LA HORDE

2009

RÉALISATION: Yannick Dahan, Benjamin Rocher
SCÉNARIO: Yannick Dahan, Benjamin Rocher, Arnaud Bordas, Stephen Moïssakis
AVEC: Claude Perron, Jean-Pierre Martins, Eriq Ebouaney, Yves Pignot, Antoine Oppenheim

Tout le monde a déjà rit ou pleuré devant Le Lac des Morts-Vivants

Quoi ? Il faut que je me calme avec mes introductions qui généralisent toujours tout? Il y a des gens qui ne voient pas de quoi je parle actuellement?

Ce projet de Jesus Franco, finalement tourné par Jean Rollin (Qui l’assume comme le plus mauvais film qu’il ait fait!), est l’un des pires nanars horrifiques de tous les temps. Peut-être ne voyez-vous pas où je veux en venir avec tout ça? Depuis 1981, la France avait, à un certain degré, une dette envers tous les amateurs de zombies du monde. L’Hexagone a d’abord tenté de la régler avec Mutants, œuvre originale mais décevante pour la majorité. La Horde se présente ainsi comme second candidat, avec son approche beaucoup plus classique. En effet, le film offre un scénario se rapprochant bien plus du zombie flick typé : un groupe de survivants aux rapports tendus essait d’échapper à une armada de morts-vivants, qui sont d’ailleurs devenus d’excellents sprinters depuis l’année 2003. Nous voici donc à la question pour laquelle tous les amateurs de cannibales putréfiés du monde retiennent leur souffle : si ce n’est pas innovateur, est-ce au moins assez effrayant, assez jouissif?

Après la mort de l’un des leurs aux mains de truands, quatre policiers sont bien décidés à le venger. C’est ainsi qu’en pleine nuit, ils investissent le HLM parisien dans lequel la bande de gangsters devrait se planquer. Ils n’ont pas l’intention de rire : cagoulés et armés, ils veulent répandre le sang. Ce plan fort cavalier fait toutefois face à quelques imprévus, dont le plus grand est un apocalypse zombie qui confine tout le monde dans l’immeuble, et force bientôt quelques alliances improbables…

Film coréalisé par une figure reconnue de la critique cinématographique française (Yannick Dahan), La Horde aura du faire face, dès sa sortie, à un contrecoup de karma assez énorme. En effet, les critiques locales ont majoritairement assassiné ce film. Dahan & Rocher ont livré un produit typiquement américain, chose qui ne plaira pas à tous. Des défauts, La Horde en possède. Principalement parce qu’il s’agit d’un film bonbon qui explore plus le côté action d’une invasion de zombies. Est-ce que ça l’empêche pour autant d’être un bon divertissement? Non! En fait, La Horde est un croisement assez efficace entre des concepts qu’on ne croyait pas voir unis de sitôt : le côté gore/glauque caractéristique à la nouvelle vague horrifique française, et un film de zombies qui rappelle assez régulièrement le Dawn of the Dead de Zack Snyder ou le jeu vidéo Left 4 Dead!

Je serai clair et net, si je ne l'ai pas encore assez été : La Horde est un festival de tripes violent et peut-être même une pointe festif, qui en appelle surtout aux instincts primaires du spectateur. Un film dans lequel courses-poursuites, conflits intestins et fusillades représentent pas mal tout ce qu'il y a à voir. Danny Boyle a inventé une vraie machine à tuer en 2003, et La Horde est l’un des trop rares films qui l’utilise à son plein potentiel. Les zombies sont impliqués dans de sombres poursuites, poussent des hurlements à faire frémir, bondissent de n’importe quel coin… Si le projet est plus sombre, plus crade et plus dégoulinant que ce qui se fait normalement à Hollywood, ce n'est certainement pas pour une ligne narrative qui a été vue et revue que l'on va s'attabler devant ce métrage !

Il n’y a pas 140 choses à dire sur le scénario ! Il se met seulement au service des scènes d’action du film. Il faut concéder qu’on en a modifié une part plutôt superficielle pour donner un aspect moins "droit sorti du moule" au film. Ça marche assez bien, mais si l'on se décide à résumer dans les grandes lignes ce que l'on vient de voir, on frappe rapidement le mur! La Horde insiste sur le côté survie de la situation, et s’épice d’une pointe de vengeance et d’héroïsme. Aucune tentative n’est faite pour ressortir les grandes morales romériennes, ou pour nous affliger de l’horreur d’une transformation en mort-vivant ! Au mieux, le film a été capable de dresser des portaits psychologiques versatiles et originaux à ses personnages principaux. Ceux-ci ont de la difficulté à faire front commun, préférant l’égoïsme et les crocs-en-jambe savamment calculés dans plusieurs situations.

Je n'irai pas plus loin sans faire mon mea culpa: équipé d’un DVD promotionnel pour l’Amérique du Nord, j’ai vu l’un des trop rares films d’horreur francophones… Dans sa traduction anglaise! Ainsi, je me suis probablement évité tout l’incompréhensible jargon parisien, mais aussi une part de l’authenticité de La Horde! Parlant d'authenticité, la prémisse du film nous jette directement dans la réalité française actuelle, un peu à l'instar du très décevant Frontière(s). S'affrontent une bande de policiers désabusés et un groupe d'immigrants franchement agressifs. Si la direction prise par l'introduction surprend, Dahan réussit aussi à créer des personnages qui s'évitent les stéréotypes les plus creux. Claude Perron est assurément le meilleur exemple du film. Son personnage est imprévisible, haïssable et extrêmement violent! La scène d'affrontement dans la cuisine est délectable! Même chose pour Yves Pignot, qui incarne un vétéran de l'Indochine, ermite de mi-parcours récurrent à ce genre de productions. L'homme balance plusieurs excellents one-liners, et livre une prestation intéressante!

La Horde se déroule presque entièrement dans le HLM mentionné dans le synopsis. Celui-ci prend rapidement une ambiance extrêmement glauque. Des corridors crasseux et sinistres, des portes qui cachent d'horribles créatures... Si le montage employé par le réalisateur m'a parfois semblé douteux, j'ai trouvé le film globalement assez bien filmé, et appuyé par une trame sonore électrique! L'apparition du zombie initial est totalement effrayante, particulièrement de par son aspect. Les autres morts-vivants, incarnés par de nombreux figurants ayant répondu à une petite-annonce Internet, ont aussi un aspect bien réussi. La Horde est aussi fort sur les effusions de sang. Les têtes explosent, les jugulaires sont arrachées… Là où le bât a peut-être blessé, c'est du côté de certaines séquences qui prennent un aspect vidéoludique qui détonne avec le reste du métrage. Cela est marqué par la sur utilisation de CGI, ainsi que des tactiques et des séquences entières quittant tout réalisme. Je pense surtout à la scène sur la voiture, du grand n'importe quoi qui ne peut-être apprécié qu’avec le cerveau en veilleuse! Quand est-ce que j’ai arrêté le film pour ouvrir mon Xbox 360 et jouer à Left for Dead 2, moi là ?

Je ne sais pas si La Horde plaira autant à tous les publics. Par contre, outre son schéma assez banal, il s’agit d’un film d’action très sympathique, et à l’ambiance bien crade ! Si l’idée vous parle, il s’agit assurément d’un bon investissement. En bout de ligne, je l’ai personnellement trouvé supérieur aux autres productions horrifiques françaises sorties dernièrement. Un film qui fera probablement sa réputation aux U.S.A., prochainement. Il semble bien que les américains apprécient plus les films d’horreur made in France que les français eux-mêmes !

  • Marc-Antoine Labonté

  • • The Horde (version anglaise/USA)

     

    Dawn of the Dead (2004)
    Quarantine (2008)

     

     
     


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