THE LIVING AND THE DEAD

2006

RÉALISATION: Simon Rumley
SCÉNARIO: Simon Rumley
AVEC: Roger Lloyd-Pack, Leo Bill, Kate Fahy, Sarah Ball et Neil Conrich

La déficience intellectuelle est un sujet qu'on ose rarement aborder de front dans le cinéma d'horreur et avec raison. Comment parvenir à transmettre à l'écran la réalité d'une personne déficiente et de ses proches, en tentant de rendre cela à la fois intéressant et effrayant, sans tomber dans la vulgarisation ou le spectaculaire ? Défi éthique, mais aussi scénaristique que Simon Rumley s'est imposé avec The Living and the Dead.

Donald Brocklebank vit un calvaire dans sa vie familiale et professionnelle. Maintenant que sa femme Nancy est mourante et qu'elle nécessite ses soins quotidiens, c'est aussi lui qui doit se charger de garder Sam, leur fils retardé intellectuellement. Désormais en faillite, le père se voit contraint de vendre le manoir dans lequel lui, sa femme et son fils vivaient depuis longtemps. Le jour où Donald doit se déplacer pour conclure une entente sur la vente de l'immense demeure, les choses tournent très mal. Malgré que Donald ait engagé une infirmière pour le temps de son absence, Sam fera tout en son pouvoir pour prouver qu'il peut s'occuper de sa mère sans l'aide de personne.

The Living and the Dead doit être approché en tant que drame atypique, point à la ligne. Et s'il est vrai que le long métrage anglais partage des traits communs avec le film d'horreur, ce n'est pas pour autant que les amateurs l'apprécieront. Car d'abord et avant tout, The Living and the Dead nous place face à une situation humaine déchirante qui est étrangère à la plupart d'entre nous. À quoi ressemblerait notre vie si notre enfant naissait avec de graves défaillances mentales ? Comment réagir lorsque l'amour de sa vie est diagnostiqué d'un cancer incurable ? Ces questionnements, quoique soulevés indirectement, constituent le noyau du film.

C'est à partir du moment où le père quitte le manoir pour aller à l'extérieur que les choses se gâtent et que le drame, l'horreur et le suspense atteignent des sommets. Cette partie du film est tout à fait saisissante et nous plonge dans un véritable malaise. Sam, qu'on croirait toujours coincé au stade du complexe d'oedipe, se démène pour administrer les soins nécessaires à sa mère (prise de médicaments, aide pour se déplacer à la toilette...), mais se perd dans les dédales de son inconscient. S'en suit alors une série de scènes angoissantes et dégradantes pour la femme, qui peu à peu, commence à envisager le pire. Il va sans dire que la crédibilité de chaque acteur était d'une importance capitale pour la réussite d'un tel projet. Leo Bill dans son rôle d'enfant-adulte et Kate Fahy dans celui de la mère souffrante sont tous deux absolument remarquables.

À la réalisation, Simon Rumley est parvenu à de belles prouesses avec The Living and the Dead. Grâce à l'utilisation de longs plans fixes en début de parcours, il procure au manoir un climat à la fois lourd et tragique qui perdurera tout au long du film. La direction photo de Milton Kam est pour sa part d'une qualité exemplaire. Elle fournit un aspect fade et velouté à la décrépitude des lieux. Il faut aussi mentionner que le format de film 16mm sur lequel The Living and the Dead a été tourné lui confère une esthétique plutôt singulière. Rumley surprend toutefois lorsque soudainement, il recourt à un montage accéléré et à une musique électronique pour appuyer la perte de contrôle de Sam. On reste nécessairement incrédule en apercevant pour la première fois ce dernier se déplacer à travers le manoir tel un robot à roulettes ! Et même si au fil du temps on comprend l'idée du réalisateur et qu'on parvient à s'y accoutumer, la pilule peut s'avérer difficile à avaler. La dernière partie du long métrage contient de nombreux flashbacks qui détonnent également avec la sobriété du reste. Le penchant « épileptique » de The Living and the Dead est certes discutable et ne fera pas l'unanimité. En revanche, on doit admettre que cela en fait une oeuvre d'autant plus originale et audacieuse.

Étant donné les circonstances de son sujet, The Living and the Dead n'est malheureusement ni très attrayant au premier abord, ni très accrocheur au bout du compte. Néanmoins, le film de Simon Rumley a le mérite de faire réfléchir, possède son lot de moments percutants, et ce, tout en proposant un traitement esthétique peu commun. Au final, on peut parler d'un essai fort impressionnant. The Living and the Dead est disponible en DVD gracieuseté de TLA Releasings.

  • Maxime Duguay

  • Repulsion (1965)
  • Santa Sangre (1989)

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