LET SLEEPING CORPSES LIE

1974

RÉALISATION: Jorge Grau
SCÉNARIO: Juan Cobos, Sandro Continenza, Marcello Coscia et Miguel Rubio
AVEC: Ray Lovelock, Cristina Galbo, Arthur Kennedy, Aldo Massasso et Giorgio Trestini

En 1968, George A. Romero réalise Night Of The Living Dead, modernisant ainsi le film de zombies et instaurant de toutes nouvelles règles. Malgré l’engouement général produit chez les fans, il faudra attendre une dizaine d’année (lors de la sortie de sa suite Dawn Of The Dead) pour que l’influence se fasse réellement sentir au cinéma. C’est alors qu’est apparue une panoplie de films de zombies gores, passant du meilleur (Zombie) au moins bon (Hell Of The Living Dead), la plupart du temps italiens ou américains. Production italo-espagnole sortie sous un nombre exagéré de titres alternatifs différents (dont le plus connu est ¸The Living Dead At Manchester Morgue), Let Sleeping Corpses Lie est néanmoins l’un des uniques films de son espèce à être sorti entre les deux périodes (1968 et 1978) et est par conséquent l’une des rares bonnes œuvres à s’inspirer directement du premier film de Romero.

George part de Londres afin d’aller visiter des amis. Alors qu’il s’arrête dans une station-service, Edna, une conductrice maladroite, renverse malencontreusement sa moto. Ne pouvant pas attendre que les pièces de rechange arrivent, George décide de continuer son chemin avec Edna. Lors d’un arrêt, celle-ci est attaquée par un mort-vivant. Son nouveau compagnon de voyage, n’ayant pas assisté à la scène, ne croit évidemment pas un mot de ce qu’elle raconte. Mais lorsque le mort-vivant en question assassine le mari de la sœur d’Edna, une enquête a lieu et George devient le principal suspect. Aidé d’Edna, il décide alors de mener sa propre enquête, ce qui le mènera à une confrontation avec les morts-vivants, mais également avec la police qui le harcelle continuellement.

Apparu à une époque où tous les grands films d’horreur allaient révolutionner le cinéma (The Exorcist, The Texas Chain Saw Massacre, Jaws), Let Sleeping Corpses Lie a le mérite d’avoir repoussé les limites du gore et ainsi permis une nouvelle ère de barbarie et de violence graphique au cinéma. Injustement rabaissé par la critique lors de sa sortie pour cette raison, le film de Jorge Grau est néanmoins aujourd’hui l’un des films les plus reconnus par les fans du genre. Bien que n’accotant pas les Dead Alive et Dawn Of The Dead en termes de popularité, Let Sleeping Corpses Lie est néanmoins reconnu auprès des plus connaisseurs comme étant aussi valable que les grands classiques du genre.

L’un des points qui fait la réussite de Let Sleeping Corpses Lie est l’ambiance qui s’en dégage. Rappelant la période gore de Lucio Fulci, le film de Jorge Grau possède un aspect visuel crade et les jeux d’éclairage servent à merveille l’atmosphère gothique du film. De plus, les effets spéciaux ont été créés par Giannetto De Rossi, qui est également responsables du maquillage de Zombie, The Beyond et The House By The Cemetery. Le brouillard et les effets sonores ont aussi été repris par Fulci pour le très macabre City Of The Living Dead. L’influence de Grau sur le grand cinéaste est par conséquent indéniable et il est permis de se questionner à savoir si le cinéma horrifique italien des années ‘80s aurait été le même sans ce film.

La réalisation n’est toutefois pas parfaite. La direction-photo manque parfois de stabilité et le montage est quelques fois défaillant. Ces défauts sont néanmoins mineurs, étant donné le travail accompli sur l’atmosphère général du film. De plus, Grau nous réserve quelques angles de caméra originaux rappelant par moment The Evil Dead. Le gore est aussi une grande réussite. À défaut d’aller dans les excès d’un Dawn Of The Dead ou d’un Zombie, Let Sleeping Corpses Lie a toutefois (comme mentionné plus haut) battu le record de l’époque en offrant des effets gores d’une violence et d’une qualité pratiquement jamais égalées jusque-là. Ceci, combiné à l’ambiance, compense très bien le petit nombre de morts-vivants présents dans le film.

Let Sleeping Corpses Lie est également une bonne réussite du côté du scénario. Les scénaristes étant au nombre de quatre, il n’est pas étonnant que celui-ci soit aussi bien travaillé. L’histoire prend bien le temps de développer ses personnages et leurs péripéties sont très intéressantes. Ray Lovelock (Murder Rock), avec ses lunettes fumées et son veston de cuir, interprète un héros cool à l’attitude rebelle auquel il est facile de s’identifier. Arthur Kennedy (Shark!), quant à lui, interprète le rôle typique du policier con, autoritaire et borné auquel il est facile d’associer toute forme d’autorité déplaisante ou déplacée. La dernière partie du film offre un carnage sanglant et la finale est très semblable à celle de Night Of The Living Dead et est même plus révoltante, étant donné les circonstances! Par contre, l’épilogue offre une satisfaction garantie. Pour ce qui est des défauts, il arrive que le rythme du film souffre quelque peu du surdéveloppement. Ceci est néanmoins nécessaire à l’histoire. Un autre point intéressant par rapport au scénario est la façon dont les morts-vivants sont intégrés au récit, puisque cela place à une critique sociale environnementale pertinente et toujours d’actualité.

Malgré ses qualités, Let Sleeping Corpses Lie est une œuvre dure d’approche, même pour un habitué du genre. Laissez-lui quelques chances et il pourrait trouver une place importante dans votre cœur d’amateur de films d’horreur. Il est dommage que le réalisateur n’ait jamais réalisé d’autres œuvres horrifiques par la suite, car il aurait pu devenir un grand icône du cinéma macabre gore, au même titre qu’un Lucio Fulci, George Romero ou Stuart Gordon. Il s’agit donc d’un film à voir… plus d’une fois!

  • William Le Blanc

  • Non Si Deve Profanare Il Sonno Dei Morti (version original/Italie)

  • Le Massacre Des Morts-Vivants (version française)

  • The Living Dead At Manchester Morgue (titre alternatif/UK/USA)

  • Don’t Open The Window (titre alternatif/USA)

  • Night Of The Living Dead (1968)
  • Zombie (1979)

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