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A NIGHTMARE ON ELM STREET
1984
RÉALISATION: Wes Craven
SCÉNARIO: Wes Craven
AVEC: Heather Langenkamp, John Saxon, Johnny Depp, Amanda Wyss et Ronee Blakley
On a beau dire ce qu’on veut sur Wes Craven, n’empêche qu’il est un des rares réalisateurs de films d’horreur à avoir littéralement changé le visage de trois décennie d’affilée. À quoi auraient ressembler les années 70 sans le sauvage The Last House On The Left? Et qui aurait sauver le genre de sa léthargie au milieu des années 90 si Scream n’était pas sorti. La plus grande contribution de sa filmographie est sans contredit A Nightmare On Elm Street, qui a donné au cinéma d’horreur des années 80 sa mascotte officielle en la personne de Freddy Krueger. Derrière tout le tapage médiatique engendré par la série A Nightmare On Elm Street (en plus des nombreuses suites, la télésérie et les produits dérivés, Freddy a envahi les ondes de MTV à plus d’une reprise), on retrouve un concept de film d’horreur brillant trop souvent ignoré au profit de son croque-mitaine. À l’aube du remake signé Samuel Bayer, le temps est venu de redécouvrir ce classique du cinéma d’horreur contemporain.
Tina, jeune adolescente américaine, est victime d’étranges cauchemars dans lesquels un homme au visage brûlé, portant un gant muni de lames, la poursuit. Lorsqu’elle raconte son rêve à ses amis le lendemain à l’école, elle est surprise de constater qu’ils sont victimes du même genre de cauchemars, notamment sa meilleure amie, Nancy Thompson. Alors que sa mère s’absente pour quelques jours, Tina invite des amis à dormir chez elle, question de la rassurer. Lorsque Tina est tuée sauvagement au milieu de la nuit par une force invisible, Nancy est persuadé que leurs rêves communs en sont la cause. Alors que les rêves de Nancy s’intensifient et que ses amis meurent dans des circonstances nébuleuses, Nancy découvre l’identité de l’homme de ses rêves. Il s’avère que ses parents, aidés d’autres parents, ont assassiné un dénommé Fred Krueger qui avait tué plusieurs enfants du voisinage. Plusieurs années plus tard, Krueger est de retour et si elle désire survivre, Nancy devra rester éveillée.
En 1984, le cinéma d’horreur américain avait besoin d’un second souffle après avoir exploité à fond le concept du slasher avec mille et une copie bon marché d’Halloween et Friday The 13th. C’est justement ce que Craven lui a offert avec A Nightmare On Elm Street, qui s’inspire du moule psychologique derrière le croque-mitaine typique du slasher sans pour autant adhérer à la mise en forme de ce sous-genre. Les slashers (les bons !) ont souvent utilisé leur vilain comme continuité des pulsions et de la psyché des personnages. Craven a poussé l’audace en s’attaquant à la source de toute pulsion, l’inconscient, par l’entremise du rêve. C’est un concept riche, qui à défaut d’avoir été exploité à fond, sert de toile de fond à un des films d’épouvantes les plus mémorables des années 80.
Bien qu’il ait réalisé deux des films d’horreur les plus notoires des années 70, Craven a pris du temps à s’imposer comme une figure dominante auprès des dirigeants de studios, c’est pourquoi son scénario a essuyé plus d’un refus avant d’aboutir sur le bureau du producteur Robert Shaye. Il y en a plusieurs qui ont dû se mordre les doigts en voyant le produit final. A Nightmare On Elm Street réinvente le genre sans en changer les règles, c’est l’équivalent d’un home staging dans la maison de votre grand-mère! C’est la notion du réelle qui effraie dans un cauchemar et ça Craven l’a compris. Sans doute freiner par un maigre budget, Craven n’est pas tombé dans le piège de l’abondance comme les suites. Oui, la notion du rêve laisse place à des possibilités à l’infini, mais infini ne veut pas nécessairement dire n’importe quoi. Les nombreuses scènes de rêves ont le bénéfice de se mêler adéquatement avec la réalité, c’est ce qui les rend si effrayante.
Question de garder son public sur le qui-vive, Craven associe les rêves avec, bien sur, les pulsions, mais beaucoup avec la chair, élément que les suites ont beaucoup abandonné au profit du surnaturel. Par l’entremise de l’inconscient, Krueger n’affecte pas seulement l’imagination des protagonistes, mais aussi leur physique. Tel que le ferait David Cronenberg, Craven charcute et mute la chair. Krueger agit tel un boucher sadique et le rêve est sa table de coupe! À cet effet, les meurtres sont sensationnels. La scène où Tina est traînée au plafond pour retomber dans son lit couvert de sang est fascinante à décortiquer, si ce n’est que pour déceler les techniques utiliser par Craven. Même chose pour le meurtre de Glen, personnage joué par Johnny Depp, qui est la vedette de la scène de meurtre la plus spectaculaire de la série. Contrairement aux chapitres subséquents de la série, A Nightmare On Elm Street ne contient pas tant d’effets spéciaux, mais lorsqu’il n’a pas recours aux effets numérique, c’est marquant.
En Freddy Krueger, Craven a inconsciemment créé l’un des vilains les plus importants du cinéma d’horreur, au même titre que le monstre de Frankenstein, Dracula et le loup-garou. Il se veut en quelque sorte la continuité logique d’un autre personnage créé par Craven, aussi nommé « Krug » dans The Last House On The Left. C’est un monstre cinématographique intéressant de par ses attributs, son gant muni de lames est une arme originale qui ne franchit étrangement jamais le cap du ridicule (dans ce chapitre, du moins). Mais ce qui le rend si fascinant, c’est qu’il est né d’une violence et d’une haine générées par les parents des victimes. Les jeunes de la rue Elm ont peur de s’endormir pour ne pas que les erreurs commises par leur parents viennent les hanter à leur réveil. C’est une belle allégorie qui est aussi pertinente aujourd’hui qu’en 1984. Aussi iconique que son vilain est l'excellente trame musicale composée par Charles Berstein (Cujo).
Maigre budget oblige, A Nightmare on Elm Street démontre quelques petites rides. Autant certains effets spéciaux sont spectaculaires, d’autres trahissent le manque de moyen. C'est surtout le cas pour les effets numériques. Le montage aurait aussi gagné à être légèrement peaufiné. L’utilisation de fondue pour terminer certaines scènes témoigne d'un manque de finition. Mais c’est défauts sont accessoires, puisque A Nightmare On Elm Street est un film propulsé par son concept et le scénario de Craven est assez original pour le propulser là où il le désir.
Avec A Nightmare On Elm Street, Craven a installé les balises d'un concept fascinant. Les suites l'ont tourné au ridicule et Dieu sait ce que le remake de Samuel Bayer en fera. Si aujourd'hui le personnage de Freddy Krueger est devenu l'équivalent horrifique de Ronald McDonald, il y a toujours le premier film de la série pour nous rappeler qu'il a réellement sa place dans nos cauchemars!



• Les Griffes De La Nuit (version française)


• A Nightmare On Elm Street 2: Freddy's Revenge (1985)
• A Nightmare On Elm Street 3: Dream Warriors (1987)
• A Nightmare On Elm Street 4: The Dream Master (1988)
• A Nightmare On Elm Street 5: The Dream Child (1988)
• Freddy's Dead: The Final Nightmare (1991)
• Wes Craven's New Nightmare (1994)
• Freddy Vs Jason (2003)
• A Nightmare On Elm Street (2010)
• Never Sleep Again: The Elm Street Legacy (2010)


• Dreamscape (1984)
• Candyman (1992)
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