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NIGHTMARE
2005
RÉALISATION:Dylan Bank
SCÉNARIO:Dylan Bank et Morgan Pehme
AVEC: Jason Scott Campbell, Nicole Roderick, Amin Joseph, Noah Weisberg et Jennifer Carta
Il est de plus en plus rare, surtout en cette ère du remake et de la parodie, que le cinéma d'horreur nous offre une œuvre complètement originale et à contre-courant des tendances populaires. Avec un titre aussi commun que Nightmare, je ne m'attendais pas à être jeté par terre en visionnant la première réalisation de Dylan Banks. J'ai non seulement été jeté par terre, mais j'ai aussi été bousculé, piétiné et giflé à maintes reprises. Je venais d'être frappé par un film coup de poing, complètement déroutant et intelligent, qui n'a pour seul défaut que son titre peu aguichant.
Un étudiant en cinéma adulé par ses pairs (Jason Scott Campbell), qu'on nommera tout simplement le Réalisateur, passe une nuit torride avec la séduisante Natalya (Nicole Roderick), une aspirante actrice. À leur réveil, une caméra sur un trépied trône devant le lit. Intrigués, ils visionnent l'enregistrement: il s'agit d'un snuff-movie dont ils sont les vedettes. Sur la vidéo, le Réalisateur, Natalya et trois autres personnes sont complètement nus, dans la même chambre où ils ont passé la nuit, mais à la place d'une orgie sexuelle, c'est à une orgie sanguinolente qu'ils sont conviés, car ils se voient en train de prendre plaisir à torturer et à tuer ces inconnus. Ces images laissent nos deux comparses confus et apeurés: ils n'ont aucun souvenir d'avoir participé à de tels actes vicieux et ils ne trouvent aucune trace de sang dans la pièce. Le jeune cinéaste doit absolument partir, il est en retard pour un de ses cours, il rejoindra Natalya en soirée pour essayer d'élucider ce mystère. Le Réalisateur doit présenter une nouvelle idée de film à sa classe, le premier synopsis ne faisant pas l'unanimité, il décide d'utiliser l'histoire qu'il vient de vivre comme pitch pour son nouveau projet. Ses confrères sont emballés. Le tournage débute peu de temps après avec un scénario incomplet, en attente du déroulement des événements entre le Réalisateur, Natalya (qui jouera aussi son propre rôle dans le film) et les fameuses vidéos qui les attendent à chaque réveil.
Après seulement quelques minutes, Nightmare, brillamment écrit par Dylan Bank et Morgan Pehme, nous tient captifs dans ses filets. Ici, pas de longs préambules inutiles, pas d'interminables mises en place du décor et des personnages; il y a à peine dix minutes d'écoulées qu'une première intrigue nous tient déjà en haleine. Comme le dit un des étudiants en cinéma dans le film à propos du pitch du Réalisateur: « c'est très David Lynch ». Nous pouvons en dire autant du scénario de Bank et Pehme qui nous ont concocté une histoire bien sombre, alambiquée et complexe, mais extrêmement bien ficelée. Pour ceux qui aiment les films faciles où ils peuvent mettre leur cerveau à off, oubliez Nightmare, car une fois embarqués dans ce cauchemar, nous devenons aussi confus et désorientés que le personnage principal et, comme lui, nous avons de la difficulté à différencier le vrai du faux, la réalité de la fiction, les fantasmes des cauchemars. L'utilisation de la mise en abyme, le film dans le film (qui devient même le film dans le film dans le film dans le film en milieu de parcours), rend le scénario encore plus complexe et intelligent, mais donne aussi une nouvelle dimension au long-métrage qui se permet au passage de faire une critique du cinéma. Le spectateur est aussi un rouage important du film et, même s'il doit utiliser fortement ses méninges, il peut se consoler en se disant que : « la fin justifie les moyens ». Les scénaristes, heureusement, pour ne pas nous rendre fous, nous surprennent avec une fin inattendue qui vient brillamment résoudre le mystère et toutes nos interrogations.
Dylan Bank, même s'il s'agit ici de son premier opus, n'a rien à envier aux réalisateurs plus chevronnés. Sa réalisation est impeccable, il réussit, avec des images aux accents de jaune, vert et rouge feutrés, à créer progressivement une lente descente vers la démence autant chez le personnage du Réalisateur que chez le spectateur. Il arrive même à créer des scènes de sexe (il y en a plusieurs) extrêmement réalistes et parfois même bestiales avec des acteurs inexpérimentés qui ont l'air plus confortables dans leur nudité que la majorité des stars hollywoodiennes. La trame sonore de Kangol, mariage simple et efficace de cordes et de piano, contribue avec brio à décupler les sentiments d'angoisse et de folie qui parcourent tout le film. Les acteurs principaux, quant à eux, sont tout simplement remarquables. Le jeu de Jason Scott Campbell, dans le rôle du Réalisateur, même lorsqu'il sombre dans un maelström de confusion et de folie, est toujours juste, intense et brillant; je me risquerais même à le comparer à Christian Bale dans American Psycho. Nicole Roderick, qui incarne la troublante Natalya, laisse toujours planer une aura de mystère autour d'elle et le très intense Amin Joseph, dans le rôle d'Omar, vient nous chercher quelques sourires. Il faudra surveiller ces trois comédiens voués à un brillant avenir et, surtout, Dylan Bank, le maître d'œuvre de cet ovni cinématographique survolté et surréaliste.
Par l'entremise de Nightmare, c'est tout le cinéma indépendant qui fait un pied de nez magistral à l'industrie hollywoodienne, en prouvant que le talent et la passion ont plus d'importance que l'argent et les artifices. Je n'ose même pas imaginer ce que les grands studios auraient pu faire s'ils avaient eu ce scénario entre leurs mains.



• American Psycho (2000)
• The Machinist (2003)
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