THE MIDNIGHT MEAT TRAIN

2008

RÉALISATION: Ryuhei Kitamura
SCÉNARIO: Jeff Buhler, Clive Barker
AVEC: Bradley Cooper, Leslie Bibb, Brooke Shields, Vinnie Jones et Roger Bart

Depuis les premières nouvelles concernant sa production, The Midnight Meat Train a bénéficié d’un suivi notable auprès des amateurs de cinéma d’horreur. C’est qu’en plus d’être l’adaptation d’une des nouvelles les plus populaires du légendaire Clive Barker, la machine à rumeurs s’est rapidement emparée de ce film. Tentons de résumer. Le film reposait d’abord entre les mains de Patrick Tatopoulos (responsable des effets spéciaux sur Silent Hill, notamment), mais c’est finalement Ryuhei Kitamura (Versus, Azumi) qui s’est emparé du projet. Ensuite, il y a eu plusieurs délais de sortie, des pressions pour que le titre soit modifié, des possibilités que le film ne soit plus présenté en salle… Bref, les maladresses dans la mise en marché du film se sont injustement accumulées dues à des problèmes internes chez les studios Lions Gate. Alors qu’en reste-t-il de The Midnight Meat Train une fois la poussière retombée ?

Le jeune photographe new-yorkais Leon Kauffman se trouve dans une bonne période de sa vie. Il gagne un bon salaire en entretenant sa passion pour la photographie « urbaine » et file le parfait bonheur avec sa copine du moment. Mais soudainement, Leon rencontre un défi de taille dans sa carrière. Une opportunité de travailler pour l’une des plus grandes icônes de l’art à New York s’offre à lui. Seulement, la dame en question fait montre d’une exigence démesurée envers les nouveaux venus. Ses critiques auront pour effet de pousser Leon à s’engager dans des situations de plus en plus périlleuses pour obtenir ses clichés. Au fil de ses missions nocturnes, le jeune homme croisera à maintes reprises un passager de métro des plus étranges. Habillé d’un complet, cet homme de fort gabarit patiente plusieurs heures d'affilée à attendre le dernier métro de la soirée. Le soupçonnant d’un récent meurtre survenu dans le métro, Leon décidera de le suivre pour tenter de percer son mystère. Mais le jeu du chat et de la souris se retournera tôt contre Leon et ce dernier se devra de rester constamment sur ses gardes. Car le grand et gros monsieur du métro n’entend pas rire du tout.

The Midnight Meat Train s’amène comme une légère brise pour soulager les plaies de l’amateur d’horreur qui n’en peut plus d’encaisser les remakes et les suites inutiles qu’on lui sert depuis trop longtemps. Ce n’est pourtant pas que The Midnight Meat Train offre une histoire vraiment originale. Non. En fait, c’est surtout que le film s’en tient à réunir les bons vieux ingrédients qui permettent d’obtenir un film d’horreur divertissant au bout du compte, et ce, malgré son gros budget. Tout d’abord, le vilain du film - un boucher dans la journée, un passager de métro pas comme les autres le soir - est suffisamment énigmatique pour qu’on se réjouisse d’être à ses trousses pour la durée du film. Par ses manières absolument glaciales, on a ici un boogeyman aussi détestable que comique. Sa présence à l’écran marque les temps forts du long métrage, le réalisateur s’assurant toujours que ses apparitions soient brèves mais percutantes. Au fil du temps, Ryuhei Kitamura conditionne le spectateur à balayer ses yeux vers les moindres recoins de l’image afin de repérer tout signe du colosse. Le cinéaste fait également bon usage du principale emplacement de tournage du film, à savoir, les wagons de métro. La vitesse, la froideur et le sentiment d’insécurité que l’on y ressent habituellement sont ici brillamment appuyés par la réalisation. Enfin, le film possède une solide ambiance agrémentée de quelques touches d’humour bien dosé, une photographie hors pair et une trame sonore des plus efficaces. Les acteurs sont la plupart du temps convaincants. Bradley Cooper (Leon) sait rendre son personnage attachant et Vinnie Jones est excellent dans son rôle du boucher.

Il faut aussi souligner que l’aspect slasher de The Midnight Meat Train est définitivement réussi. Les poursuites sont haletantes et les scènes de meurtres sont orchestrées de façon très rafraîchissante. Précisons que tout en demeurant réaliste, Kitamura adopte une approche assez ludique par rapport aux scènes de violence. Alors que les coups de marteau à viande fusent de toutes parts, la caméra prend littéralement part à l’action et y impose son rythme. Lors de ces scènes, Kitamura affectionne les angles inusités et les mouvements soudains et déstabilisants. Son style n’est pas sans rappeler celui qu’il empruntait dans Versus. Quoique certains effets gore en CGI puissent parfois agacer, les dommages infligés sont généralement montrés sans aucune gêne. The Midnight Meat Train n’est pas tout à fait un bain de sang, mais contient plusieurs agréables surprises dans ce domaine.

Là où The Midnight Meat Train perd par contre un peu de son charme, c’est dans le développement de l’enquête de Leon. En effet, même si l’on parvient à comprendre sans problème son intuition de départ qui l’entraîne à poursuivre le boucher, il reste que sa folie se manifeste trop brusquement. Dans un même ordre d’idée, sa blonde, qui jusque-là trouvait l’obsession de Leon déraisonnable, finit par se lancer un peu trop facilement dans cette histoire. Rajoutons aussi que la partie la plus représentative de l’univers Clive Barker survient un peu trop tardivement dans le film (on aurait certainement voulu en voir davantage). On croirait qu’elle ait été simplement greffée d’urgence au reste du récit. Néanmoins, l’équilibre préservé tout au long du film entre le monde réel et le fantastique est intéressant. Le résultat final est loin d’être catastrophique. Autrement, Kitamura peut donner l’impression d’en mettre un peu trop plein la vue dans les derniers droits du film. Sa réalisation devient étourdissante et tend parfois à freiner le cours de l’action inutilement.

The Midnight Meat Train s’avère plutôt efficace dans l’ensemble. Il s’agit d’un film sans grandes prétentions, qui évite de faire dans la dentelle et qui se concentre à livrer l’essentiel au lieu de tenter de réinventer le genre ou d’en déjouer les conventions. Malgré ses quelques défauts, The Midnight Meat Train possède l’esprit des bons films d’horreur des années 80 et 90. Un pas dans la bonne direction pour l’industrie du film d’horreur à gros budget.

  • Maxime Duguay

  • Jacob’s Ladder (1990)
  • Candyman (1992)

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