HUNGER

2009

RÉALISATION: Steven Hentges
SCÉNARIO: L. D. Goffigan
AVEC: Lori Heuring, Laura Albyn, Linden Ashby, Joe Egender et Bjorn Johnson

C’est ironique que ce soit moi qui écrive la critique pour Hunger. Un gros qui parle d’un film dans lequel les personnages n’ont rien mangé depuis des semaines. La seule fois où je fus affamé, c’est quand j’ai oublié mes trois sandwichs au beurre de peanut et confiture pour ma collation au bureau. Cependant, durant l’écoute d’Hunger, j’ai ressenti la même douleur qu’eux à la fin. Alors qu’ils étaient affamés, n’ayant rien mangé depuis un mois, j’étais également affamé, mais en divertissement, n’ayant rien vu d’intéressant depuis une heure et demi.

Cinq étrangers se retrouvent coincés sous un puits, avec des barils remplis d’eau, une horloge et un scalpel. Un psychopathe, ayant subi un événement tragique étant plus jeune, les a enfermés là, afin de les étudier. Un corps humain peut durer trente jours sans manger. Les cinq étrangers réussiront-ils à survivre ou bien vont-ils se cannibaliser?

Quelqu’un m’a déjà dit que mes introductions étaient souvent accrocheuses par leurs originalités. Effectivement, c’est le but recherché. Une intro, autant pour un texte que pour un film, sert à captiver, accrocher la personne sur le sujet. Ainsi, tout de suite elle apprécie ce dont on parle ou s’identifie au personnage. Sur ce point, Hunger échoue lamentablement. Durant les quinze premières minutes, oui, QUINZE minutes, on ne voit que le visage mal éclairer des personnages dans le noir. Imaginez la scène dans The Blair Witch Project, où Heather Donahue parle dans la caméra en pleurant, avec la goutte de morve, mais pendant quinze minutes, avec 5 personnages différents et étant mal éclairé. Et pendant tout ce temps, on n’a droit qu’à des dialogues du genre :

Qui est là?
Où sommes-nous?
Que veux-tu?

Puis, finalement, la lumière fut et le film « commence ». Les personnages débutent alors à parler d’eux et nous démontrer une personnalité. Mais, ça ne fait même pas deux minutes que les personnages discutent que déjà, ils s’avouent, leur pire secret, comme avoir tué des gens, croyant être l’élément qui les relie tous entre eux. Alors que les personnages se dévoilent, le film est alors ponctué de flash-backs de montage photo que le psychopathe a pris d’eux servi à la sauce MTV. Malgré tout, finalement on commence à différencier les personnages et leurs personnalités.

Mais trop peu, trop tard, car Steven Hentges nous offre sa deuxième mauvaise idée dans la réalisation, nous montrer le personnage du psychopathe. À plusieurs reprises, au début, on nous montre la bouche barbue du personnage faire des petits sourires de petit crisse de baveux alors qu’il regarde les victimes sur son écran, entrecoupé de sa main qui bouge la caméra. Après, on nous le montre au complet, de temps en temps, toujours en train de regarder sur son écran, l’air fasciné, arborant toujours un sourire de fendant. On est constamment bombardé de ces images entrecoupées dans l’action du film. On nous aurait montré deux ou trois fois la face du gars qui regarde son écran vers la fin du film et l’on aurait compris que depuis le début, les victimes se font espionner. Là, ça fait juste énerver de se le faire montrer sans arrêt.

Et la cerise sur le gâteau, c’est lorsque Hentges nous fait un mini montage des notes que le psychopathe écrit sur ses observations. Des mots géants couvrent alors notre écran au complet, sur fond de musique classique, pour montrer oh combien le personnage est intelligent et à quel point ses recherches sont importantes.

Mais il n’y a pas qu’Hentges qui fait du n’importe quoi, le scénariste aussi. Non seulement son récit tient du n’importe quoi, mais ses personnages sont pathétique et caricaturaux. Il fallait évidemment un médecin qui soit doublé de l’héroïne aux mœurs infaillibles: check. Un beau gars héroïque qui fera son shérif: check. Une pitoune: check. Un gars bizarre: check. Et un épais, celui-ci qui mettra la marde seulement pour le plaisir de brasseer les choses: check. De plus, L. D. Goffigan se trouve bien brillant, insérant quelques surprises ici et là. Sauf qu’elles sont si mal insérées que ses punchs s’enlèvent à peine qu’ils soient installés. Si tu fais dire à l’un de tes personnages à un autre : « Viens ici, j’ai quelque chose à te dire » et que, dans la scène suivante, ce dernier personnage en attaque un autre pour le tuer et le manger, tu viens pas mal de vendre ton punch comme quoi la première personne manipule les autres. Ne vient pas nous révéler cet élément comme une grosse surprise plus tard, on l’avait déjà compris.

Finalement, après quelques semaines, les personnages tombent dans la folie et l’une des victimes, le trou du cul de service, décide d’attaquer le bon gars de service, qui est mourant, pour le manger. C’est alors que le film passe du thriller psychologique au film de gore excessivement inutile. Dès lors, il y a du sang partout, les victimes mangent comme des gros porcs en faisant du bruit et se retrouvent barbouillées de sang. Le tout, seulement pour choquer et attirer un public cible. Et encore là, on parle de gore, mais on ne voit presque rien. Un cadavre se faire manger de loin et c’est tout. Les amateurs de thrillers psychologiques et les amateurs de gore sont mutuellement déçus.

Et soit dit en passant, quelle grotte minable! Les personnages sont supposés être dans une caverne, sous un puits. Au départ, j’étais certain qu’ils étaient dans la pièce d’une maison, après tout, il y a une horloge et des néons dans la cave. Mais c’est quand j’ai su qu’ils étaient en fait dans une vraie grotte que j’ai éclaté de rire, car depuis le début, il est évident que les murs en roches fakes sont faits en papier maché.

L’idée d’Hunger est extrêmement intéressante. Jusqu’où l’être humain peut aller afin de survivre? Que faut-il pour qu’un homme décide de manger un autre humain pour survivre? Malheureusement, le sujet a déjà été mieux traité dans le film Alive ( un fait vécu! ) et dans une scène époustouflante dans Dread. Si le sujet vous intéresse et vous voulez vous mettre quelque chose d’intéressant sous la dent, regarder ces deux films et oubliez Hunger.

  • Dominic Paulhus

  • Dread (2009)
    • Alive (1993)

     

     
     


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