Don’t be Afraid of the Dark

Hannibal

2001

RÉALISATION: Ridley Scott
SCÉNARIO:
David Mamet & Steven Zaillian
AVEC: Anthony Hopkins, Julianne Moore, Gary Oldman, Ray Liotta, Giancarlo Giannini

Il y a vingt ans cette année, The Silence of the Lambs, film de Jonathan Demme adapté de l’auteur Thomas Harris et faisant suite au méconnu Manhunter, allait révolutionner le cinéma d’horreur grâce à son approche hyperréaliste du monde des tueurs en série. Cette approche allait elle-même bénéficier d’un rayonnement hors-normes lorsque le film, extrêmement rentable, serait couronné des cinq Oscars les plus prestigieux (Meilleur film/réalisateur/scénario/acteur principal et actrice principale) à l’occasion de la tenue du gala annuel en mars 1992. Flairant la bonne affaire, le producteur italien Dino De Laurentiis pensa à une suite. Et plutôt que de faire l’idiot avec le matériel original, l’homme alla directement à la source des choses: Thomas Harris. C’est ainsi qu’il convainquit l’auteur d’écrire une suite à son best-seller, suite qui serait bien entendu adaptée au cinéma après coup. Et De Laurentiis n’allait pas laisser cette adaptation tomber entre les mains de n’importe quel jeune réalisateur de vidéoclips avide de reconnaissance! Devant le refus de Jonathan Demme, c’est à la porte du cinéaste responsable d’Alien que le producteur ira sonner. Les conditions gagnantes étaient rassemblées pour un autre film culte et, dix après son prédécesseur, l’Hannibal de Ridley Scott allait enfin voir le jour.

Cela fait maintenant dix ans que le Dr. Hannibal Lecter s’est évadé d’un pénitencier à sécurité maximale grâce à un jeu de manipulation des plus raffinés. Depuis, il mène un quotidien particulièrement enviable dans la superbe ville de Florence, en Italie, où il travaille comme conservateur dans une bibliothèque. De son côté, Clarice Starling continue à être employée par le FBI, bien qu’une sombre histoire de fusillade l’écarte pour un temps de ses fonctions. C’est pourtant à ce moment que sa destinée croisera de nouveau celle de Lecter, auquel elle songe sans arrêt depuis une décennie. Cette rencontre ne sera pas fortuite, bien au contraire, puisqu’influencée par la seule victime d’Hannibal encore en état de le haïr : Mason Verger. Atrocement défiguré, ce milliardaire pédophile traque incessamment l’homme responsable de son état et considère que l’agent Starling est l’appât tout indiqué…

Pour bien des gens, cette critique sera un sacrilège. Vous en êtes maintenant avertis. Mais qu’est-ce que ce job s’il se limite à se conformer aux opinions de la masse? Voici donc ce que je pense franchement. Disons-nous tout de suite les vraies choses : Aux côtés de films tels que The Texas Chain Saw Massacre, Jaws ou Halloween, The Silence of the Lambs compte parmi les productions que je considère personnellement comme surévaluées. Pas que les titres que j’ai nommés soient de mauvais films, loin de là! Seulement, je ne les vois pas comme les chefs-d’œuvre incontestés qu’ils sont censés être. Et si j’ai à les à comparer, cet Hannibal est à mon sens SUPÉRIEUR au multi-oscarisé The Silence of the Lambs.

Déjà, Ridley Scott procure une réalisation beaucoup plus intéressante que celle de son homologue. Outre sa mise en scène extrêmement dynamique, l’ancien diplômé des Beaux-arts charge son film d’une esthétique baroque qui fait office de véritable bijou pour les yeux. Appuyé par une superbe trame d’Hans Zimmer, le métrage devient littéralement un tableau mouvant. Florence est définitivement l’endroit parfait pour poser Hannibal Lecter. La ville donne lieu à plusieurs scènes sublimes, particulièrement celle mettant en scène la poursuite dangereuse entre un jeune voyou et le psychopathe. Certes, on peut dire qu’Hannibal verse plus facilement dans l’excès graphique, mais il me semble qu’il fallait s’attendre à cela lorsque le scénario laisse le sadique docteur libre de ses actions! Nous avons notamment droit à une scène de trépanation particulièrement dégueulasse (même en ayant vu tous les épisodes de la saga Saw, je vous le jure!) et gorgée d’humour noir.

Alors que The Silence of the Lambs et Red Dragon (le remake de Manhunter) sont profondément similaires sur plusieurs points, Hannibal possède les mérites d’emmener l’histoire de la saga vers d’autres lieux. Enfin, Anthony Hopkins dispose d’un film qui lui est réellement consacré! Et il ne fait pas faux bond à l’auditoire. Ce nouveau rôle lui en demandait beaucoup pour conserver le mysticisme qui entourait jusque là son personnage et il accomplit sa tâche avec une aisance surprenante. Il inquiète constamment, prenant les allures d’un fauve meurtrier que l’on aurait laissé en liberté en pleine nature. On est loin du fantôme sans âme qui hante maintenant les grosses productions horrifiques comme The Rite et The Wolfman!

Alors que Thomas Harris, conscient qu’Hopkins était incertain quant à reprendre le rôle du cultissime Dr. Lecter, écrivit son roman de façon à rendre le tueur méconnaissable en cas ou un autre acteur dusse prendre la relève, c’est plutôt Jodie Foster qui fit faux bond à la production d’Hannibal. Elle fut remplacée par Julianne Moore, actrice reconnue qui possède un physique semblable. Et malgré les inquiétudes, la transition se fait sans heurts! Même que, et c’est le moment où les lecteurs munis de pacemakers devraient faire attention, Moore est à mon avis supérieure à Jodie Foster! Voilà, c’est dit. Bien que Clarice Starling soit ici un personnage plus secondaire, je considère que le scénario la sert mieux et que la prestation de l’actrice est sans failles.

Pour revenir à cette idée de scénario très distinct des autres membres de la saga, Hannibal se présente comme une dangereuse partie de chasse à l’homme qui ne laissera pas ses protagonistes indemnes. Dans sa critique de The Silence of the Lambs, mon collègue Dominic Paulhus a affirmé : « De voir à quel point l’homme peut devenir démoniaque est fascinant.» Je renchérirai ici puisque c’est aussi le cas dans Hannibal, un film qui présente des hommes trahis par leur appétit de vengeance ou leur cupidité dénuée de remords. La manière dont Ridley Scott met en scène les diverses obsessions contenues dans le scénario est très appréciable. Particulièrement celle de Mason Verger, très bien interprété par l’acteur Gary Oldman (Dracula '92, The Dark Knight). Hannibal pallie à une trame moins énigmatique par un film très rythmé et sombre qui garde attentif jusqu’au générique.

Le seul défaut réel que je perçois de ce film, et c’est définitivement subjectif, c’est la finale. Thomas Harris a écrit pour son roman une fin mémorable, très couillue et représentant l’apothéose de la relation Starling/Lecter. Désireux de faire un film qui plairait au public moyen des États-Unis, les producteurs ont demandé une autre conclusion pour le métrage. En résulte un élément de scénario qui surprendra ceux qui n’ont vu que les films, mais qui déçoit les lecteurs de Thomas Harris puisque l’auteur allait beaucoup plus loin pour parachever sa saga.

En 2002, lorsque j’avais l’âge vénérable de 10 ans, j’ai vu Hannibal en compagnie de ma maman et de mon papa. Après coup, mes parents ont affirmé à l’unisson : c’était bien, mais j’ai préféré The Silence of the Lambs! Et ils n’étaient pas les seuls. Ce fait était un mantra collectif à l’humanité. Tout le monde disait la même chose. Pourtant, je persiste et signe : Si Hannibal Lecter jouit aujourd’hui d’une telle réputation cinématographique, c’est (au moins à mes yeux) grâce à ce film-ci, qui est clairement la plus efficace, prenante et réussie des cinq adaptations de Thomas Harris. Particulièrement pour des amateurs de cinéma d’horreur en notre genre, Hannibal est une séquelle immanquable, d’ailleurs une des trop rares qui font ravaler à Scream 2 son fameux « Sequels suck! ». Si cette suite n’existait pas, je considérerais personnellement le personnage du Dr. Lecter comme globalement surévalué. Les fans du film de Jonathan Demme doivent à tout le moins un visionnement à Hannibal, bien que je suis certain que ce soit déjà fait dans la plupart des cas.

  • Marc-Antoine Labonté

  • Manhunter (1986)
    The Silence of the Lambs (1991)
    • Red Dragon (2002)
    Hannibal Rising (2007)

     

    • Se7en (1995)
    • Cape Fear (1992)

     

     
     


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