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LAKE MUNGO
2008
RÉALISATION: Joel Anderson SCÉNARIO: Joel Anderson
AVEC: Rosie Traynor, David Pledger, Martin Sharpe, Talia Zucker et Tania Lentini
Le festival After Dark Horrorfest n'a plus nécessairement à se faire de nom. Depuis 2006, il offre annuellement aux nord-américains huit films d'horreur d'intérêt, d'abord projetés en salles aux États-Unis puis lancés sur DVD par le même label. Plusieurs produits de haut intérêt ont ainsi été édités par After Dark au fil des années, comme par exemple The Abandoned, Unrest, Frontière(s), Mulberry Street, Autopsy, The Broken... La quatrième cuvée, débarquée sur DVD depuis avril 2010, présente elle aussi plusieurs films sachant attirer l’attention. Le long métrage australien Lake Mungo compte, évidemment, parmi ceux-ci.
Lake Mungo prend la forme d’un documentaire relatant l’expérience d’une famille après le décès de l’un des deux enfants du couple, Alice. Alice Palmer, 16 ans, est morte noyée par un bel après-midi d’été lors duquel elle avait été pique-niquer en compagnie de ses parents et de son frère. Les trois membres restants de la famille sont porteurs d’un profond deuil et celui-ci n’est pas sur le point de se terminer puisqu’ils seront témoins de phénomènes inexpliqués portant à croire que l’esprit d’Alice demeure avec eux. Ces derniers seront enregistrés et présentés à titre de preuves dans le documentaire, tandis que la famille Palmer nous relate une histoire qui n’a rien d’ordinaire.
Lake Mungo a d’intéressant qu’il aborde le phénomène du cinéma vérité d’une manière très distincte. Plutôt que de concevoir un film usant comme plusieurs de ses contemporains de la caméra à l’épaule, le scénariste et réalisateur Joel Anderson a pensé à façonner de toutes pièces l’un de ces documentaires tels qu’on peut en voir sur Canal D avec, par exemple, la série A Haunting. Je ne suis habituellement pas friand de ce genre d’émissions difficilement crédibles… Raison de plus pour concéder au très efficace Lake Mungo qu’il aura su gérer son concept !
Présenté comme une histoire qui s’est déjà déroulée bien avant que nos protagonistes ne rencontrent leurs interviewers fictifs pour la leur partager, le faux documentaire nous fait malgré tout adroitement voguer de surprise en surprise ! Très crédibles, les acteurs principaux nous racontent d’abord la tragique histoire de la noyade de leur fille en long et en large, insistant sur la dureté des mois suivant l’incident. Le film présente d’ailleurs des personnages et dialogues à la véracité surprenante, qui s’évitent toutes formes de stéréotypes. Même lorsqu’ils ont à présenter les preuves audio-visuelles qui appuient la théorie selon laquelle l’esprit de leur fille serait toujours vivant, les protagonistes relatent le tout avec crédibilité.
On pourrait croire que l’approche «documentaire professionnel» a des chances de réduire l’impact des scènes à frissons, mais c’est loin d’être le cas. Accompagnées d’une musique lugubre, les images d’apparitions captées par la famille donnent souvent froid dans le dos. Par moments, nous ne semblons pas loin d’un Paranormal Activity qui jouirait de procédés narratifs alternatifs. Si le type de récit employé possède clairement des contraintes (le film est narré par des gens assis sur une chaise, devant la caméra attentive de nos documentaristes), Joel Anderson et son équipe auront su maximiser l’efficacité de leur projet. Ils parviennent à susciter l’émotion ainsi que l’intérêt par leur histoire de deuil très forte et riche, en plus d’être bien aptes à gérer le côté cinéma d’horreur de leur film lorsque c’est le temps !
Comme mentionné précédemment, un autre des points forts de Lake Mungo est qu’il ne fait pas seulement rendre compte des faits comme on aurait pu l’imaginer. Au contraire, il joue aussi avec nous puisqu’il est toujours bien difficile de se douter de ce qui est à suivre ! À un certain moment sera apporté un revirement assez habile qui vient brouiller les cartes et qui ébranle toutes les certitudes du spectateur. Beaucoup plus circonspect par la suite, ce dernier assistera tout de même à une finale ébranlante, qui fournit le minimum d’explications rationnelles et laisse sur une bonne note, à s’interroger quant à la scène que l’on vient de voir. La finale de Lake Mungo est non seulement captivante mais elle propose du neuf, des éléments que l’on aura rarement rencontrés de cette manière dans d’autres films traitant d’esprits. En plus de son scénario, Lake Mungo bénéficie d’un aspect visuel crédible, tant lorsqu’il se veut un documentaire au format professionnel que lorsqu’il nous présente les preuves accumulées par la famille, souvent hautement crédibles. L’apparition au Lake Mungo, notamment, est à en faire des cauchemars ! Du moins, ça m’est arrivé…
En somme, Lake Mungo est une bien bonne surprise. Bénéficiant d’un concept novateur dans le genre du cinéma vérité, le film a su surfer sur ses contraintes budgétaires et faire un projet très efficace avec une idée de base qui aurait éventuellement pu le prendre de revers puisque plutôt réductrice. Heureusement ce n’est pas le cas et Lake Mungo est un projet inattendu, différent et efficace.



• The Last Broadcast (1998)
• Session 9 (2001)
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