A NIGHTMARE ON ELM STREET

2010

RÉALISATION: Samuel Bayer
SCÉNARIO: Wesley Strick et Eric Heisserer
AVEC: Rooney Mara, Kyle Gallner, Connie Britton, Thomas Dekker et Jackie Earle Haley

Le cinéma d'horreur aura rarement connu une mascotte aussi mythique que Freddy Krueger. Véritable icône des années 80, le croque-mitaine a su interpeller une génération de cinéphiles à la recherche de sensations fortes, se permettant même de se faufiler sur T-shirts, boîtes à lunch, jeux vidéo et publicités MTV. Alors que ses cousins de terreur Leatherface, Jason et Michael ont tous eu droit à une résurrection pour un public plus contemporain, voilà que le bon vieux Krueger a lui aussi droit à son remake en règle. Reste à savoir si les cauchemars des adolescents modernes sont plus faciles à hanter que ceux de l'époque.

Lorsqu'un adolescent de la ville de Springwood se suicide devant témoins dans un restaurant, ses amis prennent conscience qu'ils sont hantés par des cauchemars similaires et que la mort de leur copain y est sûrement reliée. Un homme au visage brûlé portant un gant muni de lames terrorise Nancy et ses amis et semble vouloir leur communiquer un message. Alors que d'autres de ses amis meurent nébuleusement, Nancy découvre que l'homme responsable est Freddy Krueger, un pédophile mort aux mains des parents de ses victimes. Suivant ce que lui dictent ses rêves, elle se rend dans une vieille école abandonnée pour y découvrir une vérité encore plus effrayante que l'homme de ses cauchemars.

Quelques heures seulement ce sont écoulées depuis mon visionnement de la nouvelle version d'A Nightmare On Elm Street et mon souvenir du film semble déjà lointain, tel un rêve dont on se souvient à moitié. Ça en dit gros sur la qualité de l'oeuvre de Samuel Bayer. Comme les remakes précédemment offerts par Platinum Dunes (Texas Chainsaw Massacre, Amityville Horror, Friday The 13th), la nouvelle version d'A Nightmare On Elm Street est granuleuse, décolorée, sombre et plus malsaine. L'équation semble alléchante, mais on note l'absence de tout plaisir. Et s'il est vrai qu'il peut sembler déplacer de vouloir prendre plaisir devant un film qui met de l'avant explicitement les méfaits d'un pédophile, l'indifférence ne devrait encore moins être le seul sentiment ressenti.

Les producteurs Michael Bay, Brad Fuller et Andrew Form ont une seule vision du cinéma d'horreur et s'efforcent de l'appliquer à n'importe quel film, peu importe le réalisateur qu'ils choisissent de mettre en place. A Nightmare On Elm Street ne fait pas exception. Les scénaristes prennent une fois de plus pour acquis que les spectateurs sont familiers avec le personnage de Freddy Krueger et nous le balance en plein visage comme si nous assistions à une suite. Tout le monde connaît le concept de la série, pourquoi perde du temps à l'expliquer lorsqu'on peut faire sursauter l'auditoire à chaque trois minutes avec des hausses subites du son?!? Aucune nuance ou subtilité n'est appliqué à la méthode. Krueger est maintenant brute et féroce et le réalisateur Samuel Bayer veut à tout prix couper les ponts avec la version clownesque du personnage.

Et parlons-en de ce Freddy! L'annonce du remplacement de Robert Englund, qui a personnifié le personnage lors des huit films de la série, a suscité une grosse controverse chez les amateurs. Puisque nous parlons de remake, le remplacement d'Englund était nécessaire et malgré mon respect pour l'acteur, je ne fais pas partie de ceux qui ont pleurer sur son sort. Abordant un faciès qui se rapproche plus de la réalité (il a vraiment l'air d'un brûlé), le nouveau Freddy est visuellement plus impressionnant tout en restant fidèle à l'original. Mais malgré la bonne volonté de l'acteur Jackie Earle Haley, le personnage est très mal développé et tape sur les nerfs dès ses premières apparitions. Freddy est maintenant un pédophile avoué (la notion avait été abandonnée du scénario de Wes Craven, même si elle demeurait suggérée) et ne manque pas une occasion de nous le rappeler! Il dégobille constamment des monologues explicatifs sur sa condition qui viennent amoindrir le sérieux de ses allégations. Ça laisse croire que les scénaristes étaient tellement fier du seul changement significatif qu'ils ont apporté au scénario, qu'ils voulaient le crier sur tous les toits!

En se concentrant quasi uniquement sur cet aspect de l'histoire, A Nightmare On Elm Street abandonne le contexte sociopolitique daté de l'original, sans jamais ne l'adapter à la réalité actuelle. Pourtant, le film aurait grandement bénéficié de puiser dans les moeurs de la génération Redbull. D'ailleurs, le scénario manque cruellement de profondeur. Les parents, à la base de l'intrigue du film original, sont ici unidimensionnels et peu présents. On suit uniquement l'histoire du point de vue des enfants, qui malgré qu'ils soient personnifiés par des acteurs talentueux, sont beaucoup trop antipathiques pour qu'on daigne se soucier de leur sort. En fait, si ce n'était pas de la présence de Freddy Krueger, on croirait assister à un autre remake d'un film de fantôme asiatique. La structure y est la même: des jeunes se voient hanter par un spectre, font des recherches, se rendent là où le spectre veux qu'ils aillent et trouvent les indices nécessaires pour se débarrasser du spectre. Greffez à cela une finale qui prétend rendre hommage au film de Craven, mais qui ne fait qu'exposer le manque de nuance du film au lieu d'apporter une toute autre dimension à l'histoire comme le faisait si bien le film original.

Il faut néanmoins donner un certain crédit au réalisateur Samuel Bayer qui empêche de faire couler totalement le bateau. Bien que terriblement décevant, son film n'est pas un désastre et contient quelques bons moments. À défauts d'être mémorables, les scènes de rêves sont parfois bien exécutées comme celle où Nancy tente de marcher sur un plancher qui lui fond sous les pieds. La violence y est aussi rehaussée. Il est par contre dommage que Bayer, reconnu pour ses vidéoclips (son plus notoire étant Smells Like Teen Spirit de Nirvana), ait autant recours aux effets numériques ratés.

On aura beau dire ce qu'on voudra des nombreuses suites d'A Nightmare On Elm Street, mais aussi mauvaises soient-elles, aucune ne m'a fait sentir aussi indifférent que le remake. Le nouveau A Nightmare On Elm Street est peut-être plus visuellement sophistiqué, mais il n'a pas d'âme!

  • Dany Champagne

  • • Les Griffes De La Nuit (version française)

     

    A Nightmare On Elm Street (1984)
    A Nightmare On Elm Street 2: Freddy's Revenge (1985)
    A Nightmare On Elm Street 3: Dream Warriors (1987)
    A Nightmare On Elm Street 4: The Dream Master (1988)
    A Nightmare On Elm Street 5: The Dream Child (1988)
    Freddy's Dead: The Final Nightmare (1991)
    Wes Craven's New Nightmare (1994)
    Freddy Vs Jason (2003)
    • Never Sleep Again: The Elm Street Legacy (2010)

     

    The Amityville Horror (2005)
    Pulse (2006)

     

     
     


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