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PERKINS' 14
2008
RÉALISATION:Craig Singer
SCÉNARIO:Lane Shadgett
AVEC: Patrick O'Kane, Richard Brake, Mihaela Mihut, Shayla Beesley et Michale Graves
En manque d'idées pour créer un film d'horreur, et ne voulant pas faire un xième remake, les producteurs de Perkins' 14 se tournèrent vers les fans du genre pour leur trouver une idée de départ intéressante. Par l'entremise du site internet Massify.com, les auteurs en herbe soumettaient un court synopsis original (plus de 400 ont été reçus), par la suite, les internautes votaient pour le canevas de base gagnant. L'idée fort prometteuse de Jeremy Donaldson remporta le concours, mais malheureusement, l'écriture du scénario fut confiée à Lane Shadgett et la réalisation à Craig Singer, le responsable du plus qu'ordinaire Dark Ride. En plus de la trame narrative de départ, le choix de certains acteurs ainsi que l'affiche du film avaient aussi été décidé via un concours sur la Toile. Perkins' 14 est un des premiers films créé avec la collaboration du public, ce qui a vite provoqué un engouement autour de ce dernier. Pas étonnant que cette production interactive était la plus attendue de la troisième édition du After Dark Horrorfest. Mes attentes étaient donc très élevées... tout comme ma déception...
À Stone Cove, il y a dix ans, 14 enfants ont été kidnappés et jamais retrouvés. Le dernier de la liste était Kyle, le fils de l'officier de police Dwayne Hopper (Patrick O'Kane) qui ne s'est toujours pas remis psychologiquement de cet enlèvement et pense sans cesse à cette terrible journée ainsi qu'à son garçon disparu. Un pharmacien du nom de Ronald Perkins (Richard Brake), en cellule pour un délit mineur, attise les soupçons de Dwayne quant à son possible rapport avec les disparitions d'enfants. Après quelques recherches, ses suppositions s'avèrent exactes. Il envoie donc un de ses collègues inspecter la demeure de Perkins. Dans la cave, il trouve un étrange laboratoire où Perkins se livrait à différentes expériences sur les enfants. Il libère aussi par mégarde les 14 disparus, toujours vivants, mais ayant perdu tous sentiments humains, shootés au PCP depuis une décennie, enragés et assoiffés de sang.
Avec de telles prémices, je m'attendais à tout sauf au scénario ultra mince et aux dialogues clichés et racoleurs concoctés par Lane Shadgett. Il possédait entre ses mains un très gros os solide sur lequel il pouvait rattacher des muscles, des nerfs et de la chair pour créer un monstre sacré, mais à la place, Shadgett s'est contenté de gruger l'os comme un vulgaire cabot et d'étendre les miettes (et cette fois-ci, la poudre d'os n'a pas aidé à faire fleurir quoi que ce soit). L'histoire du jeune Jeremy Donaldson, à qui on a donné le titre de producteur exécutif et un rôle secondaire dans le long-métrage, possédait toutes les qualités nécessaires pour être transformée en pur divertissement. Il y avait dans ce canevas tellement de possibilités à exploiter, tellement d'angles d'approches intéressants à aborder que je ne peux toujours pas décrisper les muscles de ma mâchoire et de mes doigts quand je pense au terrible scénario final que monsieur Shadgett a écrit en y mettant tout son amateurisme.
La première partie du film peut décourager plusieurs cinéphiles avec ses interminables longueurs et sa répétitivité. Pendant une demi-heure, à l'aide de trop nombreux flashes-back, de scènes où Dwayne se gratte la tête, fait des cauchemars, se saoule ou parle directement de l'enlèvement de son fils, on essaie de nous faire comprendre à quel point le personnage principal est tourmenté par ce terrible incident. Désolé, mais après seulement cinq minutes même un trisomique l'a compris. Après ce préambule assommant, le suspense commence à s'installer avec la découverte du laboratoire de Perkins et l'affrontement entre le policier et le kidnappeur. Cette fois-ci, alors qu'une brèche immense pourrait s'ouvrir (dix ans de séquestration, de torture et d'expérimentation), le scénariste a préféré laisser cette partie de l'histoire dans le vague et de ne pas l'exploiter: c'était beaucoup plus important de montrer des gens qui tournent en rond. La frustration ne s'arrête pas là; après la fuite des 14 machines à tuer, la ville ressemble à un paysage d'après apocalypse digne de 28 Days Later, des voitures en flammes abandonnées, de la fumée partout, on y entend des cris de terreur, des bruits d'accidents, des décharges d'armes à feu: l'action qui se déroule hors de l'écran à l'air plus intéressante que celle qui se déroule devant nos yeux. Comble de la frustration: des 14 enfants-cannibales-survoltés promis par le titre et l'histoire, on en aperçoit 5 au maximum dans tout le film.
Ce n'est sûrement pas le talent de réalisateur de Craig Singer qui réussit à sauver le film du désastre. Malgré quelques bonnes prises de vue et l'installation méticuleuse d'une ambiance glauque à souhait, Singer n'arrive pas à insuffler à son film assez d'intensité, de suspense ou un climat de terreur constant, car il se vautre trop souvent dans la lenteur et la contemplation. L'atmosphère trop sombre du film déborde même sur la photographie de celui-ci: trop souvent, on ne distingue rien de l'action ou des meurtres tellement l'éclairage est quasi absent ou d'un style stroboscopique aveuglant qui tape sur les nerfs. Seuls l'histoire très intéressante (même si mal exploitée) à la base du film, le jeu très inspiré de Patrick O'Kane qui incarne l'officier Dwayne, les performances très correctes des autres comédiens et les deux-trois scènes sanglantes très réussies parviennent à sauver Perkins' 14 du naufrage.
J'aurais tellement souhaité vous dire que cette collaboration entre les fans et l'industrie du cinéma d'horreur était une brillante réussite, mais les choix du scénariste et du réalisateur ont complètement étouffé le potentiel derrière le synopsis du jeune Jeremy Donaldson. Je me demande même de quel côté de ce projet se retrouvaient les amateurs? Pour augmenter encore plus mon sentiment de frustration, je viens d'apprendre que l'adaptation d'un de mes livres préférés de Bret Easton Ellis, Lunar Park, serait scénarisé par nul autre que Lane Shadgett.



• The Children (2008)
• Plague Town (2008)
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