Rammbock: Berlin Undead

RAMMBOCK: BERLIN UNDEAD

2010

RÉALISATION: Marvin Kren
SCÉNARIO: Benjamin Hessler
AVEC: Michael Fuith, Theo Trebs, Anna Graczyk, Harald Geil et Emily Cox

Comment j’aime mon zombie? Et bien… Enragé, frénétique, aussi rapide sur ses pieds qu’un malade mental en pleine psychose, crachant des hectolitres de bave et vomissant son sang sur les passants! Voilà ce que je préfère! Ainsi, comme vous pourriez vous en douter, 28 Days Later est pour moi l’œuvre phare de ce sous-genre et j’adore ceux qui s’essaient à faire des films dont les zombies sont ressemblants. Jusqu’ici, les meilleurs projets inspirés par l’anglais Danny Boyle furent américains (Dawn of the Dead ’04), espagnols (REC) et même français (La Horde). Ne voulant pas être en reste, l’Allemagne débarque aujourd’hui avec ce Rammbock: Berlin Undead, que je placerais lui aussi dans mon « hall of fame » improvisé.

Michael vient de débarquer à Berlin en autostop pour rendre visite à Gabi, son ex-petite amie. Ayant fréquenté celle-ci pendant plus de sept ans, il veut se tenter à une flamboyante reconquête. Malheureusement, tandis qu’il se rend à son appartement, il constate que non seulement son ancienne flamme ne s’y trouve pas mais qu’en contrepartie tout le monde est en train de se changer en d’horribles monstres enragés. Ceux-ci confinent du même coup notre protagoniste dans un petit appartement en compagnie d’Harper, un apprenti plombier. À eux deux, Harper et Michael devront trouver un moyen de s’en sortir (tout en communiquant avec d’autres locataires aussi coincés qu’eux) et de retrouver la fameuse Gabi.

60 minutes. C’est la durée de Rammbock. Un simple téléfilm allemand tourné en 10 jours avec 200 000 euros. Pourtant, une nouvelle fois, la mince durée n’a strictement aucun effet sur la qualité du contenu ou de la forme. Au contraire, plutôt que de tourner beaucoup trop longtemps autour du pot, le scénario de Benjamin Hessler fait apparaître ses créatures folles furieuses 5 minutes après le démarrage du film. Et le tout n’en semble même pas précipité!

Rammbock fait définitivement les choses très différemment. On pourrait croire qu’un huis clos de « zombies » en son genre tomberait nécessairement dans les références aux brillants REC et 28 Days Later de ce monde ou encore dans une boucherie noyée par les stéréotypes façon La Horde, mais ces films ne l’inspireront pourtant que sur la forme. Rammbock propose en effet une mise en scène tendue, étouffante, pleine d’horreurs inhumaines à l’affût du moindre bruit… Mais pratiquement pas d’affrontements avec les infectés ou même de sang! En termes de scénario, je crois que le film se rapproche carrément plus de l’excellent Pontypool de Bruce McDonald (film canadien à essayer de toute urgence), puisqu’il tente d’éviter l’aspect viscéral et de tester un angle d’attaque distinct.

Car dans ce film constamment basé dans le même immeuble (ainsi que sa cour extérieure) et où certaines décisions (aller récupérer un téléphone ou encore des médicaments, fermer un portail) sont transformées en véritables calvaires anxyogènes et mortels par la magie du cinéma, plusieurs propositions hors du commun sont faites. Le protagoniste de Rammbock est définitivement des plus surprenants. Émotif, lourdaud, pris de court par la situation, incapable de s’attaquer à ses semblables humains même lorsque ceux-ci se sont changés en monstres sanguinaires, c’est un être humain. Un vrai. Il sera d’ailleurs impliqué dans plusieurs scènes très touchantes, notamment l’excellente finale. L’interprétation de Michael Fuith y est définitivement pour quelque chose.

Le film propose aussi certaines règles de son cru au sous-genre. La meilleure, c’est que la transformation en « enragé » est influencée par les émotions ressenties et que l’usage de sédatifs permet de repousser la métamorphose… Tant et aussi longtemps que vous en avez sous la main! Les personnages découvriront aussi un moyen des plus efficaces de tenir en respect les hordes de monstres… Qui sans révolutionner le monde du cinéma d’horreur est employé à bon escient lors de scènes à la précarité effroyable. D’un point de vue personnel, j’ai trouvé que la communication entre les divers appartements était une idée intéressante, bien exploitée et ajoutant une certaine dimension à la mise en scène de ce huis clos.

D’un autre côté, malheureusement, Rammbock semble carrément délaisser son second personnage. Harper, incarné efficacement par Theo Trebs (The White Ribbon), est présent tout au long du film mais semble malgré tout représenter un second violon. Jamais nous n’en connaîtrons plus sur lui, si bien qu’il semble être un élément imaginé par les scénaristes pour mener à bien certaines scènes plutôt qu’une personne à part entière. À la place de ceux qui ont rédigé ce scénario, je me serais ajouté quelques minutes au compteur pour tout simplement développer à-travers certains moments ou dialogues la personnalité de notre Harper.

Au final, ce Rammbock en vaut assurément le coup. Son réalisateur pallie très bien à l’absence de moyens, proposant un huis clôt à la fois prenant et mental. L’Allemagne a de quoi être fière de ce film de zombies! Le métrage a d’ailleurs été édité en Amérique par le site web Bloody-Disgusting, qui à l’instar de ses collègues de chez Fangoria vient de se lancer dans le monde de la distribution. Je salue l’initiative, et si les prochains films sélectionnés par B-D ont la qualité de ce Rammbock, le site américain pourra affirmer qu’il a surpassé le magazine Fangoria et la faible teneur de son catalogue actuel.

  • Marc-Antoine Labonté

  • Pontypool(2008)
    Carriers (2009)

     

     
     


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