| |
LEFT BANK
2008
RÉALISATION: Pieter Van Hees
SCÉNARIO: Christophe Dirickx, Dimitri Karakatsanis et Pieter Van Hees
AVEC: Eline Kuppens, Matthias Schoenaerts, Sien Eggers, Marilou Mermans et Frank Vercruyssen
Malgré sa capacité à attirer les foules vers les salles année après année, le cinéma d’horreur hollywoodien n’est manifestement plus aussi dominant qu’il le fut durant une bonne partie des décennies 80 et 90. En effet, il suffit de jeter un coup d’œil à la programmation des festivals consacrés au genre pour constater le foisonnement actuel de productions étrangères. Dernièrement, la Belgique s’est notamment signalée grâce au cinéaste Fabrice du Welz (Calvaire, Vinyan). Avec Left Bank, film belge tourné en langue flamande, Pieter Van Hees s’illustre à son tour en déterrant une vieille légende celte de sa région.
Marie – Eline Kuppens, exceptionnelle dans son premier rôle au grand écran – est une jeune femme qui s’entraîne chaque jour à courir afin de se tailler une place parmi l’élite de sa discipline. Suite à un malaise, elle doit cependant cesser toute forme d’activité pour une période indéterminée. C’est peu de temps après cet arrêt forcé que Marie décide d’emménager à l’appartement de son nouvel ami de cœur, Bob. Ce rapprochement amoureux avec un homme bouleverse Marie, elle qui jusque-là ne vivait que pour la compétition sportive. Lorsque Marie apprend que la précédente locataire du logement de Bob a disparu dans des circonstances nébuleuses, un doute s’instaure dans son esprit. Alors que le corps de Marie subit d’étonnants changements, ses recherches sur l’immeuble et le passé des habitants de la région la mènent à craindre le pire.
À en juger seulement par son récit, Left Bank peut-être considéré comme un film d’angoisse psychologique dans la veine de Rosemary’s Baby. Pour l’essentiel, on suit un personnage qui traverse une période de vie instable, qui remet en question son entourage et qui commence à être victime d’hallucinations peu rassurantes. Sur le plan du traitement par contre, le film de Pieter Van Hees détonne quelque peu. D’abord, il faut savoir que Left Bank nous immerge au coeur d’un univers vaste et statique où règne la quiétude – tout le contraire d’un film de Polanski où même les murs des pièces distillent l’angoisse. L’oeuvre se caractérise par son esthétique lisse, son rythme lent et son souci de réalisme (malgré quelques passages oniriques). L’horreur reste surtout suggérée et les effets-chocs s’avèrent rares. Ainsi, le long métrage s’apparente davantage à un drame agrémenté de touches fantastiques.
Curieusement, il semble que l’intention de Van Hees ne soit pas tant de soutenir un climat de tension ou encore de divertir, que de solliciter l’esprit du spectateur. Mais il serait faux de croire que Left Bank se veut lourd ou ennuyeux pour autant. En fait, le plus intéressant dans le film n’est pas nécessairement de suivre l’intrigue (assez classique en soi), mais plutôt de se laisser bercer par l’étrange expérience qu’il nous propose. Rappelant parfois le cinéma de David Lynch, Left Bank nous maintient tout au long dans une sorte de demi-éveil. On s’abandonne devant la beauté apaisante des images et on finit par oublier que l’horreur se forme bel et bien quelque part dans un arrière-monde. La mythologie présentée dans Left Bank est principalement évoquée par l’entremise d’un symbolisme obscur. La réalisation de Van Hees et la direction photo sobre et toute en nuance de Nicolas Karakatsanis participent à exprimer l’idée d’une harmonie entre l’homme et son environnement. Misant sur la subtilité, Van Hees et Karakatsanis savent rendre visuellement significatif chaque plan, les mouvements de caméra étant d’ailleurs souvent réduits au strict minimum. L’excellente musique de Eavesdropper et Simon Lenski contribue quant à elle à renforcer l’envoutant mystère qui plane sur le film.
Là où Left Bank risque de perdre plusieurs joueurs, c’est dans son dénouement final. Van Hees nous confronte alors soudainement à ce qu’on avait seulement osé se figurer de manière vague. La courbe que lance le réalisateur en fin de partie déstabilise totalement et nous sort immédiatement de notre rêverie, si bien que l’effet n’est pas tout à fait digeste sur le coup. Mais après avoir replacé l’ensemble des éléments en perspective, force est d’admettre que la conclusion orchestrée par Van Hees fonctionne néanmoins. Une fin spéciale pour un film plutôt hors-norme, donc, qui à défaut de nous en mettre plein la vue ou de nous glacer le sang, marque notre imaginaire d’une manière singulière.



• Linkeroever (titre original/Belgique)


• Next Door (2005)
• Antichrist (2009)
| |
|