PIRANHA
1978
RÉALISATION: Joe Dante
SCÉNARIO: John Sayles
AVEC: Bradford Dillman, Heather Menzies, Kevin McCarthy, Dick Miller et Barbara Steele
”What about the Goddamn piranhas ? “
“They’re eating your guests, sir!”
Lorsqu’il a confié à Joe Dante (The Howling, Gremlins) la tâche de réaliser une copie bon marché du méga succès Jaws, le vénérable producteur Roger Corman ne s’attendait certainement pas à ce que ce cinéaste vert lui livre une œuvre qui fait encore parler d’elle trente ans après sa sortie!
Une détective privée est envoyée dans une petite municipalité pour investiguer la disparition de deux adolescents. Aidée d’un habitant de la place, elle découvre que les adolescents se sont aventurés dans un centre de recherches financé par l’armée américaine. En voulant vérifier si les corps des jeunes ne seraient pas au fond d’un réservoir d’eau, elle le vide laissant ainsi s’échapper dans la rivière une race de piranhas génétiquement modifiés. Ces petits poissons ayant une prédilection pour la chair humaine ne mettent pas de temps à semer la terreur. Pêcheurs, baigneurs, plaisanciers et les enfants d’un camp de jour font partie des victimes potentielles. Lorsque la détective et son allié veulent alerter les gens du danger potentiel, ils se butent à l’indifférence et aux dirigeants de l’armée qui ne veulent pas ébruiter leur secret.
À la base, Piranha n’est qu’un autre film d’attaques animales typique à son époque. C’est le duo formé de Dante et du scénariste John Sayles (The Howling, Alligator) qui a su élever le matériel d'un cran. Parmi la panoplie de dérivés du film de Steven Spielberg sorti dans les années 70, Piranha est le seul qui ne se créer pas d’illusions sur ce qu’il est et qui livre son matériel en dosant parfaitement son penchant satirique. Dès le départ, Dante invite le spectateur à mettre les comparaisons de côté en nous montrant un adolescent jouant au jeu d’arcade Jaws. Le cinéaste est bien conscient du style d’œuvre qu’il propose et surtout, il est conscient que le spectateur en est conscient !! C'est beaucoup de conscience ça les amis!
Fidèle à son style, John Sayles a adapté un scénario déjà existant pour le peupler de personnages excentriques, souvent méprisables, mais toujours attachants. Le scénario partage son attention entre plusieurs petits groupes de personnages, ce qui permet à Dante de garder un bon rythme. Les personnages sont typiques à ce genre de production (on retrouve le scientifique, le proriétaire d'un parc d'attraction et la monitrice d'un camp de jour), mais leurs dialogues et leurs agissements viennent accentuer l’absurdité des évènements. Pour les personnifier, Dante s’est entouré d’une alléchante brochette d’acteurs qui comprend ses favoris Dick Miller, Belinda Balaski et Kevin McCarthy, mais aussi Paul Bartel et Barbara Steele. De plus, Dante a pu compter sur l'apport de Pino Donaggio pour composer la musique. C'est du gros calibre pour une si petite production.
Bien qu’il soit bien ancré dans la comédie noire et l’humour pince-sans-rire, Piranha regorge de scènes horrifiques réussies. Le scénario n’épargne personne et utilise le sirop de maïs coloré sans gêne. Les piranhas se régalent aussi bien de vieux barbus et de femmes nues que de jeunes enfants! Certaines scènes créent même un malaise tellement elles divergent du ton générale de l’œuvre. Je pense entre autres au moment suivant le carnage du camp de jour, alors que des dizaines de cadavres d’enfants gisent sur le sol, recouverts de draps tachés de sang! S’il est volontaire, le contraste est salement efficace.
Pour les scènes d’attaques des piranhas, Dante a trouvé des façons efficaces de contourner les restrictions budgétaires. Ses techniques de montage sont efficaces et augmentent la tension au lieu d’attirer l’attention sur des effets de pauvre qualité. Farfelus, les bruits "cartoonesques" accompagnant les attaques des créatures deviennent rapidement une cause d'excitation chez le spectateur anxieux de voir la prochaine victime goûter à la médecine des poissons! Dante a aussi intégré une scène d’explosion (entre deux bateaux), aussi spectaculaire que ridiculement inutile, le tout entre coupé d'une scène de poursuite automobile. C’est un beau clin d’œil aux bandes-annonces qu’il a montées pour Corman et qui se devaient toutes d’avoir des explosions, même si le film n’en contenait pas!
Juste à temps pour le remake en 3D réalisé par Alexandre Aja (le deuxième après celui de 1995), Piranha bénéficie du traitement royal de la part du distributeur Shout! Factory. Le film est présenté dans son format panoramique pour la première fois sur le marché vidéo. Une piste de commentaires audio et un nouveau documentaire font partie des bonus.
Espérons que le remake, Piranha 3D, apportera encore plus de visibilité à l’œuvre originale. Pour un premier film, Dante a su livrer un produit très divertissant qui mélange humour et horreur comme peu de cinéastes savent le faire. Dans son genre, c'est un des meilleurs films d'horreur "estivals".



• Piranhas (version française)


• Piranha 2: The Spawning (1981)
• Piranha (1995)
• Piranha 3D (2010)


• Grizzly (1976)
• Alligator (1980)
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