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ORPHAN
2009
RÉALISATION: Jaume Collet-Serra
SCÉNARIO: David Johnson
AVEC: Vera Farmiga, Isabelle Fuhrman, Peter Sarsgaard, Jimmy Bennett et Aryana Engineer
Avec les récents The Children, Ils, Joshua, Home Movie et Eden Lake ainsi que les futurs remakes de Children Of The Corn et Who Can Kill A Child?, on peut affirmer que les films d'horreur mettant en vedette des enfants dans le rôle d'antagonistes reviennent à la mode. Le nouveau venu, Orphan de Jaume Collet-Serra (House Of Wax '05) nous présente une jeune fille aux méthodes manipulatrices qui n'est pas sans rappeler le classique The Bad Seed. Mais sous sa structure de déjà-vu se cache un film d'horreur totalement jouissif qui risque par contre de déplaire à un public non averti.
Alors qu'elle était enceinte de neuf mois, Kate Coleman a perdu son enfant. Bien qu'elle et son mari aient déjà deux enfants, le couple décide d'adopter une jeune fille de neuf ans, question de remplir le vide affectif causé par la mort de leur bébé. C'est alors qu'Esther fait son entrée dans la famille Coleman. La jeune fille aux allures démodées s'intègre difficilement à son nouveau milieu, subissant les sarcasmes de son frère et de ses camarades de classe. Esther à peine intégrée à la famille, voilà qu'une série d'incidents louches et morbides se produit dans l'entourage des Coleman. Lorsque la responsable de l'orphelinat d'Esther est retrouvée morte, après avoir averti Kate et son mari du passé de leur fille adoptive, Kate se met à douter de l'innocence d'Esther. Sans la coopération de ses enfants, terrifiés par Esther, et de son mari amadoué par la gentillesse de sa fille adoptive, Kate devra tenter de prouver la culpabilité d'Esther. Son chemin sera des plus sinueux et sanglant.
A priori, il n'y a rien dans Orphan qu'on a pas déjà vu dans The Bad Seed ou même The Good Son. Jaume Collet-Serra nous présente une histoire des plus classiques, qu'il maîtrise assez bien. Le cinéaste prend bien son temps pour raconter son histoire, laissant les nombreux personnages se dévoiler psychologiquement. Si la technique a pour inconvénient de télégraphier une bonne partie des événements à venir, elle procure par contre énormément de profondeur au scénario. Chaque personnage est bien défini, que ce soit Kate, son mari ou leurs deux enfants, ce qui donne un terrain de jeu idéal pour Esther.
Et c'est là un des éléments qui démarque Orphan de ses semblables: les agissements d'Esther. Évidemment, le sous-entendu oedipien est présent tout comme la rivalité avec sa soeur et son frère. Mais contrairement à la normale, Esther pousse le rôle de "l'enfant maléfique" vers un nouveau sommet. La jeune fille vise en plein dans les plaies psychologiques des personnages, surtout celles de Kate, et ne lâche pas prise. C'est un personnage diaboliquement manipulateur et chacun de ses agissements vient surpasser le précédent. Et la petite garce ne blesse pas seulement avec des mots, elle utilise une violence rarement vue dans ce genre de film. Une de ses victimes se fait sauvagement marteler le crâne, tandis qu'une autre reçoit un nombre exagéré de coups de poignard! Le tout, sous le regard traumatisé de la petite Maxine, 5 ans, cadette de la famille!
En somme, Jaume Collet-Serra offre un film efficace et bien ficelé. Puis, vient un revirement à rendre jaloux M.Night Shyamalan, qui transforme Orphan d'un film efficace à un film d'horreur complètement jouissif et totalement excessif! Au lieu de continuer dans le chemin narratif prévisible qu'il avait tracé, Collet-Serra nous balance une révélation, certes loufoque et peu crédible, qui ancre son film dans un style d'horreur beaucoup plus assumée et déchaînée. Plusieurs n'aimeront pas ce revirement (ou vont carrément le détester), surtout le grand public. Avec celui-ci, Orphan rivalise avec le style de revirement qui a popularisé des classiques tels que Sleepaway Camp (non, ce n'est pas ce que vous croyez) et Happy Birthday To Me. C'est carrément un doigt d'honneur à tous les films d'horreur conservateurs qui ont pollué les salles de cinéma ces derniers mois! Sur ce point, Jaume Collet-Serra et le scénariste David Johnson méritent toute une accolade pour leur audace.
De plus, le revirement se veut une belle claque en plein visage aux organisations pro-adoption qui n'ont cessé leur propagande pour nuire au film, et ce, sans même l'avoir visionné. S'aura au moins fait une belle publicité gratuite pour un film qui mérite grandement qu'on lui porte attention.
Une fois le fameux revirement dévoilé, le réalisateur l'assume pleinement et saute tête première dans le dernier droit du film. Gardant son ton sérieux, malgré le ridicule des événements, Orphan carbure alors au suspense et la violence excessive. Sans rivaliser avec des films gores récents, Orphan est néanmoins beaucoup plus violent qu'on pourrait le penser. De plus, sa finale, bien que prévisible, offre aux habitués du genre énormément de viande à se mettre sous la dent! Ajoutez à cela une excellente réalisation de Collet-Serra, qui joue constamment avec les clichés et les attentes pour en quelque sorte narguer le spectateur. Définitivement, le cinéaste espagnol s'est fait pardonner son ordinaire remake de House Of Wax.
Un autre élément en faveur du film est son excellente distribution. Vera Farmiga, qu'on a pu voir dernièrement dans le similaire Joshua, est une des meilleures actrices de sa génération et n'obtient définitivement pas le mérite qu'il lui revient. Peter Sarsgaard (The Skeleton Key) est aussi fort efficace dans le rôle de John, le mari de Kate. Mais la palme revient à la jeune Isabelle Fuhrman, qui offre une performance parfaite. Avec un minimum d'expérience, elle personnifie une des vilaines de film d'horreur les plus mémorables des dernières années! Son jeu lors de la finale est particulièrement effrayant.
Avec Orphan, Jaume Collet-Serra ose sortir de la boîte pour nous offrir un film, qui à défaut d'être réellement censé, donne son 110% au niveau du divertissement! Voilà un jeune cinéaste à qui l'on devrait offrir le rôle de docteur du cinéma d'horreur hollywoodien. Car définitivement, il a le remède contre le cinéma conformiste et sans imagination!



• L'Orpheline (titre français/Québec)


• The Bad Seed (1956)
• I Know Who Killed Me (2007)
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