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THE HOUSE OF THE DEVIL
2009
RÉALISATION:Ti West
SCÉNARIO:Ti West
AVEC: Jocelin Donahue, Greta Gerwig, Tom Noonan, Mary Woronov et AJ Bowen
Plus que tout autre genre, le cinéma d’horreur manifeste une forte tendance à se citer et à se recycler lui-même. Pour s’en convaincre, il suffit de constater la quantité stupéfiante de séries possédant plus d’une suite ou encore de noter le nombre sans cesse grandissant de remakes. Mais à force de s’accrocher au passé, rares sont les oeuvres qui parviennent à se démarquer du lot. Par ailleurs, on ne peut s’empêcher d’entretenir une certaine méfiance envers les films qui se prétendent des hommages tellement il s’agit trop souvent d’une astuce facile ayant pour but de nous attirer vers des produits insipides. Ne perdez pas la foi maintenant chers amis, car The House of the Devil s’amène comme ce bon vieux chocolat chaud – guimauves sur le dessus – qu’on sirote, les cils encore givrés, alors qu’on revient de s’aventurer dehors par une soirée d’hiver glaciale.
Samantha, une jeune collégienne au comportement irréprochable, vient tout juste de signer une entente de location sur une maison. Mais pour arriver à payer les comptes, elle doit absolument se dénicher un emploi sans tarder. La journée même, elle tombe sur une affiche « gardienne demandée » et décide de tenter sa chance avec succès. Par une nuit d’éclipse lunaire, Samantha se rend donc chez la famille Ulman pour garder. À son arrivée, un calme anormal règne dans la luxueuse maison éloignée. Samantha est d’ailleurs embarrassée lorsqu’on lui apprend que ses tâches de gardiennage différeront quelque peu de la norme. Les Ulman convainquent néanmoins Samantha de rester en lui offrant un montant qu’elle ne pourra refuser.
Pour l’amateur friand des films d’horreur classiques des années 70 et 80, il y a de quoi de franchement jouissif à visionner The House of the Devil. Rappelant des oeuvres à l’ambiance soutenue, et ce, de factures aussi diverses que Rosemary’s Baby, Black Christmas, Suspiria, Halloween et The House by the Cemetery, le dernier film de Ti West est carrément une gâterie du début à la fin. Détrompez-vous toutefois, car le film ne verse pas dans l’excès. C’est plutôt par sa fidélité envers l’esthétique et l’esprit de cette époque qu’il nous fascine. The House of the Devil ne se veut donc aucunement un hommage gonflé aux stéroïdes (on est loin d’un Hatchet, par exemple) – il est ce fameux film non identifié qu’on retrouve au fond d’une vieille boîte délabrée remplie de VHS poussiéreuses. Le générique d’ouverture – avec ses zooms intempestifs, ses arrêts sur image, son lettrage jaune et sa musique rock au synthétiseur digne de Buio Omega – sollicite immédiatement la mémoire du spectateur. Et le plaisir n’est pas près de s’achever ici, car l’histoire du film se déroule précisément dans les années 80. Sur ce point, la direction artistique s’avère d’une justesse et d’une sobriété exemplaire. Ainsi, walkman, pizza molle et peu ragoutante, jeans taille haute et cheveux crêpés se côtoient à l’écran sans jamais paraître forcés. The House of the Devil possède aussi la touche de naïveté et d’ironie qui conférait tout le charme aux films de cette ère et qui nous rendait encore plus impatients d’assister à la descente aux enfers à venir.
Il faut souligner l’audace de Ti West – scénariste, réalisateur et monteur sur le film – qui mise essentiellement sur la progression lente et calculée d’une intrigue qui peut se résumer en une simple ligne. À vrai dire, il est étonnant que West soit parvenu à tirer son épingle du jeu avec une approche qu’on pourrait aujourd’hui qualifier de minimaliste. Le jeune cinéaste fait preuve d’une assurance inébranlable dans sa volonté de forger une ambiance typiquement anxiogène sans avoir recours à des effets tape-à-l'oeil, et sa patience lui rapporte énormément au bout du compte.
On comprend que West nous prépare un sérieux programme aussitôt que les personnages de la famille Ulman nous sont présentés. La mise en place des derniers éléments de l’intrigue, juste avant le départ du couple, n’est rien de moins qu’excellente et nous oblige à nous maintenir sur nos gardes pour le reste du long métrage. Le cinéaste se sert continuellement et à bon escient de la meilleure arme à sa disposition, à savoir, l’imagination du spectateur. Ainsi, malgré que la tournure du récit soit assez évidente à déceler, il est impossible de demeurer insensible au gouffre qui se dessine devant les yeux de la pauvre Samantha. Même lorsque celle-ci déambule librement et sans réel but dans la maison, West choisit méticuleusement ses cadrages et ses mouvements de caméra de manière à accentuer la vulnérabilité de son personnage. L’utilisation du son et de la musique est également d’une efficacité redoutable pour préserver la tension. Ceux qui affectionnent les films d’horreur psychologiques à combustion lente devraient se délecter de chaque instant passé à attendre la suite des événements.
La finale de The House of the Devil se révèle particulièrement saisissante, West profitant d’une rupture de rythme des plus abrupte. Certes, le stratège emprunté par le réalisateur n’obtiendra pas l’unanimité et laissera les plus gourmands sur leur faim. Mais ceux qui auront jusque-là apprécié le voyage tireront naturellement satisfaction de la destination que West leur réserve. Pour une généreuse dose de nostalgie et de frissons à l’ancienne, on ne trouve pas meilleur candidat récent que The House of the Devil. Ti West prouve donc que son premier film – le décevant The Roost – n’était que l’ébauche d’une formule qu’il perfectionnerait avec le temps. Alors, allongez-vous confortablement dans le noir, assurez-vous d’avoir une couverture à portée de main et laissez la chance à The House of the Devil de vous séduire.



• Pensione Paura (1977)
• The Hazing (2004)
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