HARDWARE

1990

RÉALISATION: Richard Stanley
SCÉNARIO: Richard Stanley
AVEC: Stacy Travis, Dylan McDermott, John Lynch, William Hootkins et Iggy Pop

Le fait d'avoir été remercié en plein tournage de The Island Of Dr. Moreau (1996) a énormément hypothéqué la carrière du cinéaste Richard Stanley. S'il faut donner crédit à Stanley de ne pas avoir voulu divergé de son intégrité artistique, il est quand même dommage qu'une carrière aussi prometteuse ce soit quasi éteinte. Avec seulement deux longs-métrages de fiction sur son résumé, Stanley a démontré qu'il avait un style propre qui le démarque de la masse. Son premier film, Hardware en est un bon exemple et s'avère être rien de moins qu'un des meilleurs films d'horreur du début des années 90.

Inspiré du court-métrage Incidents In An Expanding Universe que Stanley a réalisé alors qu'il avait 19 ans, Hardware se déroule dans un futur postapocalyptique. Moses, un ancien soldat, vagabonde dans le désert à la recherche de vestiges du passé qu'il vend au brocanteur local. Lorsqu'il met la main sur le crane et les restants d'un robot, il offre sa trouvaille à Jill, sa copine artiste qui sculpte le métal. Ce qu'il ignore, c'est qu'il a trouvé les restants de MARK 13, un robot meurtrier conçu par le gouvernement et par la suite abandonné en raison de défectuosités. Le robot en question a la capacité de se régénérer, chose qu'il accomplit rapidement dans l'appartement de Jill, pour ensuite poursuivre sa mission destructrice!

Bien que les influences derrières Hardware soient évidentes (pensez à un mélange de The Terminator et Alien réalisé par Dario Argento), Stanley nous offre une vision unique et pessimiste à souhait du futur. Acclamé par la critique à sa sortie en 1990, Hardware est rapidement tombé aux oubliettes, étant aujourd'hui inconnu de plusieurs amateurs. C'est dommage, puisque c'est tout un amalgame de science-fiction et d'horreur. C'est aussi bien plus qu'une pâle copie de The Terminator, comme certains l'ont étiqueté. Stanley a incorporé une forte critique sociale sur l'évolution de la technologie mêlée à des références bibliques, du symbolisme à la tonne et un sous-entendu sexuel parfois lourd, le tout porté par une magnifique trame musicale aux accents industriels!

La force principale du film est que Stanley a mis en image un tel univers avec un minimum de ressources (1.5 million $ de budget). Le cinéaste utilise ingénieusement un nombre minimum de location et jamais on ne questionne ce choix. Il est clair que le scénario se devait de garder des proportions restreintes et Stanley nous montre juste assez d'images de ce qu'est devenu le monde pour qu'on se fasse une bonne idée des préoccupations sociales des personnages. Le gros de l'histoire est concentré dans l'appartement de Jill, qui est muni d'un système de protection ultrasophistiqué, rehaussant le sentiment de solitude qui habite son personnage. Stanley exploite à fond ces lieux étroits rendant le carnage de MARK 13 plus impressionnant que si le robot s'était échappé à l'extérieur de l'immeuble. Le scénario incorpore juste assez de victimes potentielles, mêlant parfaitement la violence à un visuel éclaté.

Visuellement, le film est magnifique. Certaines scènes semblent tirées d'un film de Dario Argento, on pense notamment à Phenomena. Après la première attaque du robot sur Jill, cette dernière semble dans les vapes et son état est parfaitement retransmis à l'écran. L'utilisation de l'excellente trame musicale de Simon Boswell (ainsi que la chanson The Order Of Death par Public Image Ltd) et d'un visuel aux éclairages colorés apporte un magnifique contraste avec le morceau de ferraille qui sert d'antagoniste. Le style de réalisation de Richard Stanley s'apparente beaucoup à celui d'un vidéoclip, mais n'ayez craintes, celui d'un bon vidéoclip! Stanley a d'ailleurs fait ses classes dans ce domaine et il a apporté une touche musicale intéressante à son film. En plus d'utiliser des chansons de Ministry et Motörhead, il a donné de petits rôles à Lemmy de Motörhead et Iggy Pop. Ce dernier prête sa voix à Angry Bob, un DJ furieux mémorable.

Même si la base de l'histoire baigne dans la science-fiction, Hardware endosse fièrement son étiquette horrifique. Les meurtres sont brutaux; le robot est muni d'un arsenal d'armes tranchantes ou perçantes qu'il ne se gêne pas d'utiliser dans les yeux ou les parties génitales. Un vrai petit vicieux ce MARK 13! Les scènes entre le robot et Jill sont à couper le souffle. Rarement des scènes d'action et d'horreur à grand déploiement auront été rendues avec autant de grâce! Le scénario incorpore aussi des lieux surprenant pour perpétuer l'action tels que le réfrigérateur et la douche!

Après une absence prolongée injustifiée sur DVD, Hardware fait le grand saut, gracieuseté de Severin Films. Le film est aussi offert sur un Blu-ray qui rehausse les qualités visuelles de l'oeuvre. Comme l'ont démontré Sam Raimi et Jonh Carpenter, Richard Stanley prouve que le manque de ressource sera toujours surmonté par le talent et l'imagination. Hardware est un bijou à découvrir.

  • Dany Champagne

  • Dust Devil (1992)
    District 9 (2009)

     
     


    Horreur Web © 2003-2009
    Création/rédaction: Dany Champagne • Graphisme: Daniel Bérard