Kidnapped

KIDNAPPED

2010

RÉALISATION: Miguel Angel Vivas
SCÉNARIO: Miguel Angel Vivas et Javier Garcia
AVEC: Fernando Cayo, Manuela Vellés, Ana Wagener, Guillermo Barrientos et Dritan Biba

Après avoir regardé un film aussi fade que Dans ton Sommeil à l’hiver 2011, j’en étais venu à faire une croix sur le sous-genre de l’invasion de domicile. Complètement raté et accumulant les clichés, le métrage de Caroline et Eric Du Potet était assurément celui de trop dans le créneau de la séquestration domiciliaire et des psychopathes investissant les maisons à la nuit tombée. C’est d’ailleurs trop souvent le problème d’un bon concept de base : une multitude de scénarios le parasitent jusqu’à ce qu’il n’en reste guère grand-chose de passionnant. Sans inverser la tendance, le film espagnol Kidnapped vient au moins s’imposer comme un bon divertissement.

Jaime et Marta forment un richissime couple qui vient d’emménager dans une splendide demeure en compagnie de leur fille, Isa. Marta espère par le fait passer plus de temps avec son adolescente mais elle se butera à un mur chez une jeune femme qui tient mordicus à son indépendance. Malheureusement (ou heureusement, qui sait, on connait le côté catharsis des épreuves dans le cinéma d’horreur), le quotidien de la famille sera rapidement chamboulé puisque dès leur première soirée passée dans la nouvelle maison, ils seront attaqués par trois bandits qui n’hésitent pas à les menacer physiquement pour obtenir d’eux une importante somme d’argent. Alors que Jaime tente tant bien que mal d’obéir aux ordres de ses ravisseurs, de nombreux pépins transformeront graduellement la soirée de cauchemar en un véritable enfer sur terre…

Ce qui est bien avec Kidnapped, c’est qu’il n’y a dans ce film ni temps morts ni mélodrame. Ce qui l’est moins, c’est qu’il est difficile de se sortir de la tête tous ceux qui sont passés avant lui. Quelque part entre The Collector, Panic Room et À l’Intérieur, Kidnapped demeure dans le triangle composé par ces trois films sans jamais sincèrement tenter d’en sortir.

Il faut cependant accorder au film de Miguel Angel Vivas que dans le genre frontal, on aura rarement fait mieux. Le réalisateur cumule les longues séquences (le film ne contient que 12 plans) afin d’apporter à son œuvre un aspect « en temps réel » qui ne lui nuit aucunement, offrant au calvaire des protagonistes un côté bien réaliste. On pourra d’ailleurs remarquer certaines pointes d’inspiration prises depuis le classique de Gaspar Noé, Irréversible, même au-delà de la temporalité ultra compacte. Les deux films se ressemblent légèrement (certains éléments violents sont d’ailleurs mis en scène de manière identique) mais Kidnapped ne touche certainement pas au brio de l’autre.

Au chapitre de la violence, Kidnapped ne cède pas non plus sa place. Le plan des cambrioleurs dérapera rapidement lorsque l’un d’entre eux, possédant beaucoup moins de sang froid que ses acolytes, colorera la nuitée de tous à l’écarlate. Dès lors, plusieurs exécutions sommaires auront lieu dans une ambiance particulièrement tendue qui n’épargnera pas à l’audience les premières loges pour ce qui est d’effets gores particulièrement réussis. De ce côté, rien à redire! Kidnapped fait mieux que la plupart, proposant un viol sordide, un visage réduit en bouilli sous nos yeux ainsi que plusieurs meurtres aussi sanglants que survitaminés dans leur exécution. Je sais avoir employé le mot au paragraphe précédent, mais la violence est extrêmement frontale (ce qui, dans l’état des choses, renforce encore et toujours l’idée de réalisme).

Par contre, lorsqu’un film joue la carte de l’hyperréalisme, il se doit d’essuyer des critiques d’autant plus pointilleuses. Kidnapped a ce problème, lui qui abuse des plans séquences et de la caméra à l’épaule afin de diminuer l’importance du montage… Pour finalement se prendre les pieds dans le tapis en proposant une scène entière en montage simultané! N’est-ce pas là une contradiction dans les intentions, ou alors est-ce seulement moi qui voyais dans la réalisation un désir d’authenticité tandis que ce n’était finalement qu’une accumulation de procédés dits « marginaux »? Même son de cloche au niveau du scénario, là où tous les rôles sont stigmatisés à l’extrême et où les interventions de personnages secondaires (voisins, amis, policiers dans leur ronde de nuit, les classiques du genre) apparaissent téléphonées au possible. Il manque définitivement à Kidnapped ce petit quelque chose qui lui permettrait de s’imposer comme une œuvre à part entière et non pas de subir constamment la comparaison avec ceux qui l’ont précédé. Car finalement, n’est-il pas qu’une version plus trash et moins poussée d’un vulgaire Trespass?

Avec Kidnapped, le film d’horreur espagnol semble se diriger autre part. Tant mieux! Cependant, il serait difficile de d’affirmer qu’une œuvre aussi tardive à paraître dans un sous-genre saturé et avare en possibilités puisse réellement provoquer la surprise. Kidnapped pourra à tout le moins prétendre à être un film très violent et sans concessions, ce que je lui accorde sans aucune gêne. C’est recommandé, sans grande conviction toutefois. Les intéressés peuvent le trouver sur Netflix.

  • Marc-Antoine Labonté

  • • Kidnappés (version française/France)
    • Secuestrados (version originale espagnole)

     

    Trespass (2011)
    The Collector (2009)

     

     
     


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