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MALPERTUIS1972
RÉALISATION: Harry Kümel On reconnaît généralement Harry Kümel pour son Daughters Of Darkness, un des principaux films ayant popularisé la vague de films de vampires lesbiennes. Avec Malpertuis, Kümel décide d'adapter à l'écran un roman de Jean Ray (célèbre auteur belge) du même nom. Ce qui attire aussi l'attention sur Malpertuis, c'est entre autres la présence du cinéaste Orson Welles dans un des rôles principaux. Présenté à Cannes dans sa version tronquée d'une vingtaine de minutes, Malpertuis est maintenant disponible dans sa version intégrale. Lorsque Jan, un matelot, met les pieds sur la terre ferme, il se voit mystérieusement enlevé pour ensuite se retrouver dans l'immense manoir Malpertuis. À cet endroit sont réunis Jan, sa soeur Nancy, ainsi que plusieurs membres de leur famille. Sur le point de rendre l'âme, l'oncle de Jan, Cassavius (Orson Welles), a décidé de rassembler ses proches pour discuter de son héritage. Il annonce à tout le monde qu'ils recevront une part égale de sa colossale fortune. Cependant, ils devront rester isolés à l'intérieur du manoir s'ils veulent profiter du magot. N'est-ce pas là un cadeau empoisonné ? Malpertuis se veut une oeuvre plutôt singulière en son genre. En partie caractérisé par une logique narrative décousue, Malpertuis demeure avant tout une expérience visuelle hors du commun. La direction photo de Gerry Fisher se révèle tout à fait splendide et confère au film une allure à la fois classique et baroque. Fisher favorise les puissants contrastes de couleurs et se permet plusieurs nuances dans les éclairages. La direction artistique du film est également magnifique (il faut voir la chambre de Cassavius), le film baignant dans un univers gothique des plus réussi. La majeure partie du film se déroulant à l'intérieur du manoir Malpertuis, il était important que celui-ci soit efficacement exploité. Grâce à la réalisation de Kümel, le manoir devient complètement labyrinthique au fil du temps. Kümel utilise des plans ingénieux qui engendrent la perte de repères chez le spectateur. De plus, le tout est accentué par un montage souvent brusque qui ne permet plus de savoir où donner de la tête. Visuellement, le film de Kümel se rapproche de certains films de Mario Bava, ou surtout d'Inferno de Dario Argento pour ses couleurs et ses décors tarabiscotés. Ce à quoi il est plus difficile d'adhérer dans Malpertuis, c'est d'abord l'histoire. Quoique partant d'une prémisse accessible (des gens confinés à l'intérieur d'un chateau dû à une histoire d'argent), Malpertuis finit indubitablement par nous perdre. Une des raisons pour cela est simple : le film met en scène beaucoup trop de personnages aux personnalités complexes. Plusieurs alliances entre les personnages se créent, des gens se font tuer et un lourd mystère plane sur le manoir. Le spectateur qui tentera de mettre en ordre ce fouillis obtiendra tout un mal de bloc. Ce qui agace, c'est que le récit est bourré de minutieux détails sans trop de liens apparents entre eux. Par moment, on doit vraiment se forcer pour garder l'intérêt. Néanmoins, le jeu vaut certainement la peine d'être jouée, le tout culminant dans un plan final suffisamment déconcertant pour vous donner le vertige. Une autre raison pour laquelle le film échoue à nous captiver est qu'il met en scène des personnages auxquels il est difficile de s'identifier. Bien qu'ils sortent vraiment de l'ordinaire (le taxidermiste fou vole la vedette) et soient très colorés, ils possèdent toutefois un côté grossier qui rebute au premier abord. Ce qui est d'ailleurs dommage en quelque sorte, c'est que le protagoniste du film se veut le plus ennuyeux des personnages. Il n'est pas très attachant et paraît peu charismatique par rapport aux autres. Sinon, il faut souligner que tous les acteurs du film impressionnent. Comme on l'espérait, Orson Welles donne une performance de haut niveau dans son rôle du vieil homme mourant. Malpertuis est une oeuvre particulièrement difficile à classer et à critiquer. Le film est à la fois classique mais aussi très tordu. La réalisation de Kümel est certainement brillante et le film vaut le détour ne serait-ce que pour son visuel. Quant à l'histoire, il n'est pas facile d'y accrocher tant elle semble confuse dès les premiers instants du film. Malpertuis est un étrange film qui ne risque pas de faire l'unanimité chez les amateurs d'horreur. À essayer au moins une fois. Malpertuis est offert en DVD double gracieuseté de Barrel Entertainment. Le premier disque contient la version du réalisateur en langue néerlandaise avec sous-titres anglais optionnels, une piste de commentaire audio de la part de Kümel, un reportage sur Welles durant le tournage et des entrevues avec l'actrice Susan Hampshire. Le deuxième disque contient la version du film présenté à Cannes, une longue interview (74 minutes) avec Kümel où il discute de sa carrière, un reportage sur l'écrivain Jean Ray et une bande-annonce du film.
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