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GUROZUKA
2005
RÉALISATION: Yôichi Nishiyama
SCÉNARIO: Tadayoshi Kubo et Ao Murata
AVEC: Keiko Saito, Yûko Kurosawa, Yukari Fukui, Nozomi Andô et Yoko Mitsuya
Malgré le manque d’originalité résidant dans leurs éternels antagonistes féminins aux longs cheveux noirs, les films d’horreur japonais ont toujours représentés selon moi un synonyme de qualité. La grande force et particularité de ces films, c’est qu’ils arrivaient toujours à engendrer en moi un sentiment de profond effroi. Quand j’ai su que j’allais critiquer Gurozuka, je voyais une nouvelle opportunité de goûter cette peur. Appartenant, selon la pochette DVD, à la tradition de Scream et Ringu, Gurozuka avait tous les éléments réunis pour parvenir à me plaire.
Deux japonaises membres d’un club de cinéastes en herbe découvrent un étrange film 8mm dont l’histoire est basée sur une ancienne et populaire légende bouddhiste. La seule variante avec l’histoire qu’elles connaissent, c’est que la fin met en scène Gurozuka, une femme masquée qui commet un meurtre devant la caméra. Fiction ou réalité? Intriguées, les deux femmes décident donc d’amener leurs copines dans la maison où elles ont trouvé le court-métrage en leur faisant croire qu’elles vont là simplement dans le but de faire des films. Les japonaises apprendront que ce même lieu a également été l’enceinte d’un ancien club de cinéastes créé 7 ans plus tôt et dont les membres sont soit devenus fous, soit disparus. Elles apprennent également que c’est à cet endroit que le 8 mm a été tourné. Ce n’est pas tout! La nourriture disparait mystérieusement, une des membres est empoisonnée tandis que d’autres sont manquantes. Est-ce une des filles qui est à l’œuvre de tout ça, ou bien est-ce Gurozuka qui fait son grand retour?
En dépit de sa complexité, le scénario de Gurozuka possède une bonne base qui, utilisée d’une façon différente, aurait fait un bien meilleur film. Or, les scénaristes n’ayant pas su développer correctement ce fond, ils arrivent ici avec une histoire plus que banale, sans réels moments de suspense ni de tension. Le film semble constamment dériver vers les œuvres les plus populaires du sous-genre, soit Ju-on (La forêt et la maison semblent être le thème de prédilection maléfique) ainsi que Ringu (le court-métrage étant l’élément déclencheur de l’histoire) sans jamais en exploiter leurs forces. Pour ce qui est de son apparence physique, le tueur de Gurozuka est vraisemblablement inspiré du personnage de samouraï japonais avec un masque de démon dans Onibaba de Kento Shindo, film considéré comme précurseur aux genres de l’horreur et de l’érotisme dans le cinéma japonais. Le récit d’Onibaba est d’ailleurs également basé d’après la légende bouddhiste.
Gurozuka détient bon nombre de scènes assez inutiles qui ont pour unique but de créer de faux moments de suspense. Ces scènes contiennent généralement des jump scares afin d’effrayer plus facilement le public, mais cela ne fonctionne généralement pas. Sinon, nous avons droit aux intrigues les plus ennuyantes qui pourraient exister dans un film d’horreur de ce style. La nourriture disparait mystérieusement! Ah non! Quelqu’un essaie d’empoisonner une des japonaises avec des champignons vénéneux! Ah mon Dieu! Ces événements nous passent complètement par dessus la tête tellement ils sont mal emmenés dans l’histoire. Je suis conscient que le but est de créer la zizanie au sein du groupe de japonaises. Par contre, voir des femmes se chicaner et se soupçonner entre elles pendant près d’une heure, c’est comme de regarder une quotidienne d’Occupation Double sans les gars.
La tueuse du film est certes très intrigante, mais nous ne la voyons jamais en action comme on pourrait s’y attendre en regardant un slasher. Gurozuka ne semble pratiquement pas exister, étant donné ses trop courtes apparitions dans le long-métrage. Les seuls moments où on a la chance de la voir, c’est durant un flashback, quelques visions qui durent 2 à 3 secondes chacune, sur les films et à la toute fin. Mises à part ces exceptions, le spectateur n’aura jamais la sensation que la femme masquée soit réellement une menace pour les sept protagonistes puisqu’elle est majoritairement inactive. Les amateurs de meurtres seront franchement déçus. En effet, nos japonaises préfèrent disparaître sans laisser de traces plutôt que de se faire tuer devant nos yeux. On a seulement droit à quelques meurtres lors de la finale et ils ne sont même pas mémorables.
Le véritable élément positif du long-métrage, c’est la bande originale qui génère une sorte de mystère entourant le film. Elle est constituée de cloches (un peu comme dans le thème de The Exorcist), mais avec un air qui se rapproche davantage au western de 1964, A Fistful of dollars. Les deux éléments combinés ensemble donnent une jolie mélodie qui reste dans la tête pendant plusieurs jours. Niveau montage sonore cependant, le travail est bâclé. Les enchaînements musicaux entre certaines scènes du film auraient besoin d’un pont audio. Le son et la musique semblent couper d’une séquence à l’autre à cause de son manque d’homogénéité.
Gurozuka, le film d’horreur japonais le plus effrayant de tous les temps? Le destin en a voulu autrement. Il semble en fait que je sois tombé sur le seul qui ne m’ait point fait sourciller. Je ne suis pas surpris que le film ait pris 7 ans avant d’arriver sur notre marché. Avec une horreur pareille entre les mains, j’aurais attendu beaucoup plus longtemps pour la commercialiser.



• Ringu (1998)
• Ju-On (2000)
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