THE POSSESSION OF DAVID O'REILLY

2010

RÉALISATION: Andrew Cull & Steve Isles
SCÉNARIO: Andrew Cull
AVEC: Giles Alderson, Francesca Fowler, Zoe Richards, Nicolas Shaw

Avec toutes les copies insipides de Paranormal Activity qui voient le jour par les temps qui courent, on peut se permettre un brin de crainte à l'égard des projets se voulant trop ressemblants. Lorsque les premières informations concernant The Possession of David O'Reilly ont été mises à disposition du public, certains ont craint le pire. Il faut le dire tout de suite, ce film n'a strictement rien à voir avec Paranormal Activity! Ni dans le concept, ni dans l'histoire, ni dans quoi que ce soit! En fait, je me demande tout simplement pourquoi on y a un jour fait référence. Parce qu’il y a le mot «possession» dans le titre de ce film-ci ? Maintenant que les choses sont réglées, je peux commencer.

Anna et Alex vivent en couple dans un joli duplex, à Londres. Un jour, ils reçoivent en pleine nuit la visite d'une relation de très longue date d'Alex, David. Celui-ci affirme avoir été trompé par sa copine, et demande uniquement à un vieil ami de l'héberger pour quelques jours. Mais voilà... David est pourchassé par des créatures. Des abominations qui viennent le hanter la nuit venue, mais qu'il est le seul à avoir vues hors de tout doute...

The Possession of David O'Reilly est un film qui démarre en lion pour se terminer en... Bébé phoque sur une banquise! En lion, parce que la réalisation d'Andrew Cull et de Steve Isles met tout de suite le spectateur dans le bain, et avec une facilité surprenante. Elle dégage une superbe impression de nervosité, d'angoisse. Lorsque David voit pour la première fois l'un des monstres qui le pourchassent, le moment est particulièrement efficace de par sa mise en scène. Devant un tel déploiement de force en entrée de jeu, on peut croire que les réalisateurs de ce petit film indie ont très bien cerné leurs limites budgétaires et sauront faire brillamment malgré l'absence de moyens! Leur ambiance s’impose bien vite comme assez oppressante. La noirceur est un élément crucial à ce projet, qui se veut un peu semblable au film They (2002) et peut-être même, en poussant un peu la comparaison, à Darkness ou Silent Hill. Après 15 minutes, donc, tout était en place pour se payer une bonne tranche de fun!

Mais à ce moment là, The Possession of David O'Reilly s'écrase lourdement et ne redeviendra jamais plus intéressant. Ce qui nuit à l'histoire, c'est la façon dont on l'a abordée. Le film tente de nous faire spéculer sur la qualité de la santé mentale du personnage de David. Hallucinations ou réalité? The Possession of David O'Reilly fait tout ce qu'il peut pour garder le débat ouvert. Le scénario prend rapidement la forme d'un huis clot, puisque David croit qu'ouvrir une porte ou une fenêtre donnerait le libre accès aux monstres. Enfermé dans la maison avec son couple d'amis, il tente de les convaincre du bien fondé de ses allégations. Mais malheureusement, le scénariste et réalisateur Andrew Cull ne voulait justement PAS que le spectateur soit sûr de la vérité, entre l'explication rationnelle ou surnaturelle. Par le fait même, les deux amis de David ne voient jamais quoique ce soit de tout le film, et la majorité des scènes de nuit mettent en scène le protagoniste principal qui entre dans une pièce, entrevoit une créature, hurle, ameute les deux autres... Qui arrivent juste à temps pour le trouver se roulant par terre, seul, en criant qu'il ne veut pas se faire avoir!

En somme, ce désir de demeurer ambigu dans l'explication du scénario est ce qui tue The Possession of David O'Reilly. Il est strictement impossible de prendre le personnage principal au sérieux dans ses allégations, surtout étant donné la réalisation brouillonne. David crie dans une pièce, tout le monde se met à courir en criant. Ensuite, et seulement après deux nuits de ce petit jeu, ils se questionnent sur sa possible schizophrénie… Dans un film avec plus de budget, on peut étoffer la crédibilité des "hallucinations" d'un personnage hypothétiquement fou. Ici, on ne peut se le permettre. Comment croire au fait que dans une maison de 6-7 pièces, il n'y a qu'une personne qui aperçoive les lugubres monstres rôder aux alentours? Le film s'apparente rapidement à une simple crise d’illusions visuelles, et n’arrive jamais à faire douter du contraire. Le spectateur percevra presque assurément cela, puisque tous les procédés de ce film poussent (indépendamment du désir des artisans à rester neutre) en ce sens. Et lorsqu'il n'y a plus aucun doute raisonnable sur l'hystérie de notre cher David O'Reilly (ce qui survient assez tôt), le film se transforme en amère déception. Tout focalise là-dessus ! Le reste tire en longueur, bien que l'on puisse minimalement continuer à apprécier la réalisation ainsi que le talent des quatre seuls acteurs présents sur le métrage.

Le film aurait pu se relever à la toute fin en choisissant un côté ou un autre (maladie mentale ou monstres véritables) et en fonçant à 110% en ce sens, mais cela n'arrive jamais. Le doute continue d'être invoqué bien après sa disparition définitive de nos têtes. Même lorsque l'on croit que le scénario a enfin fait un choix, ce n'est pas le cas. En fait, le film se conclue sur un plan inexpliqué qui essaie de ranimer une flamme morte depuis belle lurette. Il y a de quoi se fâcher!

The Possession of David O'Reilly est tout simplement passé à côté de la plaque. Il s'agit d'un film désappointant, qui ne rencontrera pas les attentes que vous vous en faites, peu importe leur nature. Ce qui déçoit le plus, c'est que ce film n'est pas absolument exécrable! Au contraire, il introduit plusieurs talents qui ont de l'avenir. On leur souhaitera donc, tout simplement, une meilleure continuation.

  • Marc-Antoine Labonté

  • They (2002)
    Darkness (2002)

     

     
     


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