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RED STATE
2011
RÉALISATION: Kevin Smith
SCÉNARIO: Kevin Smith
AVEC: Michael Parks, Kyle Gallner, John Goodman, Melissa Leo et Kerry Bishé
Qui s’attendait franchement à voir un film d’horreur de la part de Kevin Smith (Clerks, Dogma)? En tout cas, moi, je n’y croyais pas une seule seconde. Ce n’est manifestement pas que je n’ai pas confiance en lui, au contraire, il ne m’a jamais déçue jusqu’à maintenant. C’est plutôt que sa filmographie comporte un tout autre genre, intimement plus près de la comédie. Nous aurions donc pu nous retrouver devant une comédie d’horreur, mais là encore, c’est faire fausse route. Le film est pourtant ponctué de dialogues loufoques, mais l’histoire est loin de tournée autour du risible. Red State est l’équivalent d’une douche froide à quatre heures du matin.
Trois adolescents d’un petit patelin cherchent ce que plusieurs d’entre eux convoitent, une partie de jambes en l’air. La chance (ou pas) leur sourit lorsqu’ils trouvent une demoiselle consentante sur un site de rencontre en ligne. Plein d’espoir dans le pantalon, les trois garçons partent à la rencontre de leur promise. Plusieurs bières plus tard, avant même que la moindre nudité ne soit exposée, les choses tournent au vinaigre. Leurs breuvages alcoolisés contenaient un somnifère qui les fit tomber comme des mouches. Le réveil est brutal. Un air religieux hypnotique résonne tandis que la drogue dissipe lentement son effet. Loin de s’attendre à cette suite d’événements, les jeunes devront lutter pour leur survie se retrouvant prisonniers d’un groupe de croyants extrémistes en voie d’exécuter le jugement de Dieu. Les vices de notre société doivent être purgés et aucun pêcheur ne sera pardonné.
Une idée d’histoire qui arrive au moment parfait. Red State nous rappelle que la peur des terroristes garde toujours sa place dans nos craintes sociales. Les diverses ramifications de ce type de groupe épousant des convictions extrêmes ont tout pour nous foutre les jetons. La religion prenant de moins en moins de place dans nos sociétés, les pratiquants ne savent plus vers qui se tourner. Les microsectes se multiplient à une vitesse fulgurante et plusieurs s’improvisent messagers de Dieu. Le Québec y avait d’ailleurs goûté de force avec son Rock « Moïse » Thériault, dans les années 1980. Smith choisissait donc un sujet d’envergure qui n’avait pas fait couler tant d’encre jusqu’à maintenant. Une petite mine d’or qui ne demandait qu’un scénariste habile afin de se faire exploiter en bonne et due forme. Une réussite incontestée et unanime!
Mais que serait une excellente histoire sans des capacités cinématographiques supérieures? Kevin Smith n’a plus rien à prouver à personne dans ce domaine non plus. Red State est un exploit visuel. On utilise la caméra comme une extension de ce que vivent les personnages (ce qui devrait toujours être le cas). Par exemple, à son réveil, un des jeunes est enfermé dans une cage voilée qu’on transporte. Sa désorientation et sa peur nous sont transmises grâce à une caméra en mouvement (épaule) filmant un gros plan de son visage tendu. L’acteur se mérite aussi une grosse part du gâteau, bien entendu. Car sans ses expressions convaincantes, les rires ou l’ennui auraient démarré rapidement.
Ce qui m'amène à la pièce de résistance que j’ai gardée sous silence jusqu’à maintenant, car selon moi, c’est la cerise sur le sundae. Ce cadeau du ciel (c’est le cas de le dire) n’est nul autre que l’acteur Michael Parks (Kill Bill, Planet Terror), personnifiant le terrifiant prêcheur, la figure patriarcale de la secte. Une performance qui se mérite une ovation debout d’au moins 15 minutes. Loin d’épouser les critères de beauté actuels, Parks possède néanmoins un charisme foudroyant. Un trait observé chez tous les leaders d’organisation fanatique. La recherche de son personnage est une réussite époustouflante. Il nous est facile de croire que ses disciples boivent ses sermons lobotomisants, aussi choquants soient-ils. Sa prestance, malgré sa petite taille, sa voix gutturale et ses expressions faciales nous renversent comme un tsunami.
Le dénouement final en prendra plus d’un par surprise. Difficilement prévisible, mais totalement brillante, la conclusion nous est livrée alors qu’on n’attendait plus rien de spécial. Ce dernier morceau de casse-tête ainsi que tous les points énumérés plus haut m’inclinent à donner une note exceptionnelle pour une oeuvre d’exception. Red State ne peut décidément laisser personne de glace. Et, soit dit en passant, pour les amateurs de Twitter, je vous conseille fortement de suivre les commentaires de Kevin Smith, un homme simple, mais grandement inspirant. Alors, que sa volonté soit faite, amen!



• Ambush in Waco: In the Line of Duty (1993)
• Quiconque meurt, meurt à douleur (1998)
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