OPERA

1987

RÉALISATION: Dario Argento
SCÉNARIO: Dario Argento et Franco Ferrini
AVEC: Cristina Marsillach, Ian Charleson, Urbano Barberini, Daria Nicolodi et Coralina Cataldi-Tassoni

Un des aspects dont traite Opera de Dario Argento (Suspiria) est la légende selon laquelle toute production de Macbeth attire la malchance à ses participants! Ironiquement, le film a aussi souffert de cette malédiction! Durant la production, le père du réalisateur est décédé, Argento s’est séparé de sa compagne en plus d’apprendre la mort d’un ami aux mains du SIDA! Comme si ce n’était pas assez, la malédiction a frappé encore une fois sur le film quelques années plus tard. Pour la sortie du film en DVD en Amérique, le distributeur avait choisi la date du 11 septembre 2001! Comme si ce n’était pas assez, les premières copies ont dû être rappelées en raison d’une défectuosité. Il est certain qu’Opera ne représente pas une période heureuse dans la vie du cinéaste et cela transparaît sur pellicule! Au vu du résultat, la malchance devrait s’abattre plus souvent sur Argento car Opera est un des hauts de sa carrière!

Panique à l’opéra!!! La vedette féminine de Macbeth s’est blessée! La jeune Betty est contactée quelques heures avant la représentation pour effectuer le remplacement. Vu les circonstances et l’ampleur de l’opéra, la jeune chanteuse a le trac. Qu’à cela ne tienne, Betty offre une performance remarquable, épatant autant la foule que les critiques. Après la présentation, Betty est prise en otage par un homme masqué. Celui-ci l’attache, lui met une bande d’aiguilles sous les yeux pour ne pas que ses paupières ferment et l’oblige à le regarder tuer un de ses amis! Après le meurtre, il la laisse partir, la retrouve et recommence son manège à nouveau, puis encore … et encore!

Avec Opera, Argento revisite deux thèmes qui lui sont chers, à savoir le voyeurisme et le fanatisme. Le résultat est une œuvre sadique, mais tout autant poétique. Le cinéaste se permet de donner un second souffle au giallo, genre qu’il a popularisé au début des années 70. Le côté voyeur de l’œuvre est plus dominant et le film flirte même avec certains concepts du slasher. L’emphase du film est aussi beaucoup plus centrée sur les meurtres que l’enquête. Ceux-ci sont extrêmement vicieux et comptent parmi les plus violents, mais aussi les plus aboutis de la filmographie d’Argento. Outre une brutalité élevée, le réalisateur italien a aussi insufflé à certaines de ses scènes de meurtres un suspense soutenu. Je pense, entre autres, à la scène de l’œil magique qui demeure une des plus époustouflantes de sa carrière. Les fameuses bandes d’épingles sous les yeux en disent beaucoup sur les intentions d’Argento en tant qu’auteur. Le concept est autant génial que maniaque et, à ma connaissance, pas mal unique en son genre.

D’un point de vue technique, Opera frise la perfection. La caméra d’Argento est fluide comme jamais. Ses mouvements se font avec grâce et élégance, comme si le cinéaste voulait porter à l’écran son immense respect au culte voué à l’opéra dans son pays d’origine. En plus de l’habituel point de vue de l’assassin qui caractérise sa filmographie entière, Argento nous gratifie du point de vue de l’héroïne, des victimes et aussi de corbeaux en plein vol dans une scène clé! Pour rehausser l’esthétisme du film, les décors somptueux de la salle d’opéra sont utilisés à bon escient. L’opéra étant un aspect prédominant de l’œuvre, la musique l’est bien entendue tout autant. Comme ce fut le cas pour Phenomena, son film précédent, Argento laisse quelque peu de côté la musique conventionnelle en utilisant des pièces de hard rock bien pesantes lors des scènes de meurtres. La technique est encore plus efficace, puisque celles-ci viennent contraster avec la musique d’opéra utilisée dans le reste du film.

Opera est sans contredit un des meilleurs film du réalisateur. Par contre, de légers détails viennent écorcher ce qui aurait pu être un chef-d’œuvre. Premièrement, l’identité du meurtrier n’est pas un grand mystère. Les suspects potentiels étant peu nombreux, le coupable ressort de la masse assez rapidement. Au moins, l’enquête n’est pas un élément important du film, il est donc facile de pardonner cette lacune. L’élément qui affecte le plus la crédibilité du film est sa finale un peu trop allongée. Le film contient un épilogue complètement inutile et mal mis en scène dans lequel le tueur fait un retour pour hanter sa victime. La scène a été ajoutée pour venir clore une histoire secondaire (inutile d’ailleurs) impliquant un traumatisme de jeunesse de Betty, mais le tout est mal exploité et le film se termine de façon très maladroite.

Mis à part la faiblesse de sa finale, Opera est un grand film d’horreur porté par un maître en plein contrôle de son talent. Regorgeant d’originalité et d’une violence esthétiquement séduisante, Opera est l’antidote parfait pour ceux blasés des productions fades qui peuplent les cinéplex!

  • Dany Champagne

  • Terreur À L'Opéra (version française/France)
  • Terror At The Opera (version anglaise/USA)

  • Stage Fright (1987)
  • Phantom Of The Opera (1998)

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