HORRORS OF MALFORMED MEN

1969

RÉALISATION: Teruo Ishii
SCÉNARIO: Teruo Ishii et Masahiro Kakefuda
AVEC: Teruo Yoshida, Yukie Kagawa, Teruko Yumi, Mitsuko Aoi et Michiko Kobataspan>

Soi-disant joyau d’horreur nippon jusqu’ici méconnu du public nord américain, Horrors of Malformed Men représente pour plusieurs l’une des meilleures entrées dans la filmographie de Teruo Ishhii. Merci à Synapse-Films, cette sensation culte est désormais disponible à tous, dans son intégrale splendeur. Mais est-ce que c’est bon?

Le film repose sur un assemblage d’histoires écrites par le prolifique auteur d’horreur Edogawa Rampo (The Strange Tale of the Panorama Island, Watcher in the Attic, The Human Chair), dans lequel un étudiant en médecine nommé Hirosuke (Teruo Yoshida) s’échappe d’un asile psychiatrique, déterminé à retracer son passé et ce qui a entraîné son incarcération. Il se rend compte, via les journaux, qu’un chef de famille récemment défunt lui était identique en tous points et en profite pour lui usurper son identité, se faisant passer pour son "revenant" (ce qui est déjà passablement tiré par les cheveux). Plus son enquête progresse, plus il s’expose aux risques d’être démasqué, mais heureusement pour lui, l’île qu’il revoit sans cesse dans ses souvenirs (et qui renferme la vérité sur son passé) n’est qu’à quelques kilomètres du village dans lequel il est atterri.

J’ignore comment, mais Hirosuke se retrouve face à face avec un scientifique fou qui prétend avoir créé son monde idéal sur l’île en question. L’île est peuplée d’humains difformes (des figurants aux maquillages douteux vêtus de draps) et d’aberrations chirurgicalement modifiées (dont un homme cousu à une chèvre par les fesses), qui tantôt ressemblent à une tribu d’aborigènes, tantôt à une mauvaise production burlesque de Broadway. C’est très déstabilisant. À ce moment (ou à peu près), les deux hommes se rendent compte qu’ils sont père et fils et que le sosie d’Hirosuke était en fait… Son frère jumeau. (Perdus..? Moi aussi.) S’en suit un enchaînement de coups de théâtre concernant les secrets enfouis de la famille (dans lequel il est relativement difficile de ne pas se perdre) et une finale délirante qui a beaucoup fait jaser à l’époque de la sortie du film.

Ayant vu une bonne dizaine de films par Teruo Ishii, je dois avouer que Horrors of Malformed Men se distingue du lot. Plus psychédélique que sanglant, plus (involontairement) drôle qu’il n’aurait dû être, c’est sans conteste l’un des films les plus visuellement (et structurellement) éclaté de la filmographie de celui que ses pairs reconnaissent comme le roi du cinéma culte japonais. Fidèle à lui-même, Ishii n’hésite pas à inclure nudité et grotesqueries mais n’en fait pas son attraction principale ici. Il mise plutôt sur les "twists" de l’histoire pour nous faire vivre une expérience cinématographique (vraiment) insolite; Si bien que si vous détournez votre attention du récit durant quelques instants (particulièrement durant le dénouement), vous risquez de vous égarer.

Flirter avec l’étrange comporte ses risques et Teruo Ishii s’en est bien tiré. Merci à une cinématographie grandiose (les images sont sublimes) et à un côté psychédélique bien dosé, les moments d’ennui sont peu nombreux mais malheureusement présents. C’est sans parler de l’insertion d’"humour" (entre guillemets parce que personnellement, j’aurais honte d’appeler ça de l’humour), qui ridiculise le ton par moments, ce qui m’a profondément déplu. Horrors of Malformed Men appartient au sous-genre Ero-Guro (Érotique-Grotesque), sous-genre qui se retrouve à mi-chemin entre l’horreur et la sexploitation (ou Pinky Violence, pour la sexploitation japonaise). Contrairement à d’autres titres réalisés par Ishii (Inferno of Torture, Japanese Hell, Shogun’s Sadism), les "gorehounds" assoiffés d’entrailles n’y trouveront pas grand-chose à se mettre sous la dent.

L’édition spéciale de Synapse-Films offre deux entrevues très intéressantes avec les réalisateurs Shinya Tsukamoto (Tetsuo : The Iron Man, Tokyo Fist) et Minoru Kawasaki (The Calamari Wrestler) ainsi qu’un petit "road movie" de 14 minutes sur le passage de Teruo Ishii en Italie pour le Far East Film Festival de 2003. En ajoutant un insert contenant deux essaies littéraires sur le parcours du film et sur l’auteur Edogawa Rampo (assez étrange comme ce nom peut sonner comme celui d’Edgar Allan Poe!), ce DVD se rentabilise tout seul. En somme, Horrors of Malformed Men est parfois un peu dur à suivre, mais il sait récompenser ceux qui sont prêts à lui accorder du temps.

  • Robert Parent

  • • Kyôfu ningen : Edogawa Rampo zenshû (titre original/Japon)

     

    • The Island of Dr. Moreau (1977)
    The Human Centipede (2009)

     

     
     


    Horreur Web © 2003-2011
    Création/rédaction: Dany Champagne • Graphisme: Daniel Bérard