MACHETE

2010

RÉALISATION: Robert Rodriguez et Ethan Maniquis
SCÉNARIO: Robert Rodriguez et Álvaro Rodriguez
AVEC: Danny Trejo, Jessica Alba, Michelle Rodriguez, Robert De Niro et Lindsay Lohan

Je suis fan de Robert Rodriguez depuis des années. De Spy Kids et From Dusk Till Dawn que j’ai découverts à 8-9 ans jusqu’à Sin City ou Once Upon A Time in Mexico, je dévore toute sa filmographie avec un plaisir cinématographique peu commun. Même si ce spin-of du déjà mythique Grindhouse n’est pas un film qui sera éligible aux Citrouilles d’Or 2010, c’est aujourd’hui un honneur pour moi de critiquer le dernier effort de Rodriguez.

Et comment pouvais-je accueillir Machete autrement qu’avec un plaisir peu dissimulé? Je ne sais pas. Aimez-vous le Mexique? Les côtes levées, le soleil, la guitare, les femmes? Les explosions, la téquila, les scènes d’action, l’autodérision? Les acteurs de haute voltige, le gore, les voitures modifiées, rire? Avez-vous aimé Grindhouse? El Mariachi?

Si vous répondez oui à quelques-unes de ces questions, Machete est fait pour vous!

Machete (Danny Trejo) est un policier mexicain que rien ne peut acheter. À force de se mettre entre les pattes d’un baron de la drogue (Steven Seagal), il aura à faire face à son courroux. Il est piégé, et sa famille sera tuée. Dans le film, nous retrouvons Machete trois ans plus tard, au Texas. Il tente vainement de refaire sa vie dans le travail journalier, et est lié à une organisation de transit des immigrants illégaux mexicains. Lorsqu’on lui demande d’abattre un sénateur redneck (Robert De Niro) qui fait la promotion de moyens extrémistes pour interdire l’accès en terre américaine des Mexicains illégaux, Machete accepte. Malheureusement, il s’agissait d’une toile soigneusement tissée, et le héros mexicain est maintenant traqué. Mais Machete n’est pas de ceux que l’on élimine aisément… Pour se venger et pour faire régner la liberté des immigrants, il versera beaucoup de sang… Et pourra compter sur des alliés aussi improbables qu’un curé (Marin), une agente américaine du contrôle de l’immigration (Alba), ainsi qu'une vendeuse de tacos aux idées révolutionnaires (Michelle Rodriguez)…

Vous êtes de ceux qui ont eu un plaisir malsain devant Grindhouse? Particulièrement avec le segment de Rodriguez? Cet émule, tiré de la fameuse fausse bande-annonce réalisée par Rodriguez en 2007, devrait tomber dans vos cordes. Le réalisateur continue sur l’objectif grandiose qu’avait Grindhouse, soit de recréer les grands nanars des 80’s d’une façon parfaitement assumée et maîtrisée. Exit la série B grand-guignolesque et bourrée de zombies, bonjour le film d’action cheesy! Comme c’était le cas chez Planet Terror, Machete est clairement conscient de ce qu’il est. Rodriguez est un grand maître du film d’action, mais c’est parce qu’il en connaît les codes sur le bout des doigts, les pervertit et les applique avec une efficacité alarmante. Ses capacités de scénariste ne lui auront pas fait défaut cette fois non plus, et Machete est une méga débauche irrévérencieuse aux tirades déjà cultes, aux situations cocasses et aux séquences d’action magistrales.

Parce que l’on sait que Rodriguez n’est pas qu’un maître dans l’élaboration des scènes d’action. C’est aussi un chef de file quand il s’agit de les tourner! Et il n’en a jamais autant fait que dans Machete. Le film est ce qu’il est, et ne tente pas de se limiter. Trejo fait couler des litres et des litres de sang, particulièrement avec sa prédilection pour les armes blanches… Il y a tant d’explosions, de combats et de rires francs qu’il serait difficile de se mettre à tout résumer dans un texte qui se veut bref et continu! Rodriguez et son coréalisateur Ethan Maniquis ramènent, pour notre grande joie, le côté visuel vintage caractéristique au Grindhouse original. Leur réalisation est extrêmement dynamique, comme ça a toujours été le cas. Chingon, le groupe musical de Rodriguez (qui est définitivement un homme à tout faire, pour ceux qui ne le savaient pas encore!) signe une trame rock digne de sa réputation, versatile et aux accents mexicains prononcés.

Parlant du Mexique, qu'en est-il de la thématique de fond du film? Parce que, malgré un métrage profondément ancré dans le second degré, Machete livre quand même un certain message. Rodriguez, qui a déjà prouvé par le passé être aussi mexicain que texan, prône les bons rapports entre les deux peuples. On sait que le Texas, qui est le plus grand État du «CAN’T pass» (Californie, Arizona, Nouveau-Mexique et Texas), adopte des politiques vraiment agressives et anti humanitaires vis-à-vis plusieurs immigrants qui tentent seulement de traverser le désert pour fuir leur univers et se tenter au rêve américain. Cette thématique est réellement un pied d’ancrage pour le film. Elle est explorée et réexplorée, s’incarnant même finalement en sadique vengeance mexicaine (un contrecoup du Inglourious Basterds de son compère de toujours?). Le combat final a quelque chose d’épique, culminant sur un affrontement à l'épée qui met en scène Steven fucking Seagal.

Comme à l’habitude du réalisateur de Sin City, un casting 5 étoiles a joint les rangs du film. S’y mêlent plusieurs grands noms actuels (Jessica Alba et Lindsay Lohan?), des figures d’anthologie (Cheech Marin, Tom Savini, et autres Seagal) ainsi que la famille et les amis du réalisateur texan. On remarquera d’ailleurs quelques personnages clins d’œil à Planet Terror, qui m’ont bien fait rire. Les réactions à l’égard du premier rôle principal de Danny Trejo (enfin! Si ce n’est que de moi) sont assez mitigées. À mon sens, ça avait été écrit pour lui dès le début et il s’y débrouille plus que bien. Son personnage de héros légendaire a quelque chose d’à la fois sombre et puissant. Machete est indémontable et Trejo le prouve bien. Par contre, le film perd quelques plumes par l'addition d'une durée qui n'a rien d'exceptionnel et de sa distribution vraiment foisonnante. Il se passe tellement de choses à l’écran et tellement de gens sont introduits qu’on finit par en perdre un peu le tempo. Planet Terror aura fait la même chose, certes, mais avec une chimie et une homogénéité qui ne sont pas présentes au même degré dans Machete.

En fait, Machete est à peu près digne de son grand frère Planet Terror, mais sans Death ProofGrindhouse 2, cela aurait pu être l’excellent premier segment d’un film aussi culte que le premier. Seul, Machete ne marque pas nécessairement les esprits au même niveau. Dommage que le fameux Grindhouse de Tarantino et Rodriguez se soit planté au Box Office, parce qu’autrement, une très belle tradition aurait pu voir le jour! Bien entendu, le plaisir de l’œuvre demeure plus que présent, et je prendrai plaisir à revoir et à re-revoir le film sur DVD dans la prochaine année.

Une excellente entrée dans la filmographie de Rodriguez, sans toutefois figurer dans son panthéon personnel. Tous les éléments demeurent présents pour avoir beaucoup de plaisir. Une sortie cinéma plus que recommandée!

  • Marc-Antoine Labonté

  • • Macheté (Version française)

     

    Grindhouse (2007)

     

    • Thriller: A Cruel Picture (1974)
    • Once Upon a Time in Mexico (2003)

     

     
     


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