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INSIDIOUS
2010
RÉALISATION: James Wan
SCÉNARIO: Leigh Whannell
AVEC: Patrick Wilson, Rose Byrne, Ty Simpkins, Lin Shaye et Barbara Hershey
Après avoir réalisé le film d'épouvante gothique Dead Silence et donné naissance à la saga Décadence avec son Saw premier du nom, le réalisateur James Wan s'est éclipsé pour un temps, à la déception des amateurs de cinéma d’horreur. Le revoici maintenant, et en grande forme! Accompagné de son comparse de toujours, le scénariste Leigh Whannell, il remet ça de plus belle avec cet Insidious. Déçu de son incursion dans l'univers des Majors étant donné un Dead Silence au budget conséquent (20 millions de $) mais aussi très peu représentatif de sa vision artistique, Wan préfère avec Insidious retourner dans l'aire des petits budgets, ce qui lui avait tout de même permis en 2004 de donner naissance à l'un des films d'horreur les plus influents de la dernière décennie. Insidious est notamment produit par Oren Peli, réalisateur du controversé et inespéré Paranormal Activity.
Patrick, sa femme Renai et leurs trois enfants emménagent dans une nouvelle et vaste demeure. Sitôt arrivés, un sacré problème vient les frapper de plein fouet: leur fils cadet, Dalton, chute d'une échelle et tombe dans un coma dont il ne se réveille plus. Les docteurs ne savent que dire, les mois s'écoulent et le couple se distancie dans l'épreuve. Lentement, Renai commence alors à être témoin de phénomènes inexpliqués, qui deviendront de plus en plus menaçants. Il s’avérera, après bien des tergiversions, que c’est Dalton qui est hanté par de sombres présences, dont certaines désirent bénéficier de son coma pour pénétrer notre monde…
Il faut décidément voir Insidious de ses yeux pour constater à quel point celui-ci reprend beaucoup des éléments constitutifs de la trame principale du Poltergeist de Steven Spielberg (ou Tobe Hooper, si vous y tenez vraiment). Le focus placé sur le couple principal et ses problèmes, la hantise, la perte d'un enfant dans une dimension parallèle, la quête dans le but de le/la retrouver... Malgré tout, le film de James Wan propose au départ un ton beaucoup moins coloré et léger que l'autre projet mentionné. Insidious est un film plus sombre, plus lourd et assez influencé par tout ce qui s'est fait récemment au cinéma en termes de ghost stories. Le film fait aussi son lot de clins d’œil, tant à des classiques des années 80 (Barbara Hershey!) qu’à des métrages plus récents.
Je crois qu’il est tout de même difficile d’affirmer qu’Insidious est un projet trop sérieux, puisque ce dernier est quasiment divisible en deux parties distinctes. La première se rapproche beaucoup des canons du genre « films de maisons hantées ». James Wan crée rapidement sa tension, nous montre qu'il lui est facile de jouer avec les nerfs d'un spectateur impliqué. C'est d'ailleurs le propre des films d'hantise, je le crois, de savoir effrayer et tenir constamment aux aguets. Sur ce point, Insidious est loin de faire faux bond! Sans faire verser une seule goutte de sang, le scénario arrive à proposer assez d'événements terrorisants pour nous tenir dans un stress quasi-constant. Rapidement dans le récit, les manifestations paranormales se font sentir. Si elles se rapprochent d'abord de ce que l'on a pu voir dans nombre de films du genre (portes subissant de curieux courants d'air, moniteur pour bébé maléfique), le tout va rapidement beaucoup plus loin! Les choses virent en un joyeux bordel avec l’aide d’événements drastiques, dont de multiples apparitions plus effrayantes les unes que les autres (certaines bénéficiant par contre de l’aide de la bande sonore)! Plusieurs moments sont d'ailleurs des bijoux de mise en scène et de réalisation, comme la séquence du système d'alarme. Elle est à en griffer ses accoudoirs (pour ça, faut être allé voir le film au cinéma les amis)! Composée par Joseph Bishara, qui incarne à temps perdu la créature la plus horrifiante du bestiaire d'Insidious, la musique du film est aussi lourde d'influences que le reste du projet, tout en proposant des sonorités à glacer le sang.
À l'atteinte d'un certain point du scénario, les violentes manifestations d'esprits/démons acculent le couple, qui décide de faire appel à une équipe de médiums. C'est alors que le propos d'Insidious fait un sacré volte-face! Sa première partie dégageait un bon intérêt étant donné un grand nombre de scènes effrayantes, plusieurs sursauts ainsi que le dressage adroit d'un cadre familial qui met en scène deux personnages principaux intéressants. Malgré tout, le film ne pouvait pas jusque là se vanter d'une allure très originale. Avec la seconde partie, c'est tout autre chose! Le film assume beaucoup plus son influence Poltergeistienne (ça ne se dit pas? Maintenant oui!) ainsi que la dose d'ironie que l'on sentait dès le départ latente dans le scénario et qui est alors lâchée sur le spectateur! D'abord avec l'apparition de deux assistants médiums, geeks stéréotypés dont l'un n'est nul autre que Leigh Whannel, qui viennent définitivement mettre leur touche de couleur dans le script. On les croirait droit sortis de Ghostbusters, avec leur attirail de science fiction et leurs répliques à prendre très au second degré! Mais ils ne sont qu'un prélude, puisque le film enchaîne par la suite des scènes délectables qui nous aident à renouer avec l'ambiance 80's promise par le projet! La tentative de communication avec Dalton, par exemple, est du grand art. La chose est tournée de manière sublime, et pousse les éléments fantastiques du film à un tout autre niveau! Les segments de voyage astral, une notion cruciale au scénario, permettent de s'immerger en profondeur dans une imagerie à la fois noire et éclatée. On dirait littéralement un amalgame entre A Nightmare on Elm Street 3 et Dead Silence! C'est à mon avis le meilleur moment d'un film qui s'avère après coup très complet et efficace, mais le dernier clou reste tout de même à planter dans le cercueil grâce à une finale de qualité qui s'inscrit tout à fait dans le cycle Wan/Whannel!
L'une des rares erreurs du film, que Poltergeist n'avait pas commise en son temps, est la maigreur de l'introduction. Insidious est un film qui versera bien trop dans le drame familial au courant de son développement pour se contenter d'une telle prémisse, assez anémique en plus d'être très avare du côté des trois enfants, qui sont rapidement écartés alors qu'ils incarnent pourtant un point charnière du film. Ty Simpkins est un sympathique enfant-acteur, mais son manque de temps d'écran l'empêchera d'atteindre le niveau de prestance d'une Heather O'Rourke. Pour un film dont le quatrième quart se consacrera uniquement à la quête d'un père qui désire sauver son garçon, je trouve cette lacune difficilement pardonnable.
Le fait est qu’on s'ennuyait définitivement de retrouver un film d'épouvante, un vrai, dans nos salles de cinéma obscures! Insidious n'avait peut-être pas de son côté le budget lui permettant de recréer une ambiance digne de Dead Silence, mais il lui est pourtant nettement supérieur. Le film est définitivement du genre à procurer des sueurs froides, tout en proposant à l'amateur assidu de cinéma d'horreur un lot de références intéressantes et en y perdant même pas son originalité au passage. Insidious est un crescendo de bon goût, un film qui garde à mon avis le meilleur pour la fin! C'est le Drag Me to Hell de cette année, un alliage passionnant entre le vieux et le neuf. Allez le voir au cinéma tandis que vous le pouvez, puisque rien ne dit que vous reverrez prochainement en salles un long métrage horrifique de sa qualité.



• Insidieux (Titre français/Québec)


• Poltergeist (1982)
• Dead Silence (2007)
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