Mama

MAMA

2013

RÉALISATION: Andrés Muschietti
SCÉNARIO: Andrés Muschietti, Barbara Muschietti et Neil Cross
AVEC: Jessica Chastain, Nikolaj Coster-Waldau, Isabelle Nélisse, Megan Charpentier et Daniel Kash

Mama n’avait pas encore commencé à défiler devant mes yeux que ce premier film du réalisateur Andrés Muschietti avait déjà accumulé deux prises contre lui. Primo, quel obscur personnage exigerait à cette sublime rousse qu’est Jessica Chastain de commettre l’ignominie de se teindre les cheveux en noirs? Secundo, le long métrage a été produit par nul autre que Guillermo Del Toro, un homme à qui j’ai cessé de faire confiance depuis ce film complètement futile que fut le remake de Don’t be Afraid of the Dark. Certes, Del Toro est empli de bonnes intentions lorsqu’il veut s’improviser pape du cinéma fantastique et épauler de jeunes réalisateurs qui tentent de percer dans le domaine. Plusieurs de ses productions sont d’ailleurs plus qu’excellentes, pensons ici à The Orphanage, Julia’s Eyes ou encore à Splice. Avais-je ainsi raison de m’en faire de la sorte? Mama, originalement un court-métrage de trois minutes, ne doit sa métamorphose en long hollywoodien qu’à l’influence du réalisateur de Pan’s Labyrinth. Et si vous voulez mon avis, mieux aurait valu que l’homme y pense à deux fois avant de mettre son grain de sel dans cette production!

À l’occasion du crash économique de 2008, certains riches spéculateurs boursiers ont tout perdu. C’est le cas de Jeffrey, qui ne prend pas particulièrement bien la nouvelle. Renversé, il va abattre sa femme et ses deux collègues. Tandis que Jeffrey emmène ses deux filles vers une destination X pour mettre fin à leurs jours, il est victime d’un terrible accident de voiture au cœur de la forêt, accident qui l’entraînera à se réfugier avec les enfants dans une cabane délabrée. Alors qu’il s’apprête malgré tout à commettre son sombre dessein, l’homme sera interrompu par une créature qui lui brise la nuque. Ce « monstre », Mama, va prendre les deux gamines sous son aile et les élever à sa façon, au cœur des bois.

Quelques années plus tard, des hommes engagés par le frère de Jeffrey, Lucas, vont retrouver les enfants. Elles n’ont plus grand-chose de civilisé, particulièrement dans le cas de la plus jeune, ayant appris à se comporter comme des bêtes. Épaulé d’un psychiatre très intéressé par le cas des petites filles, Lucas se verra offrir gratuitement une vaste maison de banlieue où il pourra prendre ses nièces sous son aile en compagnie de sa copine, Annabel. Cette dernière est à des lieues de la mère de famille typique. En fait, elle n’accepte sa situation que pour faire plaisir à Lucas. Cependant, les choses se corseront bientôt, alors qu’il deviendra évident que les gamines ont ramené autre chose de la forêt que leurs multiples traumatismes… En effet, Mama veille sur elles de très près et n’est pas particulièrement encline à partager ses petites protégées.

Mama bénéficie d’une prémisse qui, bien qu’un peu stupide et demandant d’ores et déjà à l’audience de mettre en veilleuse sa rationalité acérée, a l’originalité comme qualité. Pourtant américain, le film adhère au modèle promulgué par les canons hispaniques du film d’horreur, tenant autant de la fable fantastique que de l’histoire d’épouvante classique. Classique est d’ailleurs un mot à l’ordre du jour puisque l’on comprendra bientôt que Mama mise sur une histoire que l’on a déjà entendue mille fois, bourrée de personnages mal développés et peinant à faire frissonner celui qui en a déjà vu d’autres. Plus je vieillis, plus je suis familier aux structures du cinéma d’épouvante et moins je suis enthousiasmé par une histoire qui revêt des allures d’accessoire, ne servant que de prétexte à l’élaboration de quelques scènes à frissons (ici complètement inefficaces). Tant qu’à avoir quelque chose à raconter, aussi bien s’y atteler avec plus de fermeté que dans le cas de Mama et tenter d’offrir de la profondeur à son scénario!

Car bien que proposant certains aspects narratifs surfaits (le premier podium revient ici à l’opposition entre les croyances des enfants, nullement prises au sérieux par les adultes, et celles d’un psychiatre émérite), Mama aurait tout de même pu s’en sortir à bon compte. Le film jouissait d’assez de matériel original pour produire une œuvre agréable à regarder du début à la fin! Cependant, la progression narrative est boiteuse. Il faut citer en priorité la sous-intrigue complètement inutile mettant en scène le psychiatre des gamines, des flash-backs qui nous apparaissent de façon complètement gratuite et le sort ma foi bien étrange réservé par les scénaristes au personnage de Lucas (incarné par le même acteur que son frère, Jeffrey), dont je me suis demandé plus d’une fois à quoi servait sa présence dans le film. Malheureusement, pour chaque élément de scénario inventif, Mama nous sert deux archétypes rouillés du film de fantômes.

De plus, les quelques qualités qui se dégagent du film sont souvent éméchées par l’un de ses multiples défauts. Pour chaque moment de l’œuvre où l’inventivité visuelle de Muschietti transparaît, des effets CGIs de piètre qualité nous sortent brutalement du bain dans lequel le cinéaste tente de nous immerger. L’une des bonnes scènes présentes dans le film est en fait, plan par plan, le court-métrage à la source de Mama. Les effets spéciaux sont pourtant plus convaincants dans la première version, disponible sur youtube! La présence de Jessica Chastain, lauréate dimanche dernier du Golden Globe de meilleure actrice pour son rôle dans le film Zero Dark Thirty et pressentie aux Oscars pour cette même performance, est assurément un plus. Chastain excelle dans chacune des scènes où elle est présente, donnant un semblant de vie à ce personnage complètement ridicule dont elle revêt la peau, un type cast agaçant que l’on espère ne plus jamais revoir au cinéma chaque fois que l’on en croise un. Drôle de contradiction, n’est-ce pas? Mentionnons aussi la bonne performance livrée par les deux jeunes filles présentes dans le film, notamment la jeune québécoise Isabelle Nélisse. On donnera à Mama quelques bons points, spécialement une finale bien menée (et surprenante!), une scène en vue subjective très amusante ainsi qu’un drôle de placement de produit…

Finalement, Mama ne parviendra pas à chasser cette mauvaise impression que j’éprouvais dès le départ à son égard. Il s’agit d’un film inoffensif, aux personnages et aux enjeux ennuyeux ainsi qu’aux scènes d’épouvante typées et peu convaincantes. Difficile toutefois de détester complètement cette production, qui est dotée d’un casting de qualité et qui est menée de telle façon par son réalisateur que l’on ressent tout de même le désir (malheureusement pas accompli) de livrer un bon film. Mama est à ranger dans le bac de l’indifférence, aux côtés de tous ces films aux bonnes intentions qui n’ont toutefois pas su renouveler le genre avec assez d’aplomb pour marquer les esprits.

  • Marc-Antoine Labonté

  • Don’t be Afraid of the Dark (2011)
    Dark Water (2002)

     

     
     


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