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KILL LIST
2011
RÉALISATION: Ben Wheatley
SCÉNARIO: Ben Wheatley et Amy Jump
AVEC: Neil Maskell, Michael Smiley, MyAnna Buring, Harry Simpson et Emma Fryer
Kill List de Ben Wheatley, c’est ce film à l’intrigue extrêmement mystérieuse (et à la bande-annonce la plus engageante depuis des années) que tous les critiques spécialisés avaient vu des mois avant moi. Pour ceux qui se demandent où je veux en venir, sachez que je possède une patience des plus limitées et que je trépignais carrément de frustration et d'envie. Par la suite présenté comme la clé de voûte du cinéma de genre britannique du nouveau millénaire (rien de moins) ou encore comme un thriller insoutenable à la finale hallucinante (selon l'humeur), Kill List a tout pour attirer l'attention. Après avoir désespérément bavé sur le titre durant des mois entiers (qui ne le ferait pas?), une opportunité s’est finalement présentée à moi. Inutile de dire que je me suis jeté dessus comme un boulimique en crise! Est-ce que Kill List fait réellement ravaler leurs certificats de naissance à des films d’horreur anglais aussi notoires que The Descent? Revenez après le synopsis et vous saurez.
Jay est un ancien tueur à gages qui n’a pas travaillé depuis près d’un an à cause d’un boulot mal mené à terme en Ukraine. Lui et Shel, une militaire, forment un couple à présent pris à la gorge par certaines difficultés financières. Ponctuée de pétages de plombs assez mémorables, la relation qu’ils partagent devient absolument invivable et leur mariage bat dramatiquement de l’aile. C’est à un moment charnière que Jay décidera de refaire équipe avec un ancien partenaire, Gal, et de prendre un nouveau contrat. Ce qui ne ressemblait à prime abord qu’à un simple et lucratif travail de liquidation visant trois cibles distinctes se transformera bientôt en un véritable cauchemar éveillé qui conduira Jay largement plus loin qu’il aurait d’abord pu se le figurer…
Kill List est à mon humble avis le meilleur film de genre britannique depuis 28 Days Later en son temps, carrément. Voilà, c’est dit. Ce film m’a complètement laissé sur le carreau. Rarement dans toute l’histoire du cinéma l’occulte et le mysticisme auront été représentés avec une telle sournoiserie et autant d’efficacité à la fois. Lentement mais sûrement, Kill List nous plonge en effet dans un climat extrêmement malsain. Dès sa première partie, qui force le spectateur dans une bulle familiale en pleine implosion, l’inconfort est plus que palpable (dans les faits, il nous est enfoncé dans la gorge). La dynamique qui habite la maison du personnage de Jay est invivable et le scénario le transmet brillamment. En coécrivant ses dialogues en compagnie de sa femme et de ses acteurs principaux, Ben Wheatley offre à ces scènes une intensité et un réalisme hors normes. La diversité de points de vue parvient en effet ici à son but.
Mais c’est la décision du protagoniste de retourner à son ancien métier de tueur qui ouvrira pour de bon les portes de l’Enfer et déchaînera sur nous tout le potentiel traumatique de Kill List. Avec l’intense sensation que rien n’est net, l’audience suit le parcours sanglant des acteurs Neil Maskell et Michael Smiley, qui sont tous simplement transcendants de véracité. Ces gars-là sont criants de talent. Le scénario développe lentement la relation qui les unit. De manière douce, voire même insidieuse, le réalisateur intensifie l’étrangeté du déroulement des événements. Toujours très posé, Ben Wheatley parvient à installer son film dans une espèce de bulle à l’ambiance oppressante unique. On comprend que quelque chose ne tourne pas rond sans toutefois parvenir à mettre le doigt dessus. Les influences naturalistes du metteur en scène enrichissent aussi grandement son film. Le tout appuyé par une trame sonore versatile, parfois envoûtante parfois à glacer le sang, qui a toutes les chances de prendre votre cerveau en otage.
Au fur de sa progression, Kill List s’adonnera à quelques accès de brutalité extrême, qui ne laisseront définitivement pas de marbre. Frontale, hyper barbare bien que seulement présente par à-coups, la violence dans ce film est du genre qui a le potentiel de vous hanter. Tout cela mène bientôt vers l’épilogue explosif d’un film jusque là assez calme et terre à terre, qui prend complètement par surprise et chamboule littéralement le scénario pour l’emmener ailleurs. Un peu largué, le spectateur assiste dans une ambiance glauque et anxiogène digne de la Hammer à l’un des meilleurs derniers droits de l’histoire récente du cinéma de genre. Le tout perdure jusqu’à un dénouement explosif, traumatisant, qui force l’esprit à se réécrire le film une nouvelle fois pour faire le constat dramatique que le réalisateur de Kill List est un véritable maître du genre. Dans sa folie et son ambigüité, ce film apparaît comme digne des plus grands Polanski.
Quelque part entre Friedkin, Spasojevic et Laugier, Ben Wheatley met une bonne paire de baffes au visage du spectateur lambda grâce à ce qui sera très probablement l’un des meilleurs films de genre de l’année à venir. Kill List ne plaira pas à tous car c’est un film très contenu dans ses deux premiers actes, qui tisse lentement mais sûrement sa toile. Cependant, pour ceux qui apprécient les œuvres et les réalisateurs mentionnés à-travers cette critique, vous vous apprêtez probablement à vivre l’une de vos expériences horrifiques les plus satisfaisantes depuis un bout de temps. Rarement on aura vu aussi troublant et réussi.
Un second visionnement pourrait aisément me pousser à une note parfaite. Nous verrons bien. J’attends à présent le DVD de ce film avec une impatience particulièrement marquée.



• The House of the Devil (2009)
• Antichrist (2009)
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