[REC]²

2009

RÉALISATION: Jaume Balagueró et Paco Plaza
SCÉNARIO: Jaume Balagueró, Paco Plaza et Manu Díez
AVEC: Jonathan Mellor, Óscar Zafra, Ariel Casas, Manuela Velasco et Alejandro Casaseca

Un des plus gros succès à émerger de la vague de faux documentaires qui frappe le cinéma d’horreur depuis quelques années est sans contredit le film espagnol [REC]. En plus d’être encensée internationalement, l’œuvre a même eu droit à son remake américain (Quarantine) avant d’être commercialisée aux États-Unis. Il n’est donc pas surprenant de voir débarquer [REC]² alors que la poussière engendrée par le premier film n’est pas encore retombée. Une fois de plus, c’est Jaume Balagueró et Paco Plaza qui prennent le contrôle de cette production.

Le premier film se terminait sur un plan nous montrant la journaliste Ángela Vidal se faisant traîner de force dans la noirceur par une jeune fille possédée. La suite reprend exactement là où son prédécesseur se terminait. À l’extérieur de l’appartement mis en quarantaine, c’est la cohue. Une équipe de tactique spéciale et un médecin biologiste sont envoyés à l’intérieur pour constater les dégâts. Aucun survivant ne montre signe de vie, seulement des possédés. Il s’avère que le médecin présent est en fait un prêtre envoyé par l’organisation religieuse à l’origine de ce fiasco. Pour espérer trouver un antidote à cette possession, il devra convaincre l’escouade tactique de l’aider à trouver un échantillon de sang de la jeune fille possédée qui est à l'origine de la propagation. Parallèlement, trois jeunes adolescents réussissent à s’introduire par effraction dans l’appartement. Croyant assister à une opération policière, ils sont accueillis par des possédés, puis par le prêtre visiblement troublé d’avoir d’autres témoins à sa charge. Est-ce que tout ce beau monde réussira à sortir indemne de l’immeuble et surtout, l’esprit démoniaque réussira-t-il à se frayer un chemin hors de l’appartement?

Bien qu’il ne réussisse jamais à égaler la tension et l’effroi offerts par le film original, [REC]² se présente comme une suite haletante qui place toujours le divertissement comme priorité au profit du réalisme et de la logique. Pour certains, cela signifiera l’arrêt de mort de l’œuvre, mais pour ceux, qui comme moi, ont raffolé de l’aspect possession effleuré dans le film original, vous serez bien servis. En effet, [REC]² endosse sans gêne la direction prise lors de la finale du premier film, ce qui en fait une espèce d’Excorcist branché sur le Red Bull! Cela a pour effet de diminuer légèrement le suspense, mais empêche par conséquent de faire de [REC]² une suite qui se complait dans le surplace. Le côté grand-guignolesque du scénario laisse place à beaucoup d’originalité, notamment en fin de parcours alors que le film plonge dans le surnaturel et que la logique prend le bord! Certains seront déboussolés par ce manque de réalisme, mais la seule chose qu’on peut réellement reprocher au scénario c’est de ne pas avoir été encore plus excessif, puisque l'imagination derrière le scénario aurait pu être encore plus approfondie.

Le premier film a souvent été comparé à un jeu vidéo et c'est encore plus flagrant avec cette suite. Les membres de l'équipe tactique ayant tous leur propre caméra, [REC]² à des allures de Resident Evil, le jeu, surtout avec les possédés qui foncent à toute vitesse vers l'écran. Le film procure le même genre de sentiment d'inconfort que le populaire jeu, alors qu'on est souvent laissés seuls dans des pièces et des corridors un peu trop tranquilles. La réalisation n'est peut-être pas toujours gracieuse, mais elle n'est jamais inefficace. Sur ce point, il faut donner crédit à Balagueró et Plaze qui ont réussi à rendre le concept du faux documentaire utilisé dans le film original excitant sans trop en changer la forme.

Le passage de l'horreur viscérale du premier film à une horreur plus fantastique est bien maitrisé aussi. Cela ne fait pas de [REC]² un film moins sanglant, au contraire, mais le scénario se permet quelques libertés qui poussent le récit dans une avenue peu fréquentée, à savoir l'absurdité horrifique. L’humour est aussi plus présent, quoique souvent subtil. Balaguero et Plaza se moquent d’ailleurs du remake du film original, en clamant haut et fort que la cause derrière l’infection n’est pas virale, mais bien démoniaque. On se rappellera que le remake avait abandonné la notion de possession pour offrir une histoire de transmission de rage similaire à 28 Days Later comme explication.

S'il y a un élément qui freine cette suite, c'est le manque de développement, surtout au niveau des personnages. L'intention des réalisateurs était vraisemblablement de livrer un film à sensations fortes. Pour se faire, ils ont épuré leur scénario et la durée du film. Ainsi, les membres de l'équipe tactique n'ont aucune personnalité et sont difficilement distinguables. Les trois adolescents qui s'introduisent dans l'appartement ont quant à eux droit à un développement honnête, pour être ensuite abandonnés du récit sans avoir de réelle conclusion à leur aventure.

On ne peut par contre tout avoir et il faut avouer que [REC]² remplit son mandat. Cette suite nous garde sur le bout de notre sofa pendant son entière durée et démontre un côté imaginatif qui n'a pas peur de se salir les mains. Le Démon est de retour, les amis. Ayez peur. Ayez très peur!

  • Dany Champagne

  • • Rec 2 (appelation alternative)

     

    [REC] (2007)
    Quarantine (2008)

    Demons (1985)
    Cloverfield (2008)

     

     
     


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