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LA PEAU BLANCHE
2004
RÉALISATION: Daniel Roby
SCÉNARIO: Daniel Roby et Joël Champetier
AVEC: Marc Paquet, Frédéric Pierre, Marianne Farley, Jessica Malka et Julie LeBreton
Dans l’historique du cinéma d’horreur québécois, on observe un répertoire bien maigre. C’est que le film d’épouvante entièrement issu de notre province est une bête rarissime, néanmoins fort recherchée et hautement jugée. Il y a quelques années, j’ai mis la main sur une perle de ce type. Comme la plupart de ses confrères, La Peau Blanche provient d’un roman (ce qui facilite le financement d’un premier long-métrage au Québec). Je n’oserais pas dire que ce film peut être catégorisé dans l’horreur habituelle, mais par sa thématique et son atmosphère, il y trempe indéniablement. Avec plusieurs prix à son actif, il mérite assurément le coup d’œil.
Thierry, un jeune homme de région, vit à Montréal depuis quelques mois. Tout semble bien se dérouler. Sa vie étudiante, sa collocation avec son nouvel ami Henri et son emploi le comblent parfaitement. Il possède pourtant un dédain particulier; les roux, plus précisément les rousses. Il soutient que leur teint pâle, quasi transparent, est révélateur d’une intimité qui le rend inconfortable. C’est un trait singulier bien connu de l’entourage de Thierry. Malgré tout, un jour dans le métro, son regard se pose sur Claire, une ravissante flûtiste discrète et … rousse. L’univers de Thierry devient chamboulé. Il ne fait que penser à elle, cette femme à qui il n’a même pas osé dire un mot et qui détonne complètement de ses conquêtes habituelles. Son obsession l’oblige à retrouver sa trace. Sa persistance convaincra Claire de lui accorder une chance et d’entamer une relation avec lui. De son côté, elle possède aussi une particularité qu’elle camouffle en déclarant qu’elle souffre d’un cancer. Son fardeau est un secret familial qui la répugne au plus haut point et la pousse à rejeter sa nature profonde. Claire et ses proches sont au sommet de la chaîne alimentaire, les prédateurs (prédatrices, devrais-je dire) de l’homme. Une évolution presque inconnue de l’espèce humaine, les succubes, l’alter ego féminin des incubes.
L’élément déclencheur du film se présente rapidement (après cinq minutes), ce qui annonce un débit en cavale. C’est pourtant un leurre! Le reste du film met un temps fou à placer ses pions et l’action pure et dure se fait rare. Malgré tout, ce n’est pas un mauvais film. La transposition du roman de Joël Champetier aurait pourtant bénéficié à être coupé à quelques endroits. Je comprends pourtant qu’on souhaitait installer comme il faut dans l’esprit des spectateurs l’état de transe et d’impasse temporelle vécu par Thierry. On sombre lentement, très lentement, dans une histoire inquiétante. La vérité nous saute aux yeux, mais on ne semble pas pouvoir y accéder. Pour pallier le débit, on nous sert des dialogues intelligents, drôles et pertinents. Le récit est bizarrement touchant et transcende un inconfort profond.
Le film débute sur une scène de jour dans le centre-ville de Montréal qui nous est montré de manière fidèle et représentative de la métropole. L’entièreté de l’œuvre marche de cette façon, on nous propose la ville dans ses endroits les plus sympathiques ainsi que ses plus crasseux. Sans tomber dans l’excès, on peut observer que le choix de cadrage fonctionne très bien et avantage les plans de manière artistique. L’ensemble reste sobre, ce qui, selon moi, est grandement préférable aux films qui se la jouent « œuvres artistiques seulement comprises par une élite dont tu ne fais jamais parti ». On manie aisément la mise en abîme, pour laquelle je suis souvent réticente, mais qui reste ici de bon goût. Par exemple, on compare les événements saugrenus qui arrivent à Thierry à un film noir. Mais plus savoureusement, les personnages écoutent le film Rabid (David Cronenberg, 1977) dont certaines images nous sont montrées. C’est un joli clin d’œil puisque ce film, dont le tournage s’est aussi fait à Montréal, raconte l’histoire une femme qui, suite à une intervention chirurgicale, survit grâce au sang humain et zombifie ses victimes.
Trois mentions spéciales que je me dois de souligner. La première va à l’interprète de Thierry, Marc Paquet, dont le rôle lui colle comme une deuxième peau. La deuxième va aux scènes à caractère médical qui sont, pour une fois, justes et réalistes. Rien ne m’irrite plus qu’un ramassis de conneries médicales non fondées pour combler les vides d’un scénario médiocre ou d’un recherchiste paresseux. Et la dernière mention va à l’histoire en tant que telle qui met en scène des démons féminins bien québécois, ce qui diffère de ce que nous sommes habitués de voir. Je me suis longuement demandé pourquoi ce type de récit n’était plus au goût du jour (peut-être à part le populaire Jennifer’s Body de Karyn Kusama). Pour finalement m’arrêter sur une théorie fort féministe qui finirait par vous barber, je vous épargne donc mes fabulations.
La Peau Blanche est selon moi une réussite globale, même si je crois que le film peut déplaire à certains amateurs du genre horrifique. Ceux qui sont férus d’actions et de stress intense pourraient très bien s’emmerder et sortir de la projection déçus et non comblés. Pour le reste des fanatiques, ceux qui souhaitent donner une chance au genre dans toutes ses ramifications, je prévois une belle découverte et un moment agréablement différent.



• White Skin (Titre anglais international)
• Cannibal (version anglaise/États-Unis)


• Frailty (2001)
• Succubus : The Demon (2006)
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