fait preuve dans sa quête pour livrer un enfant au monde. Dès le commencement, Solet parvient non seulement à nous rendre empathique à l’égard du sort de cette femme au bord de la folie, mais il se penche également, et à juste titre, sur la relation quasi fusionnelle qui se développe dès la grossesse entre une mère et son enfant. Dans cette optique, la mort du père tout juste avant l’accouchement est significative.

Le film aborde de front un sujet pour le moins inusité au cinéma, à savoir, l’allaitement. C’est d’ailleurs par son entremise que le contenu quasi fantastique du film se dévoile. Certes, l’idée – typiquement horrifique – à la base du scénario peut d’abord frapper par son absurdité. Mais une fois le coup encaissé, Grace s’avère souvent dérangeant à plus d’un niveau. Favorisant une approche relativement sobre et suggestive envers l’horreur en question, Solet trouve le moyen d’instaurer un malaise palpable chez le spectateur.

En matière d’ambiance, Grace se classe partiellement parmi les films d’angoisse psychologique comme Repulsion ou même le plus récent Bug. Par l’entremise de sa réalisation, Solet nous fait partager le sentiment d’insécurité que ressent Madeline par rapport à son rôle de mère. Ainsi, la vulnérabilité du nouveau-né prend tôt des proportions démesurées, de sorte que les menaces potentielles semblent aussi impossibles à dénombrer qu’à enrayer. Car dans l’esprit de Madeline, les dangers proviennent autant de l’environnement immédiat (les insectes, l’alimentation) que de l’extérieur (la belle-mère, le médecin de famille). En peu de temps, la demeure familiale et la chambre du bébé portent donc tout le poids généré par l’hystérie de la mère. Nul besoin de spécifier que ceux qui y entreront auront de macabres surprises.

À travers l’opposition qui s’établit entre Madeline et sa belle-mère, Grace touche aussi à la question de la ménopause et ultimement, de la dimension vieillissante du corps. Et malgré que cette sous-intrigue demeure pertinente à l’histoire, la manière désinvolte avec laquelle elle est traitée se révèle symptomatique des failles qui s’accumulent sur l’ensemble du film. La plupart du temps, Solet s’entête malheureusement à vouloir provoquer des réactions immédiates chez le spectateur. Le caractère grotesque de certains comportements est parfois trop appuyé et l’humour s’intègre maladroitement. De plus, un sentiment d’urgence parcourt le film, permettant rarement au spectateur de bien saisir l’étendu des enjeux psychologiques qui couvrent le récit. Décidément, Solet se préoccupe avant tout d’offrir une oeuvre accessible et dynamique. Mais ce choix est surtout dommageable puisqu’il empêche le film de bénéficier de la complexité et de la profondeur qu’il était en droit de réclamer.

Il apparait évident qu’avec Grace, Solet désirait trouver un juste équilibre entre le film d’horreur intimiste et le film d’horreur plus conventionnel. Mais en misant trop sur l’efficacité et pas suffisamment sur la subtilité, le réalisateur gâche une bonne part du potentiel de son film. Il aurait eu avantage à ralentir le rythme et aurait dû envisager une durée plus longue. Solet détenait une histoire précieuse entre ses mains. Dommage que le résultat ne soit pas plus abouti. Soulignons toutefois l’effort de ce jeune cinéaste qui risque de récidiver plus fort à l’avenir.

  • Maxime Duguay

  • Who Can Kill a Child? (1976)
    • Trouble Every Day (2001)

     

     
     


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