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PHASE IV1974
RÉALISATION: Saul Bass Malgré que Phase IV soit son seul et unique film en tant que réalisateur, Saul Bass était déjà une personnalité reconnue dans le monde du cinéma. En plus d'être gagnant d'un Oscar en 1968 grâce à son documentaire Why Man Creates, Bass a également conçu des génériques d'une soixantaine de films, parmi lesquels on retrouve Alien et The Shining. Sa plus grande contribution au cinéma demeure néanmoins son travail executé sur l'élaboration de séquences filmiques, dont la célebre scène de douche dans Psycho! Des ondes mystérieuses provenant de l'espace frappent dans le désert de l'Arizona. Il n'en faut pas plus pour que l'intellect des fourmis se mette à se développer à un point tel que celles-ci se mettent à communiquer entre espèces et à s'organiser de façon inquiétante. Un scientifique et un mathématicien sont donc envoyés dans un centre de recherche en plein désert afin d'étudier leur comportement. Après un premier contact qui ne se déroule pas de façon amicale, les deux protagonistes réalisent qu'ils sont assiégés par les fourmis et que celles-ci ont des intentions hostiles envers la race humaine. Tout en hébergeant une orpheline dont les grands-parents ont été tués par les insecticides, les deux chercheurs devront trouver une solution aux tentatives de destruction élaborés par les fourmis. Si les années ‘70 ont souvent été considérés comme la décennie de la créativité et des innovations, c’est encore plus vrai avec Phase IV. Le film de Saul Bass, qui a sans doute été une inspiration pour Bernard Werber et son roman Les fourmis, se distingue de la masse principalement grâce au scénario qui utilise plusieurs idées originales rarement exploitées au cinéma. Alors qu'avec cette prémisse, il aurait été facile de tomber dans le film de monstre grossier en employant des fourmis géantes ou mutantes, le scénariste Mayo Simon s'interroge plutôt sur l'importance de l'homme vis à vis l’espèce qui regroupe le plus d’individus sur Terre. Que se passerait-il si jamais les fourmis possédaient une intelligence comparable à la nôtre et qu'elles décidaient de se révolter? Ceci est le genre de question qui pourrait vous tourmenter après le visionnage du film. Les meilleurs scènes d'horreur du film ne mettent pas en vedette une horde de fourmis tuant des humains, mais plutôt une société d'insectes qui se développe et des experts qui cherchent une solution et tentent de communiquer. Philosophiquement et narrativement, Phase IV ressemble beaucoup à 2001 : A Space Odyssey, notamment dans sa manière de traiter de l’évolution et du rôle que peut occuper une espèce avec une intelligence développée. La première chose qui frappe en visionnant Phase IV est toutefois de constater à quel point la réalisation est imaginative et non-conventionnelle. Que ce soit dans son ambiance particulière, ses décors inhabituels ou ses idées excentriques, on peut dire que le film de Bass puise sa force dans plusieurs sources riches en nutriments artistiques. De par leurs angles de vue, la profondeur de leurs plans et même certains éléments de décors, les scènes tournées à la surface du désert donnent souvent l'impression d'observer une peinture surréaliste. Pour contraster, les décors souterrains sont beaucoup plus renfermés (nous nous trouvons dans une fourmilière!) et le cadrage donne une ambiance étouffante au film. Cet aspect n'est pas sans rappeller certains films expressionnistes allemands des années ‘20. Malgré ses changements de ton, Phase IV réussit toutefois à demeurer cohérent. Il est rare de voir un réalisateur alterner habilement entre plusieurs trames narratives tout en gardant une ambiance générale homogène et Bass a réussi son pari! Ajoutez à tout cela des éclairages colorés occassionnels, un soucis du détail hallucinant, des effets de chaleur n’ayant rien à envier à The Texas Chain Saw Massacre et une bande sonore plus qu’adéquate entrecoupée de moments silencieux lourds et vous obtenez un classique oublié des années ‘70. Malgré son traitement hyper réaliste, Phase IV réserve tout de même quelques scènes chocs, notamment une dans laquelle des fourmis sortent de la main d'une personne qu'ils ont eux-même creusée. Nous avons aussi droit à quelques confrontations entre insectes dans lesquelles nous pouvons retrouver une araignée assassinée ou une mente religieuse combattant à elle seule deux fourmis. Les scènes ont été tournées avec de véritables bestioles, ce qui est incroyable, compte tenu des efforts qui ont dû être mis dans la coordination des ‘‘acteurs’’. Il en est de même pour le côté dramatique qu’a réussi à instaurer le réalisateur, par exemple, même autour de la mort d’une bestiole. Il est seulement dommage que de véritables insectes aient eu à laisser leur vie pour certaines séquences du film… En plus du côté dramatique, le pessimisme de l'oeuvre transparait constamment sur la pellicule. Comment est-il possible de lutter contre un envahisseur qui peut se glisser n'importe ou et qui en plus, est aussi développé intellectuellement que nous? Mais le sentiment le plus intense produit par Phase IV est le stress causé par la tension montante. Incapable de s’enfuir et continuellement à la merci du danger, les protagonistes sont de plus en plus à risque d’une crise de panique. La chaleur étouffante n’aide pas non plus il faut dire! Bref, tout cela pour dire que le film de Saul Bass réussit très bien à jouer avec les sensastions du spectateur pour nous mettre dans la peau des personnages. Le seul défaut du film est que, par moments, il souffre d'un rythme un peu lent. Mais avec une durée de 84 minutes et autant de qualités dans un seul film, ce n'est pas moi qui va s'en plaindre! Phase IV est donc une œuvre unique à voir pour tous fans de cinéma alternatif, crédible et réaliste, qui réussit bien à exploiter différentes ambiances et à nous faire passer à travers tout un amalgame d’états d’esprit. Habile mélange entre Microcosmos, Tremors et 2001 : A Space Odyssey, Phase IV est un film à découvrir. Il aura fallu attendre des années pour que Paramount Pictures, via Legend Films, ose ressortir cet ovni cinématographique des boules à mythe, mais l’attente en aura valu la peine!
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