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THE KILLER INSIDE ME
2010
RÉALISATION: Michael Winterbottom
SCÉNARIO: John Curran
AVEC: Casey Affleck, Jessica Alba, Kate Hudson, Tom Bower et Elias Koteas
Jessica Alba, Casey Affleck et Kate Hudson? Si le casting plus qu'intéressant de The Killer Inside Me aurait du être la première chose à faire tourner les têtes du monde entier, il n'en est rien. En fait, le film navigue sur une polémique toute fraîche. Présenté au dernier Festival Sundance, le dernier métrage de Michael Winterbottom aurait choqué une partie de l'audience par sa violence gratuite et graphique. Jessica Alba aurait même quitté la salle, ne supportant pas de se voir maltraitée de la sorte sur grand écran. Il n'en fallait pas plus pour enflammer les discussions. Interrogé, le réalisateur a tenté d'appuyer son propos en affirmant que choquer est ce qu'il avait désiré au tournage de son nouveau projet. Pour lui, la violence crue était nécessaire au bon fonctionnement du tout. Nos amis américains ne l'ont pas entendu de la même manière, et le film s'est complètement planté à sa sortie dans les cinémas. À cela je réponds : Câlice que le public états-unien ne sait pas repérer un must quand il en a un en pleine face!
Si vous rencontriez Lou Ford dans la petite bourgade du Texas où il officie comme policier, vous lui trouveriez un air tout à fait banal. Charmant, poli et respectueux, c'est un flic de son époque. Mais Lou a un côté caché, un côté assez effrayant. Il est particulièrement déphasé par rapport à la société, et cède souvent à des accès de violence sadique. Particulièrement avec les femmes qu'il vient à fréquenter. Bientôt, la police du compté se retrouve avec une pile de cadavres sur les bras et Lou est le principal suspect. Tenaillé par une envie profonde de récidiver, parvenant difficilement à convaincre malgré des alibis plausibles, que fera Lou?
Adapté d'un roman de série noire écrit en 1952 par le très prolifique et talentueux Jim Thompson, The Killer Inside Me semble un parfait amalgame entre American Psycho et le No Country for Old Men des frères Coen! Comme pour le matériel original de Thompson, l'aspect policier du film est particulièrement présent. On assiste à plusieurs enquêtes et interrogatoires ainsi qu'aux tentatives de dissimulation de Lou, qui demeure lui-même policier. Par contre, nous nous limitons à la perception qu’en a l'antagoniste. Il n'y a d’ailleurs pas de dualité entre celui-ci et un genre de chevalier du bien qui aurait émergé d'on ne sait où à la moitié du film, comme cela arrive trop souvent.
L'idée de poser le scénario dans un bled texan est assez originale, et occasionne beaucoup d'éléments spécifiques à ce genre d'environnement. Un petit côté Far West est à dénoter dans cette production, volontairement rendue assez intemporelle par son réalisateur. L’autre élément qui est particulièrement mis de l’avant dans le film, c’est les difficultés relationnelles de Lou. Bien que le scénario nous donne quelques pistes quant à leur source, il demeure extrêmement imprécis et imbibé de mystère. Un peu à l'instar d'American Psycho, on se limite à une étape précise de la vie du psychopathe et tout ce qui vient auparavant se trouve dans un flou assez intéressant puisqu'il stimule l'imagination du spectateur. Pour Lou, amour et violence semblent étrangement indissociables, et sa pulsion meurtrière capitalise là-dessus.
Et qu’en est-il de ces meurtres si discutés? Baignant dans la misogynie, ils sont assez éprouvants et très graphiques. Dans une ère de cinéma où la mise à mort est souvent banale et aseptisée, je crois que ceux-ci sont particulièrement réussis. Je ne crois rien vous vendre en vous disant que souvent, les compagnonnes de cœur de Lou en seront les principales victimes. Le tueur prend le temps de bâtir des relations solides avec des femmes qui avaient confiance en lui, puis... Je ne vous révèlerai rien dans les détails, mais la violence est extrêmement physique et, comme une citation vaut parfois mille mots, voici ce qu'un enquêteur s'exclame en découvrant Jessica Alba : "Her face looks like hamburger!". Parlant des principales actrices féminines, Alba et Hudson sont très convaincantes. Elles incarnent des femmes amoureuses et trahies avec le brio qui sépare des autres les comédiennes de talent. Un personnage particulièrement marquant est celui de Tom Bower, qui incarne un vieux sheriff vouant une confiance aveugle à Lou et complètement dépassé par les événements.
Mais ce qui rend le film particulièrement succulent et réussi à mon sens, c'est son personnage principal. Tout reposait sur l'incarnation qu'en ferait Casey Affleck, le fameux frère de Ben qui mérite définitivement beaucoup de lauriers au sortir d'un rôle aussi possédé et puissant. Lou Ford est un individu extrêmement changeant, cédant parfois à des accès de rage mais étant au plus souvent suave et posé. En fait, le premier mot qui vient à l'esprit est "décalé". Lou ne conçoit pas la réalité comme vous et moi, et c'est cet aspect du scénario qui était particulièrement intéressant à explorer. Le personnage fait aussi preuve, comme tout tueur mythique de sa trempe, de quelques touches d'un humour noir qui atteint toujours sa cible. Le travail de Michael Winterbottom (Welcome to Sarajevo, 24 Hour Party People) focalise beaucoup sur l'excellente mise en scène du film ainsi que la direction d'acteurs, alors que sa caméra cède la place à l'histoire et qu'on en oublie parfois sa présence.
En effet mesdames et messieurs, The Killer Inside Me choque. Un film cruel, sadique, psychologique et visuellement épuré. Un personnage principal complexe et ramifié, qu'on ne vous a jamais demandé de pleinement comprendre. Des séquences qui, dépendamment de votre taux d'adhérence à l'histoire, vous laisseront peut-être bien bouche-bée. À l'image de No Country for Old Men, The Killer Inside Me commence et s'achève abruptement, de manière sèche et incompatible aux canons scénaristiques du film américain. Un métrage qui laisse place à plusieurs interprétations mais procure au moins une évidence : il s'agit d'un incontournable, particulièrement chez les fans d'American Psycho qui attendaient depuis 10 ans un film équivalent dans le rayon des tueurs en série.



• Le Tueur En Moi (version française/Québec)


• American Psycho (2000)
• No Country for Old Men (2007)
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