ISLE OF THE DAMNED

2008

RÉALISATION: Mark Colegrove
SCÉNARIO: Mark Leake
AVEC: Larry Gamber, Peter Crates, Jared Books, Keith Tveit Langsdorf et Megan Mundane

Isle Of The Damned se présente comme une énième tentative d'exploiter le style "grindhouse", popularisé par le film du même nom. En plus de son affiche faussement usée et de son transfert délavé, Isle Of The Damned prétend être un film de cannibales réalisé en 1980 et jusqu'à présent perdu. Banni dans 492 pays, le film se serait attiré les foudres grâce à son contenu obscène. La tendance des réalisateurs à faire revivre un style de film qui a comme seule qualité d'être le miroir d'une époque passée devient franchement redondante. Les cinéastes qui s'aventurent dans ces avenues ont beau délaver leur pellicule et offrir des scénarios sans queue ni tête, rares sont ceux qui ont réellement réussi à recréer entièrement le style de l'époque (Eli Roth avec son Thanksgiving est un des seuls). Le réalisateur Mark Colegrove n'a peut-être pas entièrement réussi son pari, mais cela n'empêche pas Isle Of The Damned d'être une comédie que tous les amateurs de films de cannibales italiens ne voudront pas manquer!

Jack Steele, un détective privé, est engagé par un chasseur de trésors pour retrouver le trésor de Marco Polo sur l'île Cannibal Island. L'île en question est habitée par une tribu cannibale, les Yamma Yammas, qui ne voient pas d'un bon oeil la venue d'étrangers sur leur habitat. Déterminés à trouver le trésor, Jack et son équipe devront faire face aux cannibales affamés et Alexis Kinkaid, un mystérieux scientifique habitant un manoir sur l'île.

Les parodies de films d'horreur ridiculisent sans arrêt les gros succès hollywoodiens, comme l'ont récemment prouvés les insipides Scary Movie et l'indigeste Stan Helsing. Véritables amateurs du genre, Mark Colegrove et le scénariste Mark Leake, optent plutôt pour parodier un genre autant obscur que notoire, celui du film de cannibales italien. Avec des classiques du mauvais goût tels que Cannibal Holocaust, Cannibal Ferox, Eaten Alive ou Mountain Of The Cannibal God, ce sous-genre a généré l'intérêt des amateurs grâce à sa violence excessive, sa nudité et l'utilisation de réelles scènes de torture animale. Ce n'est pas le sous-genre le plus évident à parodier, mais Colegrove réussit son pari puisque Isle Of The Damned offre aux spectateurs les mêmes genres d'excès tout en empruntant un ton plus comique.

Isle Of The Damned fonctionne, car il ne se contente pas seulement de rire des films de cannibales. Il adhère parfaitement à leur mentalité, nous offrant des scènes répugnantes devant lesquelles on a pratiquement honte de rire. Malgré un budget restreint (environ 20 000$) et des effets spéciaux très limités, Isle Of The Damned est complètement excessif. Imaginez un jeune Peter Jackson tourner sa version de Cannibal Ferox et vous avez une petite idée de l'ensemble du film. Les organes génitaux se font arracher, la sodomie est de mise et les foetus servent de collation! Il y a même une jeune femme qui reçoit le pénis castré de son père en plein visage avant de voir un cannibale lui pénétrer le membre sanglant entre les deux jambes! Âmes sensibles s'abstenir!!

Le film n'épargne aucune facette du sous-genre, démontrant bien à quel point les artisans l'apprécient. Le mauvais doublage est de mise, un zoom n'attend pas l'autre et les "stock foootage" d'animaux sont insérés aléatoirement (aucune torture réelle, heureusement). La morale de ses films, rarement subtile, l'est encore moins, alors qu'un personnage mentionne comme s'il venait de faire une découverte choquante: "It is us who are the real savages!" Signe que Colegrove est un connaisseur, il rend même hommage à la supposée scène de piranhas que Ruggerro Deodato aurait tournée pour Cannibal Holocaust. Finalement, le compositeur Paul Joyce a réussi à recréer parfaitement le style de musique employé à l'époque.

Là où Isle Of The Damned est moins reluisant, c'est dans sa tentative de créer un soi-disant film perdu des années 80. Le film a certes un look amateur, mais c'est un visuel amateur trop contemporain pour réellement vendre le concept. Il est certain que le budget du film était restreint, mais Isle Ofr The Damned aurait gagné à être tournée en 16MM ou 35MM plutôt qu'avec une caméra numérique. Un effet de distorsion a été ajouté à l'image, mais rien ne vaut une vraie pellicule grafignée et délavée. Les fausses moustaches et perruques démodées portées par les acteurs sont drôles, mais l'effet devient rapidement redondant après quelques scènes. Ce n'est pas pour rien que le vidéoclip Sabotage des Beastie Boys ne dure que quelques minutes. L'entêtement du scénariste à étirer certaines blagues, souvent les moins drôles, vient un peu gâcher le plaisir en fin de parcours.

Le DVD de Isle Of The Damned est produit indépendamment par Dire Wit Films. Vous pouvez vous le procurer sur leur site officiel. Il est aussi disponible sur les sites de commandes en ligne. Fidèle à la mythologie créée pour le film, le DVD contient une piste de commentaires audio avec Jack Steele, une entrevue avec Luigi Giallo, frère d'Antonello, faux réalisateur du film et une biographie de ce dernier.

Les parodies de films d'horreur ont trop souvent tendance à être produites par des gens qui ne connaissent rien au genre pour des gens qui ne connaissent rien au genre. Isle Of The Damned rectifie le tir. Le film n'est peut-être pas un chef-d'oeuvre, mais le fait même qu'il parodie les films de cannibales italiens lui procure un cachet particulier. Un must pour les fans du genre.

  • Dany Champagne

  • Cannibal Holocaust (1980)
    Massacre in Dinosaur Valley (1985)

     

     
     


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