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THE LOVED ONES
2010
RÉALISATION: Sean Byrne
SCÉNARIO: Sean Byrne
AVEC: Xavier Samuel, Robin McLeavy, John Brumpton, Victoria Thaine, Jessica McNamee
Depuis 2003, la place de la torture dans les films d’horreur prend sans cesse de l’expansion. La faute au climat mondial tendu et au barbarisme ambiant. Si au départ, il n’en fallait pas beaucoup pour choquer, les films qui capitalisent sur les supplices infligés aux personnages doivent sans cesse se renouveler pour plaire à leur public. À la vision de sa bande-annonce, The Loved Ones paraissait offrir un vent de fraicheur. De loin, ce mélange entre Misery et Rose Bonbon semblait diablement efficace. Qu’en est-il réellement ?
Brent Mitchell est un jeune homme aux pensées sombres. Six mois auparavant, il a provoqué le décès de son père lors d’un accident de voiture. Il vit difficilement avec ce poids sur les épaules, se murant à l’intérieur de lui-même et se réfugiant dans la mutilation. Il n’y a qu’une chose à laquelle il ne tienne réellement, et c’est Holly, sa petite copine. À l’arrivée du bal de finissants, il lui est donc naturel d’accompagner celle-ci et il refuse d’emblée l’invitation de Lola, jeune fille timide qu’il ne connaît pas réellement. Malheureusement, celle-ci ne l’entend pas de cette façon. Et quand Lola veut quelque chose, son père le lui donne toujours… C’est ainsi que démarrera pour Brent la nuit la plus cauchemardesque de sa vie.
S’il voulait devenir le meilleur film d’horreur à thème de bal de finissants de sa cuvée, Cabin Fever 2 devrait prier pour que ce film-ci ne vienne pas à sortir officiellement en 2010 ! À ne pas mélanger avec The Lovely Bones (quoi ?), The Loved Ones est issu d’un cinéaste australien, Sean Byrne. L’homme a déjà plusieurs réalisations derrière lui, et cela semble très évident à la vision de son dernier projet. The Loved Ones, qu’il a entièrement écrit, est un film sombre, mature et extrêmement bien ficelé. Il possède une introduction lourde et déprimante. Le scénario prend le temps de bien nous familiariser avec le personnage de Xavier Samuel (Twilight 3) et la souffrance qu’il ressent. Ainsi, son enlèvement n’en semble que plus injuste ! L’acteur est très crédible, incarnant une victime à laquelle on s’attache, ce qui est crucial dans ce genre de films.
Et quand débute le nouveau calvaire de Brent, Byrne démonte que l’espoir présent dans les premières minutes était loin d’être vain. Lola et son père sont des êtres complètement détraqués ! Liés par une espèce d’attraction malsaine, Lola guide son paternel du bout du nez ! Le travail de Robin McLeavy dans ce rôle est incroyable. La scène où son personnage se constitue un album photo assez déviant dans sa chambre rose et pleine de paillettes, sur fond de musique Barbiesque, est d’anthologie ! Quand elle n’a pas ce qu’elle veut, Lola pique sa petite colère. Puisqu’elle n’a pas de barrières, ses fameuses colères ne sont pas très belles à voir… John Brumpton, dans le rôle du père, est assez incroyable. Il n’a l’air que d’un pauvre sbire démoniaque, complètement soumis aux quatre volontés de sa propre enfant. On apprend à l’haïr avec intensité.
Dans ses séances de torture, The Loved Ones bénéficie d’une atmosphère absolument surréelle, et aussi très survoltée. Alternant entre souffrances physiques très graphiques et la petite simulation de bal de finissants organisée par Lola dans sa propre cuisine, on grincera souvent des dents. Si je souffrais de cette mauvaise habitude, la scène de la bouilloire m’aurait fait ronger tous les ongles de mes doigts ! La trame sonore n’est pas abusivement employée, ce qui fait que le film n’en ressort que plus cru. Byrne est un excellent réalisateur, même si son film se déroule partiellement à huis-clôt. J’ai beaucoup aimé le choix de plans lors de nombreuses scènes, et le film est visuellement complètement éclaté.
Autre élément sympathique, les liens qui sont faits dans le scénario. Si celui qui est présent dans l’introduction est assez prévisible, j’ai aimé l’évolution parallèle entre la soirée bien spéciale de Brent et d’autres événements qui se déroulent dans la même ville. Ainsi, on suit sporadiquement les tribulations sexuelles d’un petit gros qui possède une quelconque relation d’amitié avec notre protagoniste. En plus d’établir un paradoxe assez ironique, cela aboutira en un lien vraiment inopiné avec l’histoire principale. De plus, le scénario nous expose aux angoisses de la petite amie de Brent et de sa mère, qui croient d’abord que ce dernier s’est suicidé. Tout cela donne un ton noir et réaliste à l’histoire, chose qui n’est pas donnée à toutes les productions de ce genre.
Si l’essence même du film rappellera Misery à de nombreux amateurs, j’ai repéré une ou deux références fort sympathiques au film de Rob Reiner. La nature sauvage australienne est très séduisante, et les quelques scènes extérieures ramènent à des classiques comme The Texas Chain Saw Massacre et Wolf Creek. Rien qui ne soit bien honteux, en somme ! The Loved Ones se révèle être un hybride entre le film de torture classique et le drame, le tout assaisonné d’une pincée de Survival. Un projet unique, dont le seul défaut serait peut-être la courte durée et la fin quelque peu précipitée. 15-20 minutes de plus, et je crierais peut-être au génie.
En 2010, je n’ai pas vu beaucoup de films d’horreur aussi prenants et efficaces que The Loved Ones. Les amateurs du genre vont assurément se délecter de ce plat de choix. J’espère sincèrement que le Québec y aura droit bientôt, question de rencontrer Lola, qui est probablement la meilleure vilaine que j’ai vue en 2010 !



• Misery (1990)
• Wolf Creek (2005)
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