NECROMENTIA
2009
RÉALISATION: Pearry Teo
SCÉNARIO: Stephanie Joyce et Pearry Teo
AVEC: Layton Matthews, Chad Grimes, Santiago Craig, Zelieann Rivera et Cole Braxton
Avec Necromentia, le réalisateur américain d’origine asiatique Pearry Reginald Teo (The Gene Generation) signe son deuxième long métrage. Bien épaulé par l’acteur Chad Grimes dans le rôle principal, Teo a dû composer avec un budget d’épluchette de blés d’inde afin de mettre sur pied son ambitieux projet.
L’endos de la jaquette DVD de Necromentia annonce un film excessivement brutal avec des images d’auto mutilation, de torture et d’abominable démon. Ce type de tape à l’œil pour débutant mène généralement tout droit à une déception anticipée mais quelques rares fois, s’avère sincère. C’est avec joie que j’ai découvert que Necromentia n’est pas un vulgaire produit commercial pour adolescents mais un vrai film d’horreur pur et dur, comme il ne s’en fait plus beaucoup.
Elizabeth est morte. Étant certain qu’elle lui reviendra, son copain Hagen continu de la traiter comme sa conjointe. Il la console, lui prodigue les soins corporels nécessaires à sa conservation et lui offre la même "affection" que lorsqu’elle était encore en vie. Quand deux individus à l’allure de bandits apostrophent Hagen un soir, lui demandant s’il souhaite que sa chère Elizabeth revienne à la vie, le nécrophile au cœur tendre n’a d’autre choix que de dire oui. Le bandit qui semble le plus intéressé dans cette étrange réanimation se nomme Travis. Alors que Travis s’affaire à taillader des symboles similaires à ceux d’une table de Ouija sur le dos d’Hagen afin de l’expédier outre monde, le pauvre Hagen se retrouve prisonnier du "couloir de l’enfer".
Progressivement, nous découvrons que Travis planifiait son satanique dessein depuis longtemps. Ayant lui-même voyagé dans l’antre de l’enfer suite au suicide de son jeune frère handicapé, il fit la rencontre d’un démon nommé Mobius, avec lequel il passa un arrangement selon lequel il pourrait revoir son frère à condition d’envoyer Hagen en enfer. Naïf de s’être fié à la parole d’un démon, Travis est trahi par Morbius, qui l’utilise dans l’unique but de compléter son propre plan : Revenir sur terre sous sa forme humaine. On découvre alors qu’un triangle amoureux malsain entre Elizabeth, Morbuis et Hagen serait à l’origine de toutes ces fresques sataniques.
Le scénario de Necromentia est tordu dans tous les sens du terme. Avec son histoire qui entremêle le passé, le présent, la vie et l’enfer, on doit rester éveillé pour ne pas s’y égarer. Heureusement, les fondations solides du film et l’abondance de violence graphique nous aident à garder l’intérêt nécessaire à passer au travers. Les nombreux revirements de situations - aussi efficaces que surprenants - fusent sans tomber dans le piège de la facilité ou du délire. Tous les personnages se rejoignent à un moment ou un autre du film (à la Pulp Fiction), justifiant leur existence, leurs actes et leurs comportements. Contrairement à ce que son titre laisse croire, Necromentia ne traite que très peu de nécrophilie.
Le film n’est pas frigide sur les effets gore et les costumes de qualité non plus. D’emblée, quand un personnage principal gagne sa vie en torturant des adeptes de sadomasochisme extrême, ça peut laisser place à de belles scènes de torture. Il y a aussi la facette « horreur fantastique » qui joue un rôle important dans le déroulement du film. Les démons qui résident dans le corridor de l’enfer sont spectaculaires (l’un d’eux en particulier) et à peu près rien n’est laissé au hasard quant au ton lourd et sombre du film - à peu près rien sauf le corridor en question. Simplement composé d’un couloir orné de tuyaux, ce décor "infernal" aurait pu être beaucoup plus élaboré vu l’importance qui lui est accordé dans le récit. Il s’agit selon moi du seul point qui trahisse réellement le micro budget de la production.
Beaucoup de critiques ont comparé ce film à une histoire que Clive Barker aurait pu écrire et après l’avoir visionné, ça me semble tout à fait justifié. En commencant par la ressemblance flagrante entre le démon le mieux réussi et l’un des Cenobites d’Hellraiser, en passant par le ton et le thème démonologique de l’histoire, le tout est en effet très "Clive Barker-esque" mais s’en sort aisément avec sa propre identité. De plus, il n’y a pas d’humour inutile (sauf peut-être durant la comptine douteuse incitant au suicide, interprétée par un obèse arborant un masque de porc sanguinaire), de musique pop-rock et de beaux jeunes adultes dans Necromentia, ce qui contribue certainement à sa crédibilité. On parle aussi d’une ressemble avec Saw qui m’apparaît moins évidente, si ce n’est que dans l’esthétisme et quelques éléments de torture.
Bien que l’on ressente quelques lacunes en cours de visionnement (surtout liées au budget vs. la complexité du scénario), Necromentia est un effort impressionnant de la part du jeune cinéaste Pearry Teo. Il s’agit d’un film sombre, diabolique et très graphique - bref, un vrai film d’horreur.



• Hellraiser (1987)
• The Midnight Meat Train (2008)
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