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LET ME IN
2010
RÉALISATION: Matt Reeves
SCÉNARIO: Matt Reeves, basé sur John Ajvide Lindqvist
AVEC: Kodi Smit-McPhee, Chloe Moretz, Elias Koteas, Richard Jenkins, Dylan Minnette
Let the Right One In.
Des frissons à profusion. L’amour, l’abandon, le mal-être, la cruauté, la souffrance. Indissociables. Un glacier de 120 minutes. Un univers délavé, poétique, torturé, trop humain. Un univers chamboulant, à la fois cruel et sublime. Une œuvre d’art qui se transcende. Qui transcende le septième art en entier, bon Dieu.
Inutile de dire que lorsque j’ai été lire la critique qu’en a fait Dany Champagne (disponible ici), j’ai été interloqué par sa réaction surprenante, et surtout par son appel à une redite états-unienne qui pourrait réparer des défauts que je n’ai personnellement pas perçus. Bien entendu, il n’était pas le seul à désirer cet état de fait. Aujourd’hui, alors que les américains ont définitivement décidé de reprendre à leur sauce l’histoire chamboulante et inadaptable d’Eli et Oskar, j’ai eu la tâche ardue de faire un acte de foi en la personne de Matt Reeves. De m’asseoir dans la salle en assumant qu’il pouvait faire l’impossible, et offrir MIEUX. Pari tenu ?
- You have to invite me in.
- What happens if I don't? What happens if you walk in anyway?
Owen est un jeune garçon de 12 ans qui habite une banlieue pauvre du Nouveau-Mexique. En plus de subir avec difficulté le divorce de ses parents, il est la proie des voyous de sa classe qui n'hésitent pas à le frapper et l'humilier. La vie d'Owen change drastiquement lorsqu'il fait la rencontre d'Abby, une jeune fille du même âge que lui qui vient d'emménager dans l'appartement voisin. Abby est bizarre. Elle ne va pas à l'école, ne sort jamais le jour et dégage de drôles d'odeurs. De plus, elle semble entretenir une drôle de relation avec son père. En fait, la jeune fille est un vampire qui doit s'abreuver du sang des habitants pour subsister. Cette particularité ne reculera pas Owen qui voit en Abby sa première vraie amie... Et une aide précieuse pour le défendre de ses détracteurs!
On concèdera aux mythiques studios Hammer, producteurs de cet audacieux Let Me In, qu’ils ont dès le départ fait un mouvement diablement intelligent : Placer Matt Reeves (Cloverfield) à la barre de leur adaptation ! Reeves est un réalisateur/scénariste très dynamique et doué d’une personnalité propre, ce qui est muy importante sur le continent dans l’état actuel des choses. Il a compris l’essence scénaristique et visuelle du film original et a tout assimilé cela en tentant tout de même de s’en séparer ensuite le plus possible. Bien entendu, il serait stupide et peu à propos de comparer le travail de symbolique et d’impressions réalisé par Tomas Alfredson au style américanisé de Reeves. Dans Let Me In, on opte pour la frénésie et les scènes d’action amplifiées. Par contre, il va falloir que je vous avoue que le film possède sans doute la meilleure réalisation de l’année !
L’univers visuel du réalisateur à la fois sombre et détenteur d’un certain caractère poétique. Observer un paysage à-travers la lentille de Reeves, c’est éprouver un orgasme oculaire ! Ses nuits hivernales sont chargées d’une angoisse sourde. D’un autre côté, son film vise clairement à être plus dynamique que l’original (Pour plaire à qui, dont?), et certaines scènes coupent le souffle. Sa séquence en voiture m’a ramené aux beaux jours de Children of Men ! On use du flou avec élégance, ainsi que des éléments d’arrière-plan. Tout cela a clairement nécessité une grande charge de travail à un réalisateur extrêmement prometteur, qu’on espère voir tourner un autre film d’horreur dans un avenir proche !
Pour ce qui est de l’aspect scénaristique, l’histoire du film est toujours profonde, émotive et captivante. Let Me In conserve toute la souffrance et la charge émotive du film original. Bien entendu, connaître l’histoire de l’autre vous laisse bien peu de surprises pour celui-ci. Peu de modifications sont apportées à la structure profonde du scénario, sinon d’avoir troqué certains personnages ou événements secondaires. J’ai été capable de réciter par cœur une bonne partie des lignes de dialogue entre les deux enfants, pour vous donner une idée ! Chez les personnages secondaires, Elias Koteas est très convaincant dans son rôle de policier, et le toujours très bon Richard Jenkins impressionne une fois de plus. Il fait d’ailleurs partie d’une scène intense, inédite et particulièrement réussie, qui s’achève par le sort que plusieurs lui connaissent déjà.
Malheureusement, aux yeux de votre humble critique, tout n’est pas beau. Quel est le plus grand problème de l’édition américaine de Let The Right One In ? C’est d’être trop américaine ! Cela n’est pas seulement présent dans le langage cinématographique. D’abord, le film semble avoir des difficultés à laisser régner les ambiguités scénaristiques comme c’était le cas chez son alter ego. Il ressent le besoin de tout verbaliser au spectateur, comme si nous étions des caves ! Des non-dits ? Pas dans le cinéma américain ! Ça restreint vraiment le champ de l’histoire. Tout doit être montré et assumé par le film. J’avais l’impression d’être un enfant dans un terrain de jeux et qu’on doit prendre par la main, parce qu’il n’arrive pas à comprendre seul ! En entrevue, Matt Reeves avait affirmé que son projet allait se baser sur d’autres éléments du roman originel qui n’étaient pas présents chez Alfredson. Outre le fait d’avoir gommé tous les éléments libres à l’interprétation et à la réflexion, je ne vois pas !
Tourner un film qui s’adresse principalement au public cible de Twilight entraîne aussi un certain nombre d’exigences. Le scénario du remake nous propose une espèce de dualité entre le bien et le mal toute hollywoodienne et pas subtile du tout ! En contrepartie, vous pouvez dès maintenant oublier tous les éléments sexuels et homosexuels cruciaux à la dynamique du récit original ! Le puritanisme est-il dans la place ? Je l’ignore ! Let The Right One In avait un exotisme flagrant, et je crois que ceux qui n’ont pas aimé cet aspect du film auront plus de plaisir que moi à la vision de ce remake, qui fait preuve d’un sérieux à cinquante étoiles du début à la fin ! Reeves invoque aussi une certaine forme de déception par l’emploi de CGI. Son Abby semble souvent toute droit jaillie de Blade II ! Les scènes de meurtres en perdent aussi de leur intensité, rappelant plus le récent Piranha 3D qu’autre chose ! On opte pour des points de vue sombres et changeants en opposition à tout ce qu’a fait Alfredson : la couleur, les plans fixes, les effets spéciaux Old School…
Je ne crois pas que c’est d’être de mauvaise foi que de céder à la frénésie de la comparaison, particulièrement en sachant que Let Me In est la redite d’un film que tous peuvent se procurer, sorti il y a seulement deux ans. Let Me In a été conçu pour les rednecks américains qui supportent difficilement le cinéma du monde. Tout doit être comme eux, pour eux. Ce genre de patriotisme parasitaire panaméricaniste est vraiment néfaste pour l’art en général ! Ceux qui ont vu et adoré le film original n’auront grand-chose à faire de cette adaptation, qui incarne au mieux une sympathique curiosité ainsi qu’une façon de revivre la grande histoire d’Oskar et d’Éli d’un autre angle de vue. Néanmoins, ceux qui étaient resté froids devant l’autre pourront peut-être être très bien surpris. Pour moi, le film demeure le meilleur remake que les U.S.A. pouvaient faire de Let The Right One In, et je donne ce qui lui revient à Matt Reeves pour avoir réussi à rendre aux spectateurs de l’Amérique du Nord la charge émotive du produit original dans une enveloppe aussi consistante. S’il s’agissait d’un film original, ma note serait plus haute.
De plus, revoir en entrée de jeu le logo de la Hammer en grosses lettres rouges remplies des Christopher Lee et Peter Cushing de ce monde, ça n’a pas de prix !



• Laisse-Moi Entrer (version française/Québec)


• Let The Right One In (2008)


• Martin (1977)
• Near Dark (1987)
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