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HUMAINS
2009
RÉALISATION: Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thevenin
SCÉNARIO: Silvan Boris-Schmid, Dominique Néraud, Frédérique Henri, Jean-Armand Bougrelle et Alberto Sciamma
AVEC: Lorànt Deutsch, Sara Forestier, Dominique Pinion, Philippe Nahon et Manon Tournier
Le parcours d’Humains n’est pas celui que l’on souhaite à la première œuvre cinématographique de quiconque ayant une once de talent entre les mains. Conspué par la critique, renié en entrevue par des réalisateurs qui avouèrent derechef les contraintes de tournage et la qualité très discutable du scénario sur lequel ils s’étaient basés, le film est aussi entré dès sa première semaine d’exploitation en salles dans la banque de données de Nanarland, un site web qui se spécialise, comme son titre le mentionne, dans le nanars en tous genres. Rien de prometteur, en somme ! Après la sortie d’Humains, beaucoup de gens ont demandé aux réalisateurs Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thevenin : comment se planter à ce point ? De mon côté, en tant que l’une des premières personnes à visionner le film en terre québécoise, je demanderai : pourquoi tant de haine ?
Le professeur Schneider et son fils, Thomas, travaillent dans le milieu anthropologique. Suivant un filon qui pourrait les mener vers une découverte bouleversante sur l’évolution humaine, ils se rendent dans les Alpes suisses en compagnie de l’étudiante la plus brillante du professeur (et ex-copine de son fils) : Nadia. Tandis qu’ils suivent une sinueuse route de montagne pour se rendre à leur destination, ils rencontrent une famille de touristes égarés. Quelques kilomètres plus loin, un solide accident de voiture va les coincer pour de bon dans une nature hostile et habitée par le miracle anthropologique du professeur Schneider, encore bien vivant et désireux de faire le plein de femelles à des fins reproductrices…
Déjà, il est légitime de se demander si Humains visait réellement à être un film d’horreur ou s’il a seulement été catégorisé ainsi par les amateurs de fil en aiguille puisque c’est un genre auquel il peut s’apparenter par moments dans sa forme. En fait, Humains prend presque l’aspect d’un film d’aventures ! Ses problèmes profonds, largement décriés par la critique de l’Hexagone, résident à mon avis dans un scénario qui manque clairement d’enjeux. Le film pourrait être un nouveau Jurassic Park, mais le maigre budget le contraint rapidement à se limiter à un pseudo-Vertige, d’où le fait que le résultat final manque un peu d’âme et qu’on peut se permettre de l’associer au cinéma d’horreur. De plus, le bât blesse parfois étant donné certaines scènes ou tranches de dialogues semblant relativement stupides dans le récit global. Cinq personnes étant créditées au scénario, on peut se demander ce qui les emmenées à coécrire un film dont la partie centrale manque beaucoup d’intérêt. De leur côté, les cinq acteurs principaux du métrage sont souvent très corrects, mais certains moments du film dans lesquels leurs émotions sont censées être plus à fleur de peau déraillent quelque peu.
Malgré tout cela, Humains possède un lot de qualités à proposer ! Il avive l’intérêt dès les premières minutes à l’aide d’une photographie léchée, d’un français très compréhensible ainsi que de la performance de Philippe Nahon, bien supérieur à sa prestation récente dans La Meute et dont on ne peut que regretter la trop courte présence. Experts en effets spéciaux sur des films tels qu’À L’Intérieur, Maléfique ou même Jurassic Park, Jacques-Olivier Molon et Pierre-Olivier Thevenin ont l’expérience du plateau et malgré plusieurs problèmes de tournage qu’ils évoquent eux-mêmes, leur première réalisation est souvent de bonne qualité. Les plus chipoteurs pourront s’attarder sur des moments moins convaincants ça et là (le fameux accident en CGI), mais ont-ils réellement une incidence sur le film ? Ceux qui veulent bien se prêter au jeu auront droit à de beaux décors naturels, à des scènes qui pallient souvent très bien aux troubles éprouvés par l’équipe ainsi qu’à des moments d’action absolument délectables (je le jure) ! Les québécois Adrien Morot (Angle Mort, 300, Brainscan) et Rémy Couture sont d’ailleurs crédités pour l’apparence des néandertaliens.
D’ailleurs, dans sa dernière partie, Humains rachète aussi de beaucoup les faiblesses scénaristiques présentes auparavant. Ce dernier droit introduit de nouveaux personnages aux motivations surprenantes et qui donnent lieu à plusieurs des meilleurs moments du métrage. Je suis personnellement un nouvel amateur de cet allemand obèse de près de 60 ans qui obéit au doigt et à l’œil à sa maman ! Si le film semblait jusqu’alors assez politiquement correct et aisé à anticiper, le scénario prend à ce moment plusieurs tangentes inattendues en plus de sombrer dans une sauvagerie très réaliste. Bien peu sont épargnés, et le film se termine sur un excellent plan, m’ayant personnellement fait réaliser que je venais tout de même de passer un bon moment. Devant Humains ! Cette supposée profonde cochonnerie française, lapidée collectivement ! Ce n’est pas le premier film d’hommes préhistoriques tueurs que je critique depuis que je suis sur Horreur-Web (!), mais c’est mon préféré.
Non seulement Humains n’est pas si mauvais que ça, mais il est supérieur à plusieurs des films d’horreur français sortis au Québec en 2010 ! C’est loin d’être un indispensable, mais c’est un film très correct qui ne mérite pas nécessairement toute la mauvaise presse qu’on peut lui faire. Peut-être est-ce volontaire de présenter le projet comme un ratage total pour attirer une clientèle friande de navets en tous genres ? Peut-être que le public de France était si conditionné par les médias et le bouche-à-oreille qu’il s’est convaincu lui-même d’assister à un sommet de misérabilisme ? Dans tous les cas, si des distributeurs DVD ont délibérément importés Dans ton Sommeil et La Meute au Québec, il serait idiot qu’ils ne le fassent pas pour Humains, un film qui en vaut davantage la peine que les deux autres nommés.



• The Lost Tribe (2009)
• Vertige (2009)
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