NAILS

2003

RÉALISATION: Andrey Iskanov
SCÉNARIO: Andrey Iskanov
AVEC: Alexander Shevchenko, Svyatoslav Iliyasov, Andrey Iskanov, Irina Nikitina et Alexandra Batrumova

L’ex-URSS était une grande référence pour le cinéma européen. État communiste, l’industrie cinématographique y était par conséquent nationalisé et ultra-censuré. Il n’est donc pas surprenant que le cinéma horrifique n’ait jamais fait figure en ex-URSS. Depuis la tombée du communisme en 1991, l’économie russe a dû se ré-adapter, délaissant le cinéma et ne laissant toujours pas de chance à l’horreur. Depuis cette période, quelques rares réalisateurs ont pu tenter leur chance, malgré l’impopularité du genre en Russie (les films d’horreur russes se comptent sur les doigts de la main). Andrey Iskanov (Visions Of Suffering), avec deux films d’horreur surréalistes sous la ceinture, fait partie des quelques élus.

Un tueur professionnel travaillant pour le compte du gouvernement commence à souffrir de visions étranges. Regrettant ses actions passées, il s’enferme dans son appartement et décide de se percer à plusieurs endroits à la tête à l’aide de clous. Plus les mutilations sont profondes et violentes, plus il est victime d’hallucinations étranges et troublantes. C’est ainsi qu’il devra confronter ses démons intérieurs…

Film d’horreur surréaliste expérimental, Nails ressemble à un mélange entre Eraserhead, le court-métrage québécois Purgatory avec un soupçon de Pink Floyd The Wall… tout cela sur l’acide!! Andrey Iskanov n’a pas le talent et l’assurance d’un David Lynch ou d’un Alan Parker et Nails s’avère beaucoup moins réussi que les films mentionnés ci-haut. Ce genre de cinéma est souvent boudé par le grand public qui n’y voit que des successions d’images sans réel but ou signification. Nails a beau contenir plusieurs métaphores masquées, ce métrage semble surtout être une excuse pour enligner le plus d’effets visuels épileptiques possible dans un montage incongru et non-linéaire. Le réalisateur met de côté la subtilité et décide d’en mettre le plus possible, donnant un surréalisme aléatoire et trop poussé, quitte à devoir rendre le film incohérent.

L’un des éléments nuisible de Nails est sa manie d’employer différents styles cinématographiques ne concordant pas nécessairement bien ensemble. Au lieu d’habilement mélanger les genres, ceux-ci se succèdent l’un après l’autre sans que l’on puisse bien en apprécier un en particulier. Le style qui est de loin le plus intéressant est lorsque le réalisateur opte pour un ton expressionniste avec une image en noir et blanc. Dommage qu’après quelques minutes, des couleurs apparaissent et que celles-ci fassent mal aux yeux! Autant le noir et blanc donne une qualité d’image resplendissante, autant les couleurs rendent la pellicule granuleuse. Aussi, le peu de dialogue que contient le film aurait pu aider à fortifier l’ambiance sombre du film, mais il ne fait que rendre le visionnement plus long et pénible encore.

Malgré tout cela, Nails possède une ambiance intéressante qui pourrait en marquer plusieurs. Certaines images sont d’ailleurs quelque peu troublantes. Les effets spéciaux aident aussi à rendre les scènes de mutilations intenses. À ce propos, les scènes des clous dans la tête sont à voir absolument! Aussi, je ne sais pas quelle drogue provoque les mêmes sensations que ce film, mais je ne veux vraiment pas l’essayer! Ceci est tout de même une bonne qualité pour un film du genre, bien que dans ce cas-ci, cela s’applique sur une courte durée seulement.

Finalement, malgré ses soixante minutes, Nails est un bon exemple de long-métrage qui aurait beaucoup mieux servis le format de court-métrage. Dommage car l’idée de base est très bonne, mais mal exploitée. Ceci risque néanmoins de plaire à quelques fans de cinéma psychédélique et glauque.

  • William Le Blanc

  • Gvozdi (Titre original/Russie)

  • Eraserhead (1977)
  • Purgatory (2006)

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