MYSTERY OF THE WAX MUSEUM

1933

RÉALISATION: Michael Curtiz
SCÉNARIO: Don Mullaly et Carl Erickson
AVEC: Glenda Farrell, Fay Wray, Lionel Atwill, Frank McHugh et Edwin Maxwell

Les années 1930 ont donné au cinéma de genre plusieurs de ses plus grandes icônes. Des figures intemporelles qui peuplent encore les cauchemars de générations actuelles d’enfants, ce même si ces derniers n’ont souvent pas la moindre idée de qui ces monstres sont réellement ! J’oserais affirmer que le musée de cire, même s’il s’agit d’un lieu, est l’une de ces figures emblématiques. Faisant de fréquentes apparitions dans les programmes pour enfants de ma jeunesse, il évoquait pour mon imagination fertile un lieu sombre dans lequel bien des atrocités peuvent se dérouler. Mais avant tout, le musée de cire a fait l’acquisition de sa réputation à l’aide des nombreuses fois où il a été le théâtre de sombres intrigues cinématographiques. Que ce soit avec des films tels que Chamber of Horrors (1966), les House of Wax de 1953 et 2005 ou le sympathique duo de Waxwork débarqué sur nos écrans en 1988 et 1992, il s’est imposé comme un lieu de cauchemar, préservant des statues au réalisme tel qu’on peut se permettre de s’interroger sur leur nature… Aujourd’hui, je retourne là où tout le mythe a débuté. C'est-à-dire, avec le film culte de 1933 qu’est Mystery of the Wax Museum.

Le sculpteur Ivan Igor est un artiste de grande renommée, reconnu pour insuffler un extrême réalisme aux statues de cire qu’il crée dans son petit atelier de Londres. Malheureusement, son associé, un sombre type du nom de Worth, ne le voit pas du même œil. Contre la volonté d’Igor, il met feu au musée pour toucher une prime d’assurance intéressante. L’artiste et ses créations disparaîtront eux aussi dans le brasier. Douze ans plus tard, on le retrouve cependant, confiné à un fauteuil roulant mais bien vivant. Et c’est ainsi qu’il tente, avec quelques apprentis, de recréer ses œuvres autrefois perdues. Sa nouvelle collection se retrouvera rapidement dans l’œil d’une jeune et entreprenante journaliste, Florence, qui enquête sur la mystérieuse disparition de certains cadavres à la morgue du compté. Elle devra rapidement découvrir la vérité puisqu’Ivan a dans l’œil Charlotte, la belle colocataire de Florence, qu’il voit comme la réincarnation du bijou de sa collection…

Bien qu’il possède plusieurs similitudes avec ceux d’autres classiques horrifiques de son époque, j’ai trouvé le scénario du film de Michael Curtiz extrêmement bien ficelé. De plus, un peu à l’instar du Frankenstein de James Whale, les thématiques qu’il aborde sont très actuelles pour l’époque. Le classique susnommé a d’ailleurs en commun avec Mystery of the Wax Museum l’idée de la manipulation des défunts. Présentant une protagoniste principale qui incarne avec une efficacité désarmante la femme forte caractérisée par la montée du féminisme, notre film évite habilement de tomber dans l’intrigue théâtrale plus typée. Malgré tout, il ramène aussi ultimement vers une terreur beaucoup plus intime, un peu à la manière des dénouements de grands films d’épouvante comme Dracula, Frankenstein ou The Wolfman. Mystery of the Wax Museum est une histoire de vengeance et de folie efficace et effrayante, qui fait très bien se succéder à l’écran les plus noirs desseins et sentiments.

L’un des points mémorables du casting présent sur le plateau de ce film est l’actrice Fay Wray (King Kong), l’une des Scream Queens les plus respectées de l’histoire du cinéma. Bien qu’elle n’en ait pas le rôle principal, sa présence ajoute un cachet au film, tant du point de vue commercial que de la qualité générale. La finale, alors qu’elle est attaquée par Igor, est brillante. Lionel Atwill incarne avec une fougue hors du commun un personnage tourmenté et mentalement atteint. Il est d’ailleurs beaucoup plus convaincant que Vincent Price en personne, dans le remake ultérieur ! De plus, l’histoire n’aurait jamais le même impact sans le personnage de Glenda Farrell, qui incarne une Florence fonceuse, pétillante et qui n’a pas la langue dans sa poche. Une performance très maîtrisée qui est un atout de plus pour le film.

Tourné en Technicolor (l’image était en rose et en bleu à l’époque de sortie. Bien entendu, le transfert DVD a vu le film paraître dans toute la gamme des couleurs pour la première fois), Mystery of the Wax Museum bénéficie d’une cinématographie de grande qualité. À l’époque, il s’agissait assurément d’un chef de file en la matière. La mise en scène et le style visuel de Curtiz sont particulièrement intéressants. On remarque d’ailleurs dans son film certaines influences esthétiques semblables à ce qui se sera fait en Allemagne dans les années 20, particulièrement chez le Das Cabinet des Dr. Caligari de Robert Wiene. Les décors sont sombres et riches, tels le musée de cire angoissant et très réussi. Le film propage une ambiance morbide malgré le fait qu’il ne soit pas en noir et blanc, ce qui est tout à l’honneur de Curtiz, pionnier du cinéma d’horreur en couleur. Si l’épouvante de la situation se dévoile graduellement à l’aide d’un script dense et bien bâti, le déroulement de Mystery of the Wax Museum est malsain du début à la fin. Une finale qui est d’ailleurs bien poignante, offrant au spectateur son revirement (tout de même assez convenu, près de 80 ans après) ainsi qu’un excellent affrontement donnant à la cire un rôle crucial.

Définitivement, Mystery of the Wax Museum est un film culte, et il mérite entièrement son statut. À présent, je comprends bien pourquoi il aura entraîné un tel mythe dans son sillage. C’est dommage qu’il se perde lentement à-travers les décennies de nouveaux films. Il s’agit pourtant d’un must, qui devrait figurer dans la culture (et la collection) de tout amateur de films d’horreur qui se respecte. À découvrir, si ce n’est pas fait !

  • Marc-Antoine Labonté


  • • Masques de Cire (Titre français)

     

    • House of Wax (1953)
    House of Wax (2005)

     

    Frankenstein (1931)
    • The Black Widow (1947)

     

     
     


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