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P
2005
RÉALISATION: Paul Spurrier
SCÉNARIO: Paul Spurrier
AVEC: Suangporn Jaturaphut, Opal, Narisara Sairatanee, Dean Barrett et Pisamai Pakdeevijit
Au début des années 2000, nous avons assisté à l'émergence du cinéma d'horreur asiatique. Ensuite sont arrivés les différents remakes américains. Puis, il y a eu les remakes américains de films asiatiques réalisés par des cinéastes asiatiques. Maintenant, voici un film asiatique réalisé par un américain!
Suite à la mort de ses parents, la jeune Dau est élevée par sa grand-mère, une adepte de la sorcellerie qui habite une région recluse de la Thaïlande. Alors que sa grand-mère tombe malade, Dau, qui a maintenant atteint l'âge de la majorité, se voit obligé de se trouver un emploi pour payer les médicaments. C'est alors qu'elle déménage à Bangkok, là où une amie de la famille lui a trouvé un emploi dans un bar de danseuses. Intimidée par la grande ville et visiblement mal à l'aise dans ses fonctions, Dau devient rapidement la risée de ses collègues de travail. Elle utilise donc ses connaissances en magie noire, que lui a apprises sa grand-mère, pour se venger de ses collègues et faire sa place au niveau de la hiérarchie des danseuses. Mais l'abus de ses pouvoirs entraînera des conséquences tragiques.
Il n'est pas surprenant d'apprendre que P est l'oeuvre d'un américain, puisque sa trame narrative est linéaire et suit une logique qui la rend adéquatement du point A au point B. C'est une façon de faire assez rare dans le cinéma d'épouvante asiatique, reconnu pour ses scénarios décousus et son manque de logique. Le réalisateur Paul Spurrier réussit rapidement à vendre l'authenticité de son oeuvre par le sérieux de son histoire, son respect face à la culture asiatique et un côté dramatique fort efficace en début de parcours. Comme l'ont déjà fait Carrie, May ou Ginger Snaps, P met en scène un personnage féminin attachant de par ses faiblesses. Sans jamais tomber dans la facilité ou la vulgarité (P ne contient pas de nudité malgré son sujet), Spurrier offre une vision rafraîchissante des dessous des bars de danseuses. Des rivalités entre les employées en passant par le malaise du premier client, le scénario met en place une histoire intelligente et il est difficile de ne pas saliver lorsque l'élément horrifique de l'histoire se pointe le bout du nez.
Les pouvoirs de Dau lui permettent essentiellement de causer la mort de ses détracteurs, chose qu'elle ne se gêne pas de faire. La vengeance de la jeune femme prend alors des allures d'un Final Destination, alors qu'une danseuse se fait couper le visage par une épée lors d'un spectacle et qu'un client se fait manger le pénis par un serpent(!) alors qu'il était à l'urinoir. Alors que Dau sombre dans la magie noire, le film, lui, sombre dans la médiocrité! D'un film sérieux et à la limite poétique, P se transforme en film de monstre ridicule. Le dernier tiers du film met en scène Dau, possédé par un esprit quelconque qui la pousse à tuer contre son gré.
Suangporn Jaturaphut, jusque-là efficace dans le rôle de Dau, est alors couverte de maquillage verdâtre et joue le monstre qui fait "Bou!" comme le ferait une bande de copains saouls lors du tournage de leur premier court-métrage amateur! Terminée la réflexion sur la perte de l'innocence d'une jeune femme ou les tendres sous-entendus homosexuels entre Dau et l'amie qui l'héberge, P vise pour les effets chocs et faciles et le changement de ton est terriblement cahoteux. Les effets spéciaux numériques ratés se mettent aussi de la partie et malgré quelques moments gores réussis, P laisse aux spectateurs un arrière-goût fort désagréable.
Paul Spurrier a visiblement du talent, comme le prouve en partie P. Mais il est difficile de saisir les motivations derrière un tel changement de cap scénaristique. Spurrier a beau avoir réussi à garder la saveur asiatique de son film, il n'en demeure pas moins que la débandade du dernier acte est typiquement américaine!



• Tamara (2006)
• The Craft (1996)
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