NEVERLOST

2010

RÉALISATION: Chad Archibald
SCÉNARIO: Chad Archibald
AVEC: Emily Alatalo, Paige Albrecht, Ryan Barrett et Jennifer Polansky

Présenté par le festival FanTasia comme « l’un des films de genre canadiens les mieux écrits et réalisés depuis Cube de Vincenzo Natali », Neverlost avait tout du charmant petit film indépendant remplit de belles intentions. C’est forcément avec l’espoir d’être agréablement servi qu’on a assisté à sa première mondiale.

La vie de Josh s’effrite. Scénariste en manque d’inspiration, il passe ses journées à errer nonchalamment dans son appartement décrépit. Sa femme ne l’aide en rien à se rétablir, puisqu’elle le trompe avec un autre homme et le fustige constamment sans raison. Josh ne dort pratiquement plus et cherche des solutions pour sortir de son marasme professionnel et personnel. Comme par magie, le jeune homme éprouve un soudain regain d’optimisme lorsqu’un médecin lui prescrit des somnifères. Coincé temporairement dans un état de rêve éveillé sous l’effet des pilules, il peut alors revisiter ses souvenirs et revivre les si tendres moments qu’il partageait avec son ex-femme, elle qui est décédée dans des circonstances tragiques quelques années plus tôt. Rapidement, Josh devient incapable d’affronter son quotidien morose. Il consomme des doses de plus en plus importantes de somnifères pour se réfugier dans ses fantasmes idylliques. Peu à peu, des éléments insoupçonnés et inquiétants surgiront de ses rêveries et il ne sera plus en mesure de tracer une limite entre ses fabulations et la réalité.

À lire son synopsis, Neverlost laisse présager un potentiel dramatique certain. Après tout, qui n’a jamais senti la nostalgie s’emparer de lui en regardant la photo d’un ancien être aimé? Qui n’a jamais réfléchi à ce qui serait advenu si tel événement n’avait pas eu lieu ou si telle fameuse soirée s’était déroulée différemment? Qui n’a pas atteint un stade où il s’est dit que le temps ne serait jamais aussi bon qu’avant? C’est ce genre de remise en question propre au monde adulte que Chad Archibald essaie d’explorer dans son premier long métrage. À notre grande déception toutefois, Neverlost ne réussit jamais à prendre son envol. Même qu’il se traîne les pieds au sol la plupart du temps et qu’il se perd finalement en chemin.

Sorte de croisement entre The Butterfly Effect et un quelconque casse-tête à la David Lynch, l’intrigue de Neverlost n’amène rien de nouveau dans le rayon des films aux temporalités enchevêtrées. Le premier quart laisse pourtant anticiper une oeuvre qui se démarque à sa façon. Malgré le manque de naturel flagrant des acteurs et le peu de moyens de la production, on peut constater une certaine originalité dans le ton, un désir pour le réalisateur de se mettre de connivence avec le spectateur dès le départ. Les passages dans lesquels Josh confie ses états d’âme en voix off, alors qu’on nous montre aussitôt en images ce que celui-ci s’imagine littéralement, font sourire et permettent d’établir un lien de sympathie avec le protagoniste. Le dévoilement des premières pièces de l’intrigue nous garde aussi curieux de connaître la suite. Il faut aussi dire que la femme de Josh ne donne pas sa place en tant que bitch de première classe et que ce dernier fait terriblement pitié dans sa condition. Leur guerre s’annonce sans merci. On repassera pour un portrait réaliste de couple, mais en revanche les ressources comiques du film sautent aux yeux.

C’est lorsque Neverlost tente de se transformer en thriller psychologique que notre expérience de visionnement se change progressivement en un lent supplice. Les tentatives d’Archibald de mêler le vrai du faux transparaissent alors à des kilomètres à la ronde et son scénario inutilement explicatif mine ses chances de forger un suspense valable. Le récit emprunte beaucoup trop de détours sans jamais nous mener à des pistes satisfaisantes. Pour appuyer les nombreuses lacunes scénaristiques, la réalisation donne dans la facilité et le déjà vu. Dans la vie éveillée de Josh, les lieux sont ternes, la caméra insiste sur le mal-être du personnage. Dans les interminables scènes de rêves, les lieux sont immaculés de lumière, les visages resplendissent, la musique est mielleuse. Vous connaissez la chanson autant que nous sans avoir vu le film. Cette opposition esthétique, sans être subtile, aurait très bien pu fonctionner dans les mains d’un réalisateur d’expérience. Mais Archibald se contente de dépeindre ces deux univers sans la moindre subtilité et ne parvient pas à leur fournir un semblant de crédibilité.

Pour rendre l’ensemble encore un peu plus pénible, une morale manichéenne finit par se pointer le bout du nez au sein de l’intrigue. Et si on comprend ce qu’Archibald a essayé d’exprimer, son approche demeure tant maladroite qu’on refuse malgré nous d’être touché par son histoire. Sa fable sirupeuse portant sur le destin a de quoi vous étamper une grimace au visage pour longtemps. Le dernier droit du film nous oblige même à échapper quelques rires nerveux tellement tout le malaise qu’on a accumulé durant la projection atteint un point culminant. Techniquement, Neverlost s’avère défaillant à plus d’un niveau. Son montage flasque et répétitif ne fait qu’accentuer ses faiblesses. Aussi, la direction photo manque indéniablement de mordant. Enfin, l’aspect sonore du film est des plus négligés – du moins, de ce qu’on peut en juger d’après la version projetée à FanTasia. Absence improbable de sons à plusieurs endroits, coupures soudaines dans l’ambiance sonore, volume inconstant… Il serait impardonnable qu’Archibald ne règle pas ces erreurs élémentaires d’ici la sortie officielle du film.

Neverlost souffre de déficiences profondes. Un film amateur plus chiant qu’angoissant, risible plutôt que drôle. Meilleure chance la prochaine fois.

  • Maxime Duguay

  • The Dark Hours (2005)
    • Inland Empire (2006)

     

     
     


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