HEAD TRAUMA

2006

RÉALISATION: Lance Weiller
SCÉNARIO: Lance Weiller et Brian Majeska
AVEC: Vince Mola, Jamil A.C. Mangan, Mary Monahan, Meryl Lynn Brown et Brandee Sanders

Le réalisateur Lance Weiler a fait parler de lui en 1999 lorsqu'il a clamé haut et fort que The Blair Witch Project était copié sur son premier film, The Last Broadcast. Cette polémique a fait mousser la popularité de The Last Broadcast qui a obtenu un succès considérable sur le marché vidéo. Puis, plus rien! Weiler a disparu dans la brume! Huit ans après la sortie de son premier film, il nous revient enfin avec Head Trauma, un film bien personnel pour le cinéaste indépendant.

George Walker revient dans sa ville natale pour prendre possession de la maison de sa grand-mère décédée. Arrivé sur les lieux, il découvre un immeuble en décomposition, abandonné depuis plusieurs années. Déterminé à donner un sens à sa vie, George décide de rénover la maison avant que les inspecteurs de la ville ne se décident à la démolir. Du moment qu'il entreprend ses travaux, il souffre d'hallucinations et de cauchemars dans lesquels une jeune femme se fait assassiner par un mystérieux tueur. Lorsqu'il se met à apercevoir ce même tueur dans les parages et que d'étranges messages font leur apparitions sur les murs, George est persuadé que la maison de sa grand-mère cache un terrible secret.

Pour son deuxième film, Lance Weiler s'est inspiré d'un incident malheureux qui lui est arrivé. En 1994, il a été victime d'un accident de la route et a perdu la mémoire pendant plusieurs jours. Lorsque le tout est revenu à la normal, il a été victime de cauchemars violents dans lesquels il revivait son accident. L'idée d'incorporer le tout dans un scénario a longuement trotté dans sa tête et le tout s'est finalement concrétisé avec Head Trauma. Pour ce film, Weiler ne prend pas la route facile. Refusant catégoriquement de travailler selon les normes hollywoodiennes, le cinéaste a financé lui-même son film, choisi des amis comme acteurs, tourné avec une caméra vidéo et monté le tout avec un logiciel bon marché. Dans les circonstances, le résultat est plus que satisfaisant.

Head Trauma est un film d'horreur psychologique qui utilise son manque de ressource pour ainsi donner un aspect plus réaliste à son récit. Avec son visuel verdâtre créé par la caméra vidéo et ses décors crades (le film a été tourné dans une vraie maison abandonnée), Head Trauma place d'emblée le spectateur dans une zone d'inconfort. La réalité et le subconscient du protagoniste se côtoient assidûment pour ainsi étourdir les perceptions des spectateurs. Le réalisateur ne différencie jamais visuellement les deux réalités pour ainsi garder le spectateur sur un pied d'alerte. La réalisation de Weiler est simple, mais efficace, puisque celui-ci laisse l'étrangeté de son récit s'exprimer. La tendance minimaliste de Weiler donne aussi un aspect "télé-réalité" bénéfique au film. D'ailleurs, les acteurs choisis pour le film sont pour la plupart de nouveaux venus et offrent des performances rafraîchissantes. Du lot, Vince Mola fait des miracles dans le rôle du plus qu'antipathique George.

Il est intéressant de voir les diverses inspirations du réalisateur. Bien que Head Trauma soit avant tout un film d'horreur psychologique, il est imprégné d'une forte influence asiatique et d'une narration qui n'est pas sans rappeller l'univers de David Lynch. Le médium de la bande dessinée joue aussi un rôle pivot pour l'un des aspects du scénario. Il est étonnant de voir que le cinéaste a su emprunter à plusieurs styles sans jamais dériver de ceux-ci. Avec son mystère soutenu, ses images subjectives et son scénario imprévisible, Head Trauma est un véritable labyrinthe psychologique. Le film témoigne du désir de son cinéaste à livrer une oeuvre songée et surtout différente de la tendance actuelle. Sur ce point, Weiler a sû relever son pari. Bien qu'à mon avis Head Trauma soit plus réussi dans son ensemble que The Last Broadcast, le film n'est pas sans défaut. La technique de montage "épileptique" que préconise Weiler vient amoindrir plusieurs moments de suspense, jusque-là très efficaces. De plus, l'intrigue si bien ficelée au début devient progressivement banale et prévisible. De ce fait, la révélation finale est décevante et boucle mal le film.

Head Trauma est distribué par Heretic Films. Le DVD est bourré de suppléments pour un film indépendant. Du lot, on retrouve une piste de commentaires du réalisateur, des "behind the scenes", un livret avec des commentaires de Stephen Susco et des bandes-annonces. Pour plus de détails sur le film, visitez le site officiel.

Bien qu'imparfait, Head Trauma démontre qu'il est possible de faire du cinéma indépendant de qualité, et ce, en faisant abstraction des conventions et des modes du moment. Reste maintenant à souhaiter que Weiler ne mettra pas huit ans à pondre son troisième film!

  • Dany Champagne

  • The Dark Hours (2005)
  • The Last Broadcast (1998)

    Venez discuter de Head Trauma sur le forum.