PHOBIA 2
2009
RÉALISATION: Banjong Pisanthanakun, Parkpoom Wongpoom, Paween Purikitpanya et Songyos Sugmakanan
SCÉNARIO:Banjong Pisanthanakun, Parkpoom Wongpoom, Paween Purikitpanya, Sopana Chaowwiwatkul et Songyos Sugmakanan
AVEC: Charlie Trairat, Jirayu La-ongmanee, Erika Toda et Marsha Wattanapanich
Malgré le succès international de leur premier film, Shutter (qui a eu droit à son remake américain en 2008), les cinéastes thaïlandais Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom ne bénéficient pas du respect qui leur revient en Amérique du Nord. Leurs deux films subséquents, Alone et 4Bia ne sont toujours pas disponibles sur DVD bien qu’ils aient été présentés au Festival Fantasia en 2008. C’est probablement le sort qui sera réservé à Phobia 2, une anthologie horrifique qui a connu un grand succès en Thaïlande.
Comme c’était le cas avec son prédécesseur, 4Bia, Pisanthanakun et Wongpoom ce sont entouré de deux collègues cinéastes pour accoucher cette fois-ci de cinq segments. Cette suite débute avec Novice, qui est l’histoire qui concorde le moins avec l’univers de la série. Dans celle-ci, un adolescent est envoyé dans un temple bouddhiste suite à son implication dans un accident qui a causé la mort. Rongé par les remords, il devra confronter le fantôme d’une légende locale. Bien que visuellement réussi et doté d’une réalisation sans failles, ce chapitre est plutôt lourd émotionnellement et échoue à impliquer le spectateur si tôt dans l’aventure « Phobia ». Le scénario est aussi un peu trop moralisateur et aurait bien pu faire passer son message sans cogner aussi fort sur le clou!
Heureusement, le second segment, Ward rejoint plus le ton et la qualité offerts dans le film original. Suite à un accident de voiture (le thème récurant de chaque segment), un jeune homme est transporté à l’hôpital. Les chambres étant toutes occupées, sa demande de reposer dans une chambre privée est refusée. Mince consolation, son voisin est un patient dans le coma à l’approche de la mort. Si la nuit s’annonçait paisible, le jeune homme est rapidement tourmenté par le spectre du comateux! Wongpoom est à son mieux lorsqu’il est restreint dans son concept. C’est le cas ici, puisque l’histoire se déroule entièrement dans la chambre d’hôpital. Ayant les jambes cassées, le patient doit confronter le fantôme du mieux qu’il peut! Sans casser la baraque, Ward est un petit délice, qui n’est pas sans rappeler le style de Sam Raimi.
Le prochain au menu est Backpackers qui diffère du moule établi par la série puisqu’il ne traite pas de fantôme! Ce sont plutôt des zombies qui viennent faire leur tour dans ce clone de 28 Weeks Later. Deux touristes japonais font du pouce sur le bord de la route. Un camion de transport les ramasse. Si le conducteur semble suspect, ils n’en font pas de cas. Lorsque des bruits étranges se font entendre de l’arrière du véhicule, le conducteur décide d’investiguer. Il s’avère que celui-ci transportait des dizaines de personnes, toutes mortes mystérieusement. Lorsque les cadavres reprennent vie, assoiffés de sang, les deux touristes devront combattre ces morts-vivants! Voilà le plus sanglant des segments. Un peu long à démarrer, mais les derniers moments méritent d’être vus.
Salvage est le plus classique des récits et celui qui adhère le plus aux conventions du cinéma d’horreur asiatique. Dans celui-ci, une vendeuse de voitures endommagées suite à des accidents mortels se voit hantée par les fantômes des victimes. Ni mauvais, ni bon, ce chapitre souffre d’une certaine redondance. Il aurait été intéressant que les scénaristes s’amusent plus avec les clichés.
Le dernier segment est de loin le plus réussi. Comme il l’avait fait dans le film précédent avec l’excellent In The Middle, Banjong Pisanthanakun offre une réflexion humoristique sur le cinéma asiatique avec In The End. Sur le plateau du fictif Alone 2, l’actrice personnifiant le fantôme est transportée d’urgence à l’hôpital. Ne pouvant attendre son retour, le réalisateur tente de trouver un moyen de boucler son œuvre sans elle. Alors qu’elle est déclarée morte à l’hôpital, l’actrice se pointe mystérieusement sur le plateau de tournage. Lorsque la nouvelle de sa mort se répand, le réalisateur et l’équipe technique fuient rapidement les lieux. Il ne reste plus que trois assistants et une actrice pour terminer le film, ce qui est le souhait du fantôme.
Il est étonnant de voir à quel point Pisanthanakun maitrise aussi bien les techniques de peur (Alone est une référence) que l’humour autodérisoire. Si In The Middle était une des meilleures parodies des dernières années, In The End le surpasse. Pisanthanakun prend un malin plaisir à disséquer et rire d’un genre qu’il maitrise si bien. Il faut voir la scène où le réalisateur est obsédé par la mise en plis des cheveux du fantôme, au grand détriment du maquilleur qui vient de passer des heures sur son visage! Rempli d’humour et de revirements complètement saugrenus, In The End est surtout efficace puisqu’il met en scènes des hommes comme victimes. Voir ces nerds courir et crier comme des écolières est un des points forts du film!
Il est difficile de porter un jugement juste de Phobia 2 puisqu'il se termine avec beaucoup d'éclat! Par contre, il ne faut pas oublier que la route du succès fut cahoteuse pour cette anthologie inégale. Sa durée aurait facilement pu être écourtée (2 heures) en l'amputant d'un de ses segments (le premier, peut-être).
Malgré tout, Phobia 2 est une suite honnête et un divertissement assuré pour les amateurs de cinéma asiatique. À voir si ce n'est que pour In The End et Ward qui nous font souhaiter que le prochain Scary Movie soit réalisé par Banjong Pisanthanakun et Parkpoom Wongpoom.



• Ha Phraeng (titre original/Thaïlande)


• 4Bia (2008)


• The Eye 10 (2005)
• Alone (2007)
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