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WES CRAVEN'S NEW NIGHTMARE
1994
RÉALISATION: Wes Craven
SCÉNARIO: Wes Craven
AVEC: Heather Langenkamp, Robert Englund, Miko Hughes, David Newsome, Wes Craven
Nous sommes au début des années 90. Vous vous trouvez dans une pièce sombre. Devant vous, un homme qui semble complètement atterré. Vous ne pouvez voir grand chose dans la pénombre, ne serait-ce que le verre de triple sec qu’il a en main. Il s’agit en fait de Wes Craven, réalisateur célèbre. L’histoire de Wes est si triste qu’elle vous fera tous fondre en larmes. L’homme est entré dans l’industrie du cinéma d’horreur avec le cœur au ventre. Il avait une passion, et ça paraissait. Il a chamboulé l’Amérique puritaine avec des projets comme The Last House on the Left et The Hills Have Eyes, puis a donné naissance à un personnage dont l’ampleur à venir le dépassait assurément : Freddy Krueger. Il est alors arrivé la pire chose possible à Wes. On l’a confiné au genre horrifique, lui refusant des budgets pour qu’il réalise autre chose. Alors que l’homme voulait s’extérioriser, filmer des œuvres complètement différentes, on l’a castré.
Que faire, alors, lorsque nous sommes piégés à même notre réputation, condamnés à garder cette étiquette de roi de l’horreur à jamais ? Wes s’est vendu à la seule chose qu’il pouvait lui rester : le cynisme. Aujourd’hui encore, il se moque ouvertement du genre qui l’a rendu célèbre, avec des thématiques aussi diverses que celles de la quasi-quadrilogie Scream, de Vampire in Brooklyn ou de Cursed. Sa première victime ? Elle date de 1994. Et ce n’est pas n’importe qui : Il s’agit de sa plus grande création, Freddy…
Pour ceux qui ne l’auraient pas compris, Wes Craven's New Nightmare est une mise en abîme. Freddy y est initialement présenté comme le personnage de fiction qu’il est à nos yeux. Heather Langenkamp, Wes Craven, Robert Englund et bien d’autres y jouent leurs propres rôles. Heather Langenkamp, donc, vit sobrement à Hollywood. À l’exception de ses deux rôles dans la série A Nightmare on Elm Street, sa carrière n’a jamais réellement connu d’envol. Elle s’en satisfait plutôt bien, élevant son fils, Dylan, tandis que son mari officie comme concepteur d’effets spéciaux sur divers plateaux de tournage. Seulement, depuis deux mois, Heather est harcelée par un mystérieux maniaque, et témoin de plusieurs événements étranges. Parallèlement à cela, les créateurs de Freddy tentent de la faire revenir dans un ultime épisode, que Wes Craven écrirait dans le plus grand des secrets. Cela ne lui tente pas particulièrement. Elle est maintenant à charge d’un enfant, et la majorité des concepteurs semblent dissimuler quelque chose qu’elle ne sait pas… Chose qui la rattrapera bientôt, alors qu’elle constate que Freddy Krueger tente de pénétrer notre réalité, et que pour cela, il doit se débarrasser d’elle…
Assurément, Wes Craven regrette d’avoir cédé les droits de sa saga aux studios, et il le gueule haut et fort avec cet épisode hors série qui vient remettre les pendules à l’heure. Quoi de mieux que le dixième anniversaire de Freddy pour entreprendre une telle démarche ? Les perches sont partout : Une réplique du film affirmant clairement que Craven se sent forcé par l’industrie à continuer dans la veine horrifique malgré un manque d’idées profond, un chauffeur de taxi qui mentionne que Freddy’s Dead n’est pas exactement un bon film (là-dessus, je suis bien d’accord !) ainsi que plusieurs touches du personnage de Wes Craven, comme cette insinuation abracadabrante sur le comment du pourquoi Freddy pénètre notre univers, ou le sarcasme présent dans la notice finale, qui m’a fait exploser de rire. Et je ne mentionne pas tout. Craven s’attaque violemment à toutes les déformations de son produit original. Il déteste ce que Freddy est devenu, cela est clair. Il s’agit peut-être, dans la foulée, du seul véritable point négatif de cette œuvre. À trop vouloir en faire dans ce sens, il s’éloigne quelque peu de ce que le fan moyen peut attendre de lui. Il faut tout de même lui donner qu’avec le temps, il maîtrisera bien mieux ce cynisme, livrant un Scream qui demeure le film par excellence de plusieurs amateurs.
Sans doute une question vous taraude-t-elle l’esprit : sauf les règlements de comptes de Wes Craven, ce nouvel opus en vaut-il la peine ? Vous serez fort aise d’apprendre que oui. Il s’agit autant d’un retour vers les bases de la série qu’un chapitre qui apporte son lot d’innovations. Les apparitions de Freddy sont très sporadiques, et son attitude ramène beaucoup vers le film original. J’ai retrouvé avec joie ses bons vieux airs de vieillard vicelard. Les allusions douteuses et le large manteau noir sont inclus dans le forfait! La mise en scène est beaucoup plus sombre et violente que dans les films précédants. Enfin, voici un produit destiné aux adultes, jouant plutôt d’ironie lorsqu’il désire faire rigoler son spectateur. Tout cela se déroule dans une ambiance globale beaucoup plus sobre, qui ne pousse pas la note jusqu’à ce que l’on s’en étouffe. Il faut dire que le film est tout sauf un Slasher, à l’instar de Freddy’s Revenge. De plus, il va carrément rappeler The Exorcist dans une part de son approche, comme c’était le cas, à mon avis, pour le film original. Le déroulement se fait très lentement, pour déboucher sur une fin excellente. L’univers de l’héroïne bascule dans la pure fiction, et l’affrontement qui s’ensuit est superbe.
Bien entendu, le casting présent sur ce New Nightmare est une espèce de best of, ramenant les grandes figures et introduisant Wes Craven lui-même dans la saga ! Ajoutez à cela l’un de ces bons vieux gamins hypersensibles en la personne du sympathique Miko Hughes, et vous obtenez quelque chose d’intéressant ! Freddy change de visage, troquant allure émaciée et faciès idiot pour quelque chose de beaucoup plus convaincant. Jamais il n’aura été aussi effrayant. Les effets spéciaux sont superbes, et ramènent vers une belle subtilité, caractéristique au film original. Nul besoin de trop en faire, semble nous affirmer Wes. Le tout est souligné d’une bande sonore délicieuse, particulièrement pour ce qui est du morceau final.
Définitivement, Wes Craven réussit son pari. Il débarque au cœur d’une série qui avait très mal tournée suite à la trilogie originale, et la redresse d’un solide coup de pied. Il est difficile d’éviter tout le cynisme présent dans cette œuvre, cynisme qui au final est peut-être trop présent pour moi. Autrement, il s’agit d’un film très sympathique sur la plupart des points. Une première heure un peu lente déplaira peut-être à ceux qui appréciaient un Freddy qui enchaîne les gags plus vite que son ombre. On change ici complètement de ton. Dix ans après la naissance du roi de vos cauchemars, il s’agit d’une analyse incisive venant de son créateur, qui prend de plus des airs plus fantastiques qu’horrifiques.
Dix années… Il s’en sera passé, des choses ! Freddy aura régné sur le Box-office, déchaîné passions comme critiques… Puis, il aura affronté le néant. La dureté des années qui suivront, la déchéance, l’oubli… Son retour dans un versus mythique, lors de l’année 2003, aura su initier une toute nouvelle vague de gamins, moi le premier, à ses films, mais le projet prenait plutôt les allures d’hommage. Si dix années peuvent être longues, les seize qui nous séparent à présent de Wes Craven’s New Nightmare le sont aussi. C’est donc en ce jour miraculeux, marquant la sortie d’un remake qui ramène Freddy aux devants de la scène, que j’accorde ma bénédiction à la résurrection de l’un de plus grands croquemitaines que cette Terre n’ait porté.



• Le Cauchemar Insolite De Wes Craven (Version française/Québec)
• Freddy sort de la Nuit (Version française/France)


• A Nightmare On Elm Street (1984)
• A Nightmare On Elm Street 2: Freddys Revenge (1985)
• A Nightmare On Elm Street 3: Dream Warriors (1987)
• A Nightmare On Elm Street 4: The Dream Master (1988)
• A Nightmare On Elm Street 5: The Dream Child (1989)
• Freddy's Dead: The Final Nightmare (1991)
• Freddy Vs Jason (2003)
• A Nightmare On Elm Street (2010)
• Never Sleep Again: The Elm Street Legacy (2010)


• Scream (1996)
• Midnight Movie (2009)
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