JUST BURIED

2007

RÉALISATION: Chaz Thorne
SCÉNARIO: Chaz Thorne
AVEC: Jay Baruchel, Rose Byrne, Graham Greene, Nigel Bennett, Reagan Pasternak

Ce n'est pas que j'ai des préjugés envers le cinéma canadien-anglais (je suis un très grand fan de David Cronenberg, Atom Egoyan et Maurice Devereaux), mais à chaque fois que je visionne un film produit par nos compatriotes anglophones: j'ai peur. Je n'ai pas peur d'être déçu, car mon expérience m'a prouvé que 9 fois sur 10 le 7e Art anglo-canadien me laissait sur mon appétit. Non, j'ai surtout peur que le long-métrage ressemble à la majorité des films produits au Canada anglais: un téléfilm! Avec Just Buried, le premier opus de Chaz Thorne, une comédie noire avec un synopsis prometteur mettant en vedette de jeunes comédiens ayant la cote en ce moment, je m'attendais à voir un film qui me ferait changer mon fusil d'épaule. Qui me ferait ravaler mes paroles anti-patriotiques. Encore une fois, j'étais trop optimiste. Encore une fois, j'ai été vite ramené à la raison: Just Buried à tous les défauts typiques du cinéma anglo-canadien.

Pourtant, le résumé de l'histoire laissait présager quelque chose d'aussi drôle et macabre qu'un The Green Butchers ou Very Bad Things. Oliver, un jeune homme nerveux et sans confiance en lui, livreur dans une épicerie, hérite du salon funéraire paternel dans une petite ville où personne ne meurt. Il devient donc, du jour au lendemain, patron de deux employés: Henry, l'assistant-à-tout-faire et la mystérieuse et séduisante thanatologue, Roberta. Un soir, alors qu'il est saoul au volant de sa camionnette, accompagné de Roberta, il fauche un randonneur qui meurt sur le coup. La jeune embaumeuse, qui est aussi la coroner du village, l'aide à camoufler l'accident en chute mortel. La veuve du randonneur paiera à son défunt mari des funérailles très lucratives pour le salon funéraire d'Oliver. À partir de cet événement, les deux compères comprennent vite que pour la survie de la compagnie, ils devront mettre la main à la pâte...

Avec de telles prémices, on devrait s'attendre à un film sans limite, exagéré et noir à souhait qui carbure aux situations absurdes et éclatées, mais le réalisateur et scénariste, Chaz Thorne, lui, a décidé de conduire prudemment. Jamais il n'entre profondément dans un des deux genres qu'il a choisis d'exploiter, soit: la comédie et le macabre. Just Buried essaie de faire rire avec un humour noir à la britannique, mais sans chair autour de l'os. Thorne est parfois sur la bonne voie: il met en place des personnages et des situations qui pourraient être loufoques, cependant il les exploite seulement en filigrane et les abandonne bien avant d'en avoir retirer leur potentiel humoristique. On sent bien que Thorne aurait voulu écrire et réaliser un film mordant et morbide, mais qu'il ne voulait pas outre-passer le politiquement-correct, ce qui nuit énormément au scénario. À chaque fois qu'une scène est sur le bord d'être enfin de la trempe d'une comédie noire, le réalisateur appuie sur le frein et empêche son film de déraper vers un niveau supérieur.

En plus d'être trop sage dans son scénario, Chaz Thorne l'est aussi dans sa réalisation. Le film est tourné (hé oui!!!) à la manière d'un téléfilm fade, sans créativité, vitalité ou originalité, dans des décors sans couleurs et sans saveurs: tout le contraire de ce qu'il faut pour faire une bonne comédie d'horreur. La trame sonore, composé par Darren Fung, n'amène rien de plus au film sauf, peut-être, le rendre encore plus ennuyant, car jamais elle ne cadre avec le film, jamais elle ne donne le souffle vivifiant qu'auraient besoin certaines scènes. Par contre, les effets spéciaux sont bien réussis; et quelques scènes gores (trop peu nombreuses) nous font sourire: surtout la mort de l'ancien comédien pour enfant.

Un autre problème majeur de Just Buried, outre son scénario et sa réalisation sans substance et sans punch (sauf celui trop prévisible de la fin), est le jeu exécrable de l'acteur principal, Jay Baruchel. Il semble toujours surjouer son personnage, avec de nombreux tics, mimiques ou gestuels. Le scénario ne l'aidant pas, il lui arrive même dans la même scène de jouer sur plusieurs registres à la fois (il passe de la timitidé maladive à la surconfiance en lui sans explication). Il lui arrive aussi de ne pas utiliser le même timbre de voix d'une scène à l'autre. On se croirait souvent dans un mauvais vaudeville de théâtre d'été. Par contre, le jeu tout en finesse de Rose Byrne redonne un peu de crédibilité au film qui en a grandement besoin.

Au final, le film n'est pas une catastrophe, mais un filon très mal exploité. Just Buried ne sera donc pas la référence canadienne en matière de comédie noire. Il faut quand même reconnaître l'effort de Chaz Thorne qui s'est lancé tête première dans un genre plus difficile à maîtriser que celui du téléfilm.

  • Dominic Gagné

  • • Very Bad Things (1998)
    • The Green Butchers (2003)

     

     
     


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