Red, White & Blue

RED, WHITE & BLUE

2010

RÉALISATION: Simon Rumley
SCÉNARIO: Simon Rumley
AVEC: Amanda Fueller, Marc Senter, Noah Taylor, John Michael Davis et Nick Ashy Holden

Dans les dernières années, le cinéma d’horreur a changé. Il n’y a pas si longtemps encore, la plupart des gros succès du genre avaient droit à une sortie en salles et provenaient d’Amérique. Mais aujourd’hui, les règles ont évoluées. Cette année, du moins par chez nous, le marché du Direct to Video et le petit budget n’auront jamais été aussi développés. De nombreux pays se séparent à présent un gâteau horrifique des plus conséquents. Des endroits aussi surprenants que l’Afrique, la Serbie, l’Amérique du Sud et la Corée acquièrent soudain un rayonnement non négligeable avec des films qui font jaser. Si bien que de leur côté, avec une production 2011 avariée et peu entraînante, les États-Unis tiraient pratiquement du pied pour la première fois de leur existence! Peu de films d’horreur américains avaient jusqu’ici fait s’extasier les masses cette année. Essayez de faire un décompte, pour voir!

Heureusement, l’été indien va enfin parvenir à rompre le nœud qui s’était lentement formé. Nos voisins du sud seront en effet sauvés par des titres aussi variés que Stake Land, Bereavement, A Horrible Way to Die, Final Destination 5 ainsi que notre principal intéressé, Red, White and Blue. Non content de ramener son pays à l’avant-plan, ce dernier s’impose jusqu’ici pour moi comme la plus grande réussite de 2011. Un succès qui n’aurait probablement rien d’unanime, certes, mais cela ne m’empêche pas de tomber à genoux devant ce long métrage.

Les américains peuvent ainsi respirer, leur titre de rois de l’horreur est encore une fois sauf. Du moins, jusqu’à l’an prochain!

Lorsque l’on essaie de résumer Red, White and Blue, croyez-moi, on marche sur des œufs. Le moins on en sait avant de visionner le film, le mieux on se porte. Celui-ci s’ouvre avec l’histoire d’Erica, qui n’a rien de rose. Striée de profondes cicatrices existentielles, cette dernière existe tout simplement, sans trop penser au lendemain. Demeurant dans une maison de pension au cœur d’Austin, sa vie est une succession de bars et d’hommes distincts, qu’elle ne revoie jamais après la première et seule nuit. Parmi eux, il y a eu Franki et ses amis, de jeunes musiciens du coin. Un jour, Erica fait la connaissance de Nate. Vétéran de l’Irak qui n’a rien d’un enfant de cœur, celui-ci parviendra pourtant à vaincre l’hostilité naturelle de la jeune femme et à se rapprocher d’elle. C’est malheureusement à ce moment qu’Erica va disparaître sans laisser de traces…

Cinéaste britannique qui se forge lentement une véritable réputation, Simon Rumley (The Living and the Dead, Little Deaths) signe ici son premier film hors de l’Angleterre. Approché lors d’un festival au Texas, il décidera d’y tourner son Red, White and Blue. D’ailleurs, précisons que malgré un titre assez engageant, le réalisateur affirme que son œuvre n’a rien d’une vision de l’Amérique, qu’elle vise tout le monde sans égards de nationalités.

Qu’importe. Car Red, White and Blue compte parmi les titres les plus dérangeants et marquants à s’être faits récemment. Le scénario de ce film est d’une lourdeur dramatique intenable. Ce qui est intéressant, c’est qu’il ne correspond pas aux canons ou aux standards que l’on revoit régulièrement dans le cinéma de genre. Il est difficile de prédire avec exactitude le déroulement des choses. Il s’agit d’une histoire aussi torturée que réaliste, dans laquelle il n’y a que souffrance et vengeance qui règnent telles deux dictatrices, occultant sous nos yeux toutes traces d’espoir à émerger au courant du film. Red, White and Blue utilise comme élément déclencheur quelque chose que l'on ne voit pas si régulièrement que ça dans le domaine du cinéma d'horreur et qui, pourtant, a un sacré potentiel. Cela rend les enjeux du film très tarabiscotés en plus de pousser à réfléchir.

De son côté, Simon Rumley raconte son histoire avec sobriété et même une certaine forme de douceur, ce qui est grandement appréciable. Il gère brillamment son montage et ajoute au tout une trame sonore de qualité. L’approche est à louanger. De plus, un peu à la manière du récent film A Horrible Way to Die, ce drame de lourde facture n’abuse pas de la violence, rendant son usage tardif encore plus sauvage et réaliste.

Dans un autre registre, il est difficile d’apprécier ou de détester entièrement l’un des trois personnages principaux. Chacun souffre, chacun à ses raisons de faire ce qu’il fait. La caméra de Rumley ne porte pas de jugements. Red, White and Blue présente la vengeance de trois protagonistes qui, finalement, n’y trouveront aucune joie et encore moins une quelconque forme de consolation à leurs malheurs. Les interprètes sont tous trois géniaux. Amanda Fueller (Creature, Mr. Sandman) évoque une poupée brisée. Marc Senter (Cabin Fever 2, The Lost, I Know Who Killed Me) expérimente quant à lui des moments d’une difficulté sans bornes. Mais celui qui s’impose réellement, c’est Noah Taylor. L’acteur quitte les avenues dans lesquelles on est habitués à le voir circuler pour revêtir les habits de Nate, un personnage fascinant du début à la fin.

J’ai mis du temps dans une critique de ce film, critique qui ne me satisfait pas vraiment. Red White & Blue est un drame lourd et intime qui est mis en boîte de manière définitivement géniale par Simon Rumley. Ce petit film indépendant en met plus dans la gueule que toutes les grosses productions d’horreur vues cette année par votre humble serviteur. Décidemment, j’ai été soufflé et je ne peux que recommander le film.

La note qui suit est extrêmement subjective.

  • Marc-Antoine Labonté

  • A Horrible Way to Die (2010)
    The Killer Inside Me (2010)

     

     
     


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